‹ Disciples et successeurs de Theophile de Viau (volume 4)Chapitre 11 sur 169 · XVI LA VIK DE CLAUDE LE PKTIT · texte numérisé non relu

XVI LA VIK DE CLAUDE LE PKTIT

c'est que les Coupeurs de bourses sont larrons sauvages, et les Coupeurs d'habits sont larrons familiers. Ils rongnent tousjours le meilleur de l'estofe «'t bien souvent les habits que leurs facteurs et officiers portent sont composez de plus de sortes de draps qu'il n'y en a dans la boutique d'un fripier. Et pour l'ordinaire les cabinets et armoires des maîtres sont farcis de plus de morceaux d'estoffes qu'il n'y a de pièces de pain dans le bissac d un frère qui revient de la queste. Ils sont menteurs insignes aussi bien (jue les Cordonniers, et semble que sitost qu'un homme a commencé de manier l'éguille qu'il aye fait serment de ne dire jamais la vérité. Il y a une loy dans leurs escoles qui deffend sur peine de punition corporelle d'y lire jamais les cas de conscience. Ils ne sontny Juifs ny Chrestiens, parce qu'ils n'observent le Sabbat ny Dimanche, ils sanctifient le jour du repos quand bon leur semble, et lors qu'ils n'ont rien à faire, ny plus ny moins que les Rôtisseurs, font passer Vendredy pour Dimanche, parce qu'en ce jour-là leurs denrées sont défendues par nostre mère saincte Église. Us n'ont point de patron particulier comme les autres mestiers, parce que pas un Sainct n'a voulu servir d'Advocat à gens si obstinez qui retombent tousjours dans le mesme péché, et ne se trouvera pas dans le Martyrologe que jamais Tailleur aye esté canonisé. Si Barrabas et Judas qui ferruienl la Mule aux Apostres se fussent comporte/ autrement qu'ils n'ont fait, et qu'ils eussent esté assez gens de bien pour estre béatifiez, c'estoit justement lun de («s deux-là qu'il leur falloit choisir pour fidelle protecteur. >-

II y a lî» quelque exagération, bien que les tailleurs, il est vrai, n'avaient point osé se choisir de patron ; ils s'étaient contentés d'une confrérie que les statuts de i583 font remonter h l'année i4o2 et se réunissaient h l'église de la Trinité dans la rue Saint-Denis. En tout cas, cette corporation comptait parmi les plus prospères de la capitale, les registres des Insinuations du Chatelel de i644 ^' i^74 renferment plus do deux cents actes concernant les tailleurs d'habits et ces actes l'emportent de beaucoup en quantité sur ceux des membres des autres corporations. Rappelons que toutes les donations devaient èlre insinuées au Chatelet, sous peine de nullité.

Le métier do tailleur, assez avantageux, valait mieux que la lépulation de ceux qui l'exerçaient, il était soumis ii des règlements plutôt sévères : le maître ne pouvait avoir qu'un apprenti dont l'apprentissage durait trois années (i), suivies de trois années de compagnonnage ; le nombre des compagnons employés par

(i) Leur salaire était fixé à quatre livres par mois pour les meilleurs, à trois livres ou à quarante sous pour les autres, à dix sous par jour pour ceux qui travaillaient à la journée.

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