VI AVANT-PROPOS
ment vide. Précisons — et le point est d'importance — que Blot n'a lâché la bride à ses saillies les plus osées qu'après la mort de Richelieu. Sous un gouvernement fort, résolu à se défendre et à défendre la société, les semeurs d'ivraie, les mauvais bergers se tiennent sur la réserve, leur bravoure les fait demeurer à l'écart, il en est même beaucoup chez qui cette prédisposition ne se révèle et ne se traduit en actes qu'à l'instant où l'État tombe dans des mains faibles et incapables, en un mot quand la dissolution sociale commence par l'effondrement du pouvoir. L'absence de toute répression donne de l'audace aux plus veules et tel qui n'aurait jamais écrit une ligne séditieuse devient un coryphée d'anarchie. Blot est de ces derniers, sa production poétique, celle du moins qui est venue jusqu'à nous, s'étend surtout de la mort de Richelieu à l'année 1653. Les rares pièces antérieures à cette période n'ont vu le jour qu'après 1642 ; Blot les tenait soigneusement cachées, il ne voulait pas s'exposer à faire une connaissance trop intime et trop prolongée avec les cachots de la Bastille.
Les amis de Blot, et ils sont nombreux, ne valent guère mieux que lui : un chevalier de Rivière, un Roquelaure, un Romainville, etc., etc., ne sont ni moins ardents au plaisir, ni moins hostiles à l'autorité et à la religion, ni moins cyniques dans leur langage ; tous ces frondeurs nous montrent la bête humaine libérée de toute contrainte morale et matérielle. Si la royauté n'avait pas eu d'aussi solides racines dans le pays, si elle n'avait pas lié partie avec l'Église, elle eut été emportée dans la tourmente qui a passé sur la France de 1647 à 1652. La souplesse de Mazarin a permis à la noblesse de se ressaisir et de préparer l'époque où le régime monarchique a atteint son apogée : le règne du Roi-Soleil. A quelle cause attribuer chez Blot et ses amis cette méconnaissance de leurs intérêts les plus évidents, cette trahison envers leurs ancêtres et leurs successeurs? Il suffit pour comprendre leur mentalité de placer leur adolescence entre 1615 et 1623 au moment où le libertinage battait son plein, où la déchristianisation même de la France était sournoisement tentée par la propagation des Quatrains du Déiste (1) ; l'atmosphère libertine que l'on respirait alors les avait pénétrés jusqu'aux moelles. Blot, comme tant d'autres, n'a pas eu assez de force de caractère pour s'en libérer et il en a été la victime.
(1). Nous avons publié ces quatrains dans le T. II du Procès de Théophile, publication intégrale des pièces inédites des Archives nationales, Paris, 1909.
L'auteur présumé des Quatrains du Déiste, Claude Belurgey, professeur de rhétorique au Collège de Navarre, à Paris, se moquait de la Sainte-Écriture, et surtout de Moyse et de tous les prophètes, baissait les Juifs et les moines, n'admettait aucun miracle, prophétie, vision ni révélation, se moquoit du Purgatoire, disait que les plus sots livres du monde étaient la Genèse et la Vie des saints, que le Ciel empirée était une pure fiction; voilà, si on en croit Guy Patin, un des éducateurs de la jeunesse dans la période qui va de 1605 à 1620 l
La famille de Blot.
La famille Chouvigny de Blot a pour premier auteur connu Bertrand, damoiseau, possesseur du château de Chouvigny ou Chovigny, dans la seigneurie de Chouvigny située sur les bords de la Sioule ; il avait épousé Agnès, dame du Sauzet et de Chazeuil, près de Varennessur-AUier, avec laquelle il vivait en 1300 et qui mourut entre 1333 et 1335, laissant au moins deux fils : Guillaume et Guillemin (1).
La descendance de Guillaume, l'aîné des deux frères, se partagea en plusieurs rameaux, tous éteints avant la fm du xv® siècle, qui possédèrent les seigneuries de Nades, de Saint-Gérand, de Vaux, etc., et dont le principal eut pour dernière représentante Isabeau de Chouvigny, dame de Nades, mariée le 3 novembre 1409 à Pierre de Montmorin.
Guillemin, second fils de Bertrand, posséda la seigneurie Du Vivier également située sur les bords de la Sioule, dans la paroisse de Saint- Gai, Il épousa dans les premières années du xiv® siècle Catherine de Blot, alors seule survivante d'une puissante famille de la Basse-Auvergne, que la tradition faisait descendre de celle des premiers sires de Bourbon. Cette dame lui apporta le château de Blot, sur la Sioule, dont il existe encore des ruines importantes, et la seigneurie de Blotr Église. Les descendants de Guillemin de Chouvigny et de Catherine de Blot furent indistinctement connus sous le nom de Chouvigny ou sous celui de leurs deux seigneuries de Blot. Guillemin de Chouvigny laissa quatre fils dont l'aîné Jean continua la descendance.
La filiation n'est rigoureusement établie qu'à partir de Hugues de Chouvigny, seigneur ou baron de Blot, sénéchal d'Auvergne en 1458, puis conseiller et chambellan du roi, etc., fils de Jean de Chouvigny et de Dauphine de Bonnebaud. Hugues de Chouvigny avait épousé en février 1445 Catherine, fille du maréchal de La Fayette et héritière de la seigneurie de Saint-Agoulin (Puy-de-Dôme). Leur fils. Gilbert de Chouvigny, baron de Blot, grand veneur du duc de Bourbon en 1521, épousa le 14 avril 1478 Catherine Loup de Beauvoir dont il eut une nombreuse postérité. Trois de ses fils : Jean de Chouvigny. seigneur de Blot-le-Château, marié à Gabriclle des Forges, ou des Farges, rappelé comme défunt dans un acte de 1548. Antoine do Chon-
(1) Peut-être un troisième nommé Roger, lequel cité en 1322 fut le mari de Jeanne de Châtel-Montagne.