LA VIE DK CLAUDK LK PETIT XXVII
Claude Le Petit s'exilait par prudence, il se dirigea vers TKspagne. En traversant la vieille ville huguenote de La Knchelle. un gueux lui vola son manteau :
Toy, dont tout le malheur cause toute la gloire,
Qui t'immortalisas en l'osant rebeller,
Ville, qui ne pouvois pas mieux te signaler,
Qu'en rendant les Vainqueurs fâchez de leur Victoire:
Rochelle, quand je lis ton siège dans l'histoire. Dieu, que ta catastrophe aide à me consoler, Et que dedans Testât où l'on me voit aller. Ma disgrâce m'est douce et charme ma mémoire !
Tais-toy donc, désespoir, je ne t'écoute plus, Tous tes tristes conseils sont vains et superflus ; Cesse d'entretenir mon âme désolée.
Si le plus juste Roy qui fut jamais icy
T'a sans nécessité jadis démantelée,
Un gueux me pouvoit bien démanteler aussy (i).
Arrivé à Madrid il ne dut pas y rester de longs mois. Nous ne savons rien de son séjour dans la péninsule ibérique, sinon ce qu'il en a dit dans Madrid ridicule ; il passa en Italie et de là en Autriche et en Bohême (2). Claude, en quatre vers, a résumé comment il avait vécu dans ces divers pays :
Je suis amoureux comme un chat.
Et quoy que gueux comme un gros rat,
Dans Paris, dans Madrid, Londres, Vienne et Rome
J'ay passé mon temps en prélat (3).
Traduisons, plus prosaïquement, non en prélat mais en parasite, au moyen d'expédients dune correction douteuse. Il était encore
delà vie de Claude Le Petit, nos recherches aux Archives uation.Tles sont restées infructueuses. Il a dû n'y avoir qu'une instruction dont les éléments sont aujourd'hui perdus. Aucune des gazettes en vers do Tannée 1657, à notre connaissance, ne relate ce sacrilège qui a cependant fait quelque bruit, à moins que l'autorité ecclésiastique ne Tait étoullé immédiatenu-nl.
(i) Recueil de (jnelques pièces nouvelles et galantes tant en prose t/iien vers, 1667, t. H, p. 157.
(a) Voir TAdvis du Traducteur au Lecteur en tête de /.'Escale de l Interest.
(3) L'Heure du Berger, stances à la belle Philis, p. ^'j.