XLIV LA VIE DE CLAUDE LK PETIT
besogneux eomine lui, clioisis naUuelleiueut p;innl ses confrères et ses intimes, nvoents au Parlement, François Colletet, Gourdes, P. Cadot, Richelet, Carré (i). Certes il était agréable à Le Cordier de se voir encenser comme il encensait lu]-mème et d'apprendre par la voix de Le Petit que Pont-Lévêque sd'ait, grâce à son poème, aussi célèbre (|ueRome, et, par ses fromages, aussi réputé que Milan :
Dans la Fable et l'Histoire [-i) en merveilles fertiles Nous avons vu, des Dieux (3) de toutes les façons, Devenir artisans, et se rendre Maçons, Pour peupler des Citez, et fabriquer des Villes.
Déjà depuis mille ans, par mille soins utiles Solon dedans Athène a donné des leçons, Aniphion bâtit Thebe au bruit de ses chansons Et Lycurgue dans Sparte a fait des Loix Civiles.
Ce n'est point par ses murs, ny par ses habitans, Que ta ville célèbre en tiltres éclatans Garantira son nom de la fureur des âges.
Seul, tu la peux sauver de ce commun débris. Elle égale déjà Milan par ses Fromages Elle égalera Rome un jour par les écrits (4),
Un tel éloge, en plaçant Le Cordier au rang de Solon, d'/Vmphion et de Lycurgue, sortait de la banalité, il méritait une forte récompense ! Si libéral que se soit montré ce normand envers six poètes égaux, sinon en mérite du moins en bonne volonté, il n'a été que d'un faible secours i« Claude Le Petit. Celui-ci — il ne devait pas
(i) Hélie Le Cordier est resté en relations avec Du Pelletier, Richelet et François Colletet, ilfigure eu leur compagnie, pour une épigrarame burlesque dans les pièces liminaires de l'ouvrage suivant : Commentaire en vers sur les aphorisines d I/ippocrate. Par le sieur Calwtin, avocat au Parlement. Paris, Guillaume Saffier et Jacques Talon, iG65, in-ii.
Va aussi avec l'ierre (Jadot : Le Cordier a contribué, pour un dixain, avec Du l'ellelier, Fr. Colletet, etc., aux poésies en tète du Recueil d'épif(rammes des plus fameux poètes latins. Mis en vers français. Par le sieur Du Four, C. J). Médecin. Première partie. Paris. Olivier de Varennes, 1669, in-12.
{2) Fabuleuses s entend (note de Jean Hou).
(3) Apollon et Neptune, par exemple, qui aidèrent Laomédon pour bâtir la ville de Troye (note de J. Rou).
(4) Ce sonnet avait été communiqué à Jean Hou par Claude Le Petit. Jean Rou croyait qu'il n'avait pas été imprimé. On sait qu'il n'a paru que (J jours après le supplice de Le Petit.
voir son sonnet imprimé de son vivant (i) — s'est bientôt retrouvé aux prises avec les mêmes difficultés. Ses préoccupations ont été assez grandes pour elFacer rapidement de sa mémoire le souvenir aft'reux du bûcher de Ci^ausson et de Paulmier (2). On ne peut expliquer autrement la |^àte avec laquelle il réunit ses poésies satiri(|ues, obscènes et impies, pour en former un juste volume. De gaieté de cœur Claude se précipitait au-devant d'un châtiment analogue, d'autant que le titre ne laissait planer aucune incertitude sur le contenu : Le Bordel des Muses ou les neuf Piicelles putains, caprices satiriques de T/iéop/iile le Jeune. La partie vraiment originale de ce recueil consistait en une série d'imitations, sous le titre : Y Europe ridicule, de la fameuse Rome ridicule avec cette différence que le poème de Saint-Amant n'a rien d'irréligieux. L'Europe ridicule comprenait : La Chronique scandaleuse ou Paris ridicule, la Pantalonade ou Venise ridicule, VAutric/iiade ou Vienne ridicule, le Cromwellisme ou Londres ridicule et la Castilladc ou Madrid ridicule. De ces cinq poèmes, deux subsistent : Paris ridicule et AI adrid ridicule, la perte des trois autres est regrettable.
Vraiment le Bordel des Muses n'aurait pas déçu ses acheteurs!
Une fois son manuscrit au point les difficultés commençaient. La première, c'était le choix d'un imprimeur disposé à ne tenir aucun compte des défenses si rigoureuses de la loi, la seconde, c'était la nécessité d'avoir en mains les fonds nécessaires destinés i» être versés à titre de provision à cet imprimeur. Le hasard — un hasard malheureux — allait permettre de les surmonter : Vers le 7 ou 8 août, le nommé Chabat, ayant rencontré Claude à l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés, lui apprit que le bruit courait u qu'il vouloit se faire moine et brûler ses satiriques ». Ceci dit, il s'empressa de le dissuader et lui offrit cinijuantes pistoles pour
(1) Le poème de Le Cordier ne fut mis en vente que quelques jours après le supplice de Claude Le Petit, l'achevé d'imprimer est du G novembre i66u.
(■2) Le souvenir de (Muiusson est resté vivace, nombre d'années après son supplice. Le fameux musicien Jean Baptiste Lully, auquel on prêtait les mêmes mœurs, ayant fait tirer un feu d'arlilîce devant sa maison, en juin it'»74. pour fêter la conquête de la Franche-Comté, feu d'arlilice qui rata compUlemeul, on fit courir sur lui le couplet suivant :
Excusez, Messieurs, si Hatistc Le procès des < haussons se pi>ursiiil, s il s achève.
Vous a fait un feu si lugubre et si triste II nous en fera voir bientôt un autre en Grève Et vous a mal survis pour vos ileini-louis, Dont vous serez plus réjouis.
Voir à ce sujet le curieux travail de M. Henry Pruuières ; f.a \ie scandaleuse de Jean Baptiste Lully (Mercure de France, i" mai igiti).
faire imprimerie Bordel des Muses et le vendre à frais communs. Claude accepta et s'entendit avec ses voisins, les deux fils de l'imprimeur RebufTé (i) qui demeurait à l'entrée de la rue Dauphine, en lour promettant quatre écus de la feuille. Il est ;i supposer qu'Eustache et Pierre RebufTé comptaient se servir en cachette des deux presses de leur père Jacques — malade à ce moment-là — sur lesquelles il tirait « des billets pour les frippiers, des enveloppes pour les bonnetiers, dos placets et des factums ».
Ayant mis sur le papier les conditions des frères RebufTé, Claude Le Petit désira les soumettre à Jean Rou :
« Il me vint rendre visite pour me demander avis sur un certain traité qu'il étoit sur le point de conclure avec un libraire pour l'impression de son Paris ridicule quej'avois déjà vu auparavant et en môme temps condamné: « Vous voilà donc, lui dis-je, retombé dans le bourbier, contre ce que vous m'aviez promis? — Nullement, me répondit-il, vous savez bien que cette pièce est du temps de mes anciennes folies ; mon nom d'ailleurs ne paraîtra point là; et puis, que voulez-vous que je fasse ? je n'ai pas un sou et voilà cent écus qui me sautent au collet; qu'est-ce que mon cœur a à démêler avec ma bourse qui est plus plate qu'une punaise, et mes dents longues comme un jour sans pain et sous lesquelles je n'ai pas à mettre une croûte? — N'importe, lui dis-je, cherchez votre soulagement par des moyens plus honnêtes et plus sûrs, autrement vous êtes un homme perdu si vous allez plus loin ; en un mot, rompez votre marché. — Mais cela est impossible, me dit-il, car j'en ai d'avance touché vingt écus, et qui même sont déjà fricassés. — Eh bien, mon pauvre ami, lui dis-je, encore une fois, vous êtes un homme perdu et j'ai grand peur que vous n'ayez anticipé votre propre peinture lorsque vous composâtes, il y a quelques mois, le sonnet de l'infâme Chausson... » (2)
Bien certainement Claude ne lui avait montré cette fois que Paris ridicule — ce poème entrait, on l'a vu, dans la composition projetée du Bordel des Muses — mais il s'était bien gardé de pré-
(i) (( Jacques Rebuifé (iiuprimeur-libraii'e (le i6i4 à i663), maistre imprimeur au bout du Pont-Neuf, en la rue Sainct-Germain. S'est trouvé deux presses, sur lesquelles il imprime des billetz pour les frippiers, des enveloppes pour les bonnettiers, placetz <'t farlums. A un apprentif nommé Jean de Sarsey, obligé depuis trois ans et n a jtoiuct de compagnon. Et à luy eujoinct de venir en l'Université et luy ont été faicles les deffences cy-dessus. » G. Lépreux : Une enquête sur l'imprimerie de Paris en iG/îi, p. 35. Extrait du Bibliographe moderne, 1910).
(a) Mémoires inédits de Jean Kou, t. H, p. 3i5,