Var. : Sans charme
11 te fera, s'il veut, valoir son amitié, Il a tant (le troupeaux, prens-eu un à moitié; Mais de le bien garder fais toute ton étude. Et tu verras bien-tôt la Fortune moins rude, Sur tout avec l'Amour romps, et dès aujourd'hui, Pour être à la Fortune, il faut rompre avec lui.
DAPHNIS
Moi je n'nimerois plus, hé ! scais-tu bien qui j'aime?
PHILÈNE
Non?
J'aime la vertu, j'aime la beauté même; J'aime Amarante enfin, Berger, la connois-tu?
PHILÈNE
Je connois sa beauté, j'honore sa vertu. Et je ne vois que trop à quoi tu t'es pu rendre : Mais où sont les endroits par oii tu l'as pu prendre; Son Printemps dure encor, ton Automne est passé, Et tu n'es plus de toi qn'un portrait effacé. Borne donc tous tes vœux à remplir son estime : Un vieil amant n'est bon qu'à servir de victime. Daphnis à la jeunesse imprimons du respect, Tout autre sentiment nous doit être suspect; Je te l'ai déjà dit, il est tems d'être sage; L'Amour livre au mépris les Bergers de notre âge.
PAPHMS
Mais si j'étois aimé?
PHILÈNE
Tu serois malheureux.
DAPHNIS
J'aurois du moins raison d'être encor amoureux.
PHILÈNE
Peut-être.
Pense-tu que si mon Amarante N'avoit gardé pour moi qu'une âme indifTérente, J'eusse pu l'acabler de mes empressemens. Et servir de jouet à déjeunes amans?
Si-tôt que je la vis, je la senlis\ Philène,
Elle avoit tous les traits de l'ingrate Glinièue ;
Mais j'eus soin d'éviter ses dan<:fereux apas ;
Elle allarma mon cœur, et ne le conquit pas,
Glimène, me disois-je, étoit faite conune elle,
Et Glimène pourtant n'étoit qu'une infidelle,
Que ne m'ont point coûté ses infidélitez!
Ah ! fuions, et craignons ce rapport de beautez ;
Plein de cette terreur j'évitois sa présence,
Elle s'en apperçut, et s'en lit une offense :
Ah! Berger tu me fuis! Peut-on sçavoir pourquoi.
Dit-elle; ne crains rien, je te répons de toi ;
Mais plutôt fuis toujours, j'approuve ta conduite,
Et je prens plus que loi d'intéi^est à ta fuite.
Elle fuit elle-même, en achevant ces mots,
J'en cherche en vain le sens, et j'en perds le repos :
Je vais dans sa Cabane éclaircir ce mistère,
Au nom des Dieux, lui dis-je, explique-toi Bergère;
De tes derniers discours lève l'obscurité.
Et ne me laisse pas plus longtems agité ;
Tu crois que je te fuis, et je te le confesse;
Je te laisse à penser si c'est force ou foiblesse;
Mais j'enseigne aux plus forts à ci'aindre tes apas;
Et t'honore en fuiant, plus qu'en suivant tes pas :
Si c'est là l'intérest que tu prens à ma fuite.
Que ma fuite à jamais signale ton mérite :
Mais quand à mes dépens je veux bien t'éviter,
N'est-ce point par mépris que tu veux mécarter?
Que je suis malheureux, si je t'ai pu déplaire !
Ilélas, au nom des Dieux, explique-toi Bergère.
De l'air dont de ta part l'entretien s'engagea, Tu craignois de l'aimer, et tu l'aimois déjà ; Ton amour inquiet, et las de la contrainte, Empruntoit pour parler, le masque de la crainte. La Bergère est adroite, elle connut l'amour. Que te répondit-elle?
Elle prit ce détour, Tu me fuis. J'y consens, et je te le conseille ; Ne puis-je pas Berger, te rendre la pareille? Mais je te fuis aussi, tu le mérite bien. \n, sors, j'en dis assez, ne demande plus rien.