LA VIE DE CLAUDE LE PETIT XXIII
peut-être pas du tout, s'était réservé : « de vendre et de débiter « par tous les lieux de ce royaume des épitres en vers, composées « par tel auteur qu'il lui plaira de choisir, sur tous sujets nou- « veaux et matières divertissantes, tant en feuilles volantes que
« recueils »
La Muse de la Cour commençait par une épitre laudative, plus ou moins importante et dont le rimeur attendait son salaire, adressée à quelque grand seigneur ou à quelque opulent financier. Le numéro qui la renfermait était remis ii celui-ci en deux exemplaires reliés « couverts de papier marbré » :
Là-dessus je iiay pas conté
Mon cœur et ma fidélité...
Item le généreux dessein
De m'estre fait vostre Escrii'ain,
Item la plume et Vescritoirc,
Que fay sacrez à vostre gloire.^
Le Lut que pour vous aujourdliuy
Ma Muse pince, Item festuy,
Item deux copies triées
De ceste Epistre, et Reliées,
Que mon Relieur à mon gré
A couvert d' un papier marbré ( i )...
En échange, l'auteur recevait de quatre à cinq pistoles; à cette aumône déguisée se bornait la générosité des Mécènes à la semaine. Contrairement à l'habitude généralement admise de l'anonymat, Claude signa C. Le Petit cinq gazettes sur les huit qu'on peut lui attribuer. Lui doit-on les deux ou trois qui précèdent celle du i" septembre. C'est peu probable et le style incolore de ces petites feuilles hebdomadaires ne permet guère d'être plus affirmatil. Claude dédie le n" 11 de la Muse delà Cour du i*^ septembre iGSj à Son Altesse de Lorraine, mais il n'y met pas son nom (9.), pas plus
(i) La Muse de la Cour, cpilre X, 28 octobre i656; nous ignorons le nom du gazetier.
(2) Quoique les numéros 22 et a3 de la Musc de la Cour ne soient pas signés, ils appartiennent, ei-oyons-nous, à Claude Le Petit. Dans le u" a3 (8 septenibie), il parle d'une académie italienne dont fait partie son ami P. Du Pelletier, de qui, probablement, il tenait tous les détails de sa fornialiou. Ordinairement, la Muse de la Cour démarque la Muzc liistorir/uc de T^oret, mais cette nouvelle était bien personnelle à Claude; Lun-t la répète, en elFet,
1er a cause
XXIV l-A VIE DK CLAUDE LE PETIT
d'ailleurs (ju'au nuiuéro suivant du 8 sepleiubie (ii" 9.3) ollerl a Monsieur Daubrav, seigneur d'Ofienionl (i), le uième qui instruira sou procès en août i6(v). 1 Les n"* 9.4 du 17 septembre à Tambassadeur d'Angleterre (milord Loeard), et i'.5 du :>a> septembre à Mademoiselle (de Montpeiisier) portent Cl. Le Petit au bas de l'épître (lédicaloire. Le n" 9.6 du 3 octobre au coadjuleur de Narbonne, frère du surintendant Fouquet, est anonyme. (|ut)i(pi'il^ en soit indiscutablement l'auteur, il s'abstient de le revendique de l'aposlille-réclame en faveur de Lesselin :
Parisiens, Parisiennes,
Lectrices de ces Muses miennes.
Ou bien Lecteurs de ces Vers miens,
Si mes doprosez entreliens,
Dont toutes les huit, ou neufvaines,
Je vous donne deux formes pleines,
Vous plaisent : ù cliers Parisiens,
Ne les faut pas jetter aux chiens,
Ny moins, en rencontres certaines
Les placer aux places vilaines...
Venez visiter Lesselin
Très bon compagnon masculin,
Venez de vos maisons lointaines,
Acheller Muses à centaines,
Et d'un mouvement non vilain
Apportez de l'onde au moulin..
Car vous aurez pour un Slreliii
Ma Muse couverte en vélin.
C'est dedans son Imprimerie
Rue de la Barillerie
Devant la l^orte du Palais
Où Lecteur, et l^ectrice envoyront, s'il leur plaist.
dans sa gazelle du -28 scplembrc, soil vingt joiiib après. De plus, Le Polit, lorraine ce numéro de la Muse de la Cour par une hislorielle assez grasse qui est tout à fait dans sa manière habituelle. Si le n' 23 est bien de Claude, le u" 22 II" septembre) est cgalemenl de lui, il fait allusion dans ce n" 2'3 au numéro précédent en parlant de lazarets.
(1) Ce Daubray, ou plutôt Dreux d'Aubray, maître des roquôles on i6'j8, lieulenaut civil (1643), mourut empoisonné le 10 septembre 1666, âgé de 66 ans, par sa (îlle, la marquise de Briuvilliers et par (iaudin de Sainte-Croix, selon la propre déclaration de la Marquise {Archives de la liaslillc, par Ravaisson, i. IV, p. 243).