‹ Disciples et successeurs de Theophile de Viau (volume 2)Chapitre 71 sur 93 · Var. : Sans charme · texte numérisé non relu

Var. : Sans charme

11 te fera, s'il veut, valoir son amitié, Il a tant (le troupeaux, prens-eu un à moitié; Mais de le bien garder fais toute ton étude. Et tu verras bien-tôt la Fortune moins rude, Sur tout avec l'Amour romps, et dès aujourd'hui, Pour être à la Fortune, il faut rompre avec lui.

DAPHNIS

Moi je n'nimerois plus, hé ! scais-tu bien qui j'aime?

PHILÈNE

Non?

J'aime la vertu, j'aime la beauté même; J'aime Amarante enfin, Berger, la connois-tu?

PHILÈNE

Je connois sa beauté, j'honore sa vertu. Et je ne vois que trop à quoi tu t'es pu rendre : Mais où sont les endroits par oii tu l'as pu prendre; Son Printemps dure encor, ton Automne est passé, Et tu n'es plus de toi qn'un portrait effacé. Borne donc tous tes vœux à remplir son estime : Un vieil amant n'est bon qu'à servir de victime. Daphnis à la jeunesse imprimons du respect, Tout autre sentiment nous doit être suspect; Je te l'ai déjà dit, il est tems d'être sage; L'Amour livre au mépris les Bergers de notre âge.

PAPHMS

Mais si j'étois aimé?

PHILÈNE

Tu serois malheureux.

DAPHNIS

J'aurois du moins raison d'être encor amoureux.

PHILÈNE

Peut-être.

Pense-tu que si mon Amarante N'avoit gardé pour moi qu'une âme indifTérente, J'eusse pu l'acabler de mes empressemens. Et servir de jouet à déjeunes amans?

Si-tôt que je la vis, je la senlis\ Philène,

Elle avoit tous les traits de l'ingrate Glinièue ;

Mais j'eus soin d'éviter ses dan<:fereux apas ;

Elle allarma mon cœur, et ne le conquit pas,

Glimène, me disois-je, étoit faite conune elle,

Et Glimène pourtant n'étoit qu'une infidelle,

Que ne m'ont point coûté ses infidélitez!

Ah ! fuions, et craignons ce rapport de beautez ;

Plein de cette terreur j'évitois sa présence,

Elle s'en apperçut, et s'en lit une offense :

Ah! Berger tu me fuis! Peut-on sçavoir pourquoi.

Dit-elle; ne crains rien, je te répons de toi ;

Mais plutôt fuis toujours, j'approuve ta conduite,

Et je prens plus que loi d'intéi^est à ta fuite.

Elle fuit elle-même, en achevant ces mots,

J'en cherche en vain le sens, et j'en perds le repos :

Je vais dans sa Cabane éclaircir ce mistère,

Au nom des Dieux, lui dis-je, explique-toi Bergère;

De tes derniers discours lève l'obscurité.

Et ne me laisse pas plus longtems agité ;

Tu crois que je te fuis, et je te le confesse;

Je te laisse à penser si c'est force ou foiblesse;

Mais j'enseigne aux plus forts à ci'aindre tes apas;

Et t'honore en fuiant, plus qu'en suivant tes pas :

Si c'est là l'intérest que tu prens à ma fuite.

Que ma fuite à jamais signale ton mérite :

Mais quand à mes dépens je veux bien t'éviter,

N'est-ce point par mépris que tu veux mécarter?

Que je suis malheureux, si je t'ai pu déplaire !

Ilélas, au nom des Dieux, explique-toi Bergère.

De l'air dont de ta part l'entretien s'engagea, Tu craignois de l'aimer, et tu l'aimois déjà ; Ton amour inquiet, et las de la contrainte, Empruntoit pour parler, le masque de la crainte. La Bergère est adroite, elle connut l'amour. Que te répondit-elle?

Elle prit ce détour, Tu me fuis. J'y consens, et je te le conseille ; Ne puis-je pas Berger, te rendre la pareille? Mais je te fuis aussi, tu le mérite bien. \n, sors, j'en dis assez, ne demande plus rien.

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