XXXVIII LA VIE DE CLAUDE LE PETIT
lui-même, dans l;i suite, la plus grande affaire à cause d'une certaine candeur, si je l'ose dire, qu'il crut trouver en moi, et de quelques leçons de probité et de crainte de Dieu, que je prenois occasion de lui faire assez fréquemment. Jusque-là, je n'avois vu de ses poésies que celles où l'esprit de lil^ertinage ne dominait point; mais comme il vit que je goûtais son esprit eflout ce qui en sortoit, la confidence qui se fortifiait de plus en plus entre lui et moi, le porta comme à me vouloir initier tout à fait dans ses plus secrets mystères d'impiété, mais sur lesquels il me vit bientôt frémir d'horreur. Il croyoit que ma religion me feroit approuver toutes les railleries mal entendues qu'il faisoit de la Vierge et des saints, de quoi j'étois bien éloigné, ayant toujours tenu pour principe que, quelque religion qu'on professe, il en faut de bonne foi remplir tous les devoirs... Alors, changeant tout à fait d'air et de manière avec lui, je lui fis une telle honte et lui marquai si fort que, commençant à le connaître mieux que je n'avois fait jusque-là, je ne voulois plus avoir de commerce avec lui, que changeant, de son côté, son maintien avec moi, et retirant ses papiers, il me demanda pardon de la faute qu'il avoit faite de me croire si légèrement capable d'applaudir à ses folies ; qu'il ne s'y étoit laissé aller que dans la pensée que je regarderois plutôt tout cela du côté de l'esprit que du côté du cœur; me priant d't^tre persuadé {fue le sien n'étoit pas pour cela aussi gangrené que je le pouvois croire ; qu'il y avoit déjà quelque temps qu'il travailloit à se mettre sur un autre pied, et qu'il me pouvoit bien protester que la sagesse et la piété sans affectation qu'il avoit toujours remarquées en moi, et qui l'avoient charmé, n'avoient pas peu servi, premièrement, à l'attacher si fort à moi, et, en second lieu, à le faire un peu mieux penser à lui et à le ramener de ses égarements ; qu'il me conjuroit donc de ne l'abandonner pas, pendant qu'il n'étoit pas encore bien affermi dans le bon chemin, mais avoit besoin de mon aide pour achever de se tirer du précipice. La sincérité avec laquelle il parut me tenir tout ce discours, me toucha et me ramena à lui; mais je lui témoignai que, je ne le faisois que dans l'espérance qu'il me tiendroit parole, et le tout par un esprit de charité, dans l'espé-
dcmandail pour eux le supplice du feu qu'il devait subir lui-mômc cinq an?;
plus tard pour blasphi;mes envers la Sainlc-Vicrgo :
Il n'est pas d'assez grand supplice, Ceux qui rendent à tous justice
Pour punir la noire malice; l'^t qui sont dans cet exercice,
D'aller voiler sur les Autels, Leurs Juges jugeant justement,
Ils sont tout à fait criminels. Décideront de quel tourment
Ils n'auront point miséricorde, Ils puniront leur sacrilège,
Peureux, c est trop peu que la corde. Puisqu'ils en ont le privilège.
Il les faut jetter dans le feu, Cruels, voleurs, larrons, filous.
Et je trouTc encor que c'est peu; Pensez à vous, et non à nous.
Au xvn' siècle, les blasphèmes contre la Sainte-Vierge étaient punis plus
sévèrement que les vols.