‹ Disciples et successeurs de Theophile de Viau (volume 4)Chapitre 15 sur 169 · LA VIK I)K CLAUDE LK PETIT XXV · texte numérisé non relu

LA VIK I)K CLAUDE LK PETIT XXV

Sa signature est au-dessous des quatre stani;es de dix vers du n° 27 (10 octobre) adressées il ce même cnadjutour de Narbonne, dans lesquelles il a soin de faiie allusion li celles du iiunu-ro précédent qui n'étaient au nombre que de trois :

C'est n'avoir pas assez l'àme au devoir instruite

Pour immortaliser tes soucis généreux;

(Tuoy qu'avec tous les traits d'un pinceau vigoureux,

De donner trente vers à ton fameux mérite.

Ce seroit dérober à la Postérité

Les fruits de tes travaux et de son espérance,

Joignant l'ingratitude avec la lâcheté

Cacher l'honneur du jour dans la nuit du silence :

C'est pourquoy, Grand Foucquet, dedans ces présens Vers

Je te veux satisfaire avec tout l'Univers...

Le n" 28 du 20 octobre est présenté ii Mgr le duc de Nemours, et enfin le n° 29 du 28 octobre ii Mgr Anielot, premier président de la Cour des Aydes. Puis le nom de C. Le Petit disparait définitivement. Le début du n" 3o du i i novembre ii Mgr le maréchal de Villeroy (i), soit treize jours après, prouve que. son piédécesseur (l'abbé de Lédianan?) l'avait remplacé :

Bonjour, ma Muse, je t'esveille.

Et te mets la puce à Voreille.

C'est trop long-temps estre en repos, De parler, il est à propos^ Et de rimer de bonne grâce ; Je te conjure par Parnasse

(i) Il par<i!t que le maréchal de Villeroy avait été très généreux envers le nouveau gazotier, car celui-ci l'en remercie chaleureusement, non dans le

numéro suivant, mais dans le n* I2 du 26 novembre :

Il faut, ma .)/««<-, en conscience, Si tu feus contente du Père.

Remercier en dilijjence Et de la Fille, cl de la Mère,

L'illustre et prudent Villeroy Objets aymnbles. merveilleux.

De la hont«i qu'il eut pour toy, Très nobles, et très vertueux.

Dans le fatal siècle où nous sommes, Tu feus aussi bien escoulée;

On rencontre peu de tels hommes, Et fort civilement traittée;

Remplin de pénérosité, Si chacun en faisoit autant

(A)mme de libéralité, Lesselin seroil bien content.

Tu dois estre bien satisfaite Et ne diroitpas que In .Viisr

De cette faveur qu'il l'a faite. Toutes les semaines I amuse.

Et tu luy dois ce eompliment Je voudrois bien selon ses virux

Pour son accueil doux et charmant. Que nous fcussions conlens tons deux.

l'ar le y;lorieuv Apollon, Par son ayinahle i'iolon, Par toute rcau de la fontaine Et d'Hclicon, et d' Hypocrcne:

Et par ton cher Pégaze aussi De vouloir bien railler icy :

Ma Muse ne fais point la beste, Sois à bien rimer toute preste.

C'est à la Muse de la Cour A chanter son heureux retour, Reprens donc ton stile ordinaire, Fais du mieux qu'il se pourra faire, Traitte tout raisonnablement :

Parle des choses galamment Et conte toutes les nouvelles ^ Lecteur, en voicy les plus belles.

Ce n'est pas que Lesselin ait été mécontent des services de notre pauvre diable, c'est pour un motif grave, impérieux et qui ne souffrait nul délai que Claude a abandonné brusquement la Muse de la Cour : Entre le 28 octobre et le i"'" novembre il comnicl un assassinat. Ses goûts pervers l'attiraient dans des milieux suspects où des rivalités fréquentes se dénouaient ordinairement par des coups de couteau. Jean Rou raconte que Claude « ayant, dans son oisiveté, fait connaissance avec un frérot Augustin dont le fameux couvent à Paris, étoit fort voisin de sa demeure particulière, qui étoit dans la rue Dauphine, il prit un jour querelle avec ce pauvre novice, et s'étant caché exprès dans un endroit obscur de l'église, un peu avant qu'on vînt à en fermer la grande porte, il attendit là le frérot son ennemi qu'il savoit bien devoir venir faire les préparatifs pour rheure de matines ; et quand ce pauvre innocent vint h paraître, et que tout le service étant achevé et les moines letirés dans leurs cellules, celui-ci fut resté seul pour éteindre les bougies, il le poignarda, traîna son cadavre en un lieu où il n'étoit pas aisé de l'apercevoir, puis s'étant rencoigné dans sa cachette, dès qu'on eut, de grand matin, ouvert la porte de la rue, il se sauva, et pour se mettre h l'abri de toutes poursuites il se retira dans les pays étrangers » (i).

(i) Mémoires inédits et opuscules deJean Rou, p. JiB. Sur cet épisodecapital

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