LVIII HISTOIRE POSTHUME
piotitant du succès de scandale de ce dernier ouvrage? Peut-être l'un et l'autre.
Trois ans plus tard Boileau, le Li-gislateur du Parnasse, faisait une allusion discrète à Le Petit dans le chant II de son Art poé-
tiijue :
Toutefois H allez pas, goguenard dangereux, Faire Dieu le sujet d'un hadinage affreux : A la fin tous cesjcu.r (/uc l'Al/irisme élève. Conduisent Irislciiuitt le /daisanl à In Cri-i'c.
c'est du moins ce ({ue prétend son conimcntaleur Brosselte dans la note suivante :
(( Quelques années avant la puhlicalicm de ce poème if Art poétique). un jeune homme fort bien fait, nommé Petit, fut surpris faisant imprimer des chansons impies et libertines de sa façon. On lui fit son procez, et il fut condamné à être pendu et brûlé, nonobstant de puissantes sollicitations qu'on fit agir en sa faveur ».
La dernière linne contredit Jean Kou, bien renseigné, et voilii comment on écrit l'histoire h cinquante années de distance!
Claude Le Petit avait été dépouillé par Jean Rou de sa traduction du Prince chrestien, son Madrid ridicule a eu le même sort. Un sieur de B. (le libraire en fait le sieur de Blainville (i), secrétaire de la légation de Hollande en Espagne), retrouve à Madrid une copie de ce poème, la retouche, puis l'annote ainsi que la Home ridicule de Saint-Amant et le Paris ridicule (en y ajoutant quelques poésies de divers auteurs) et réunit le tout sous le titre : Home, Paris el Madrid ridicules avec des remarques historiques et un recueil de poésies choisies par M. de B. Paris [Hollande)., P. Le Grand, 1713. Sans V Adi>erlissement du libraire au lecteur qui dissipe toute équivo([ue, le titre ci-dessus n'était guère probant. Il est incontestable que les notes de la Home ridicule, du Paris ridiculeeidu Madrid ridicule appartiennent en propre à M. de B...,
qu'avions-nous affaire ilc ces briseurs d images qui, sous prétexte de renouveler la foi par la raison, dépeuplaient sans merci le monde surnaturel, traitaient les arts comme de vaines superstitions, et ramenaient à l'humanité moderne le Dieu jaloux de l'Ancien Testament (le doit mit uns de l'Allemagne de Guillaume II) ». Ces lignes avaient été placées ici avant la grande guerre 1914-1918, et nous avons été tenté de les supprimer, mais, après réflexion, nous les maintenons, il faut bien que les dithyrambes sur Calvin, père de la prose française depuis quatre siècles, ne restent pas sans contre-partie. (1) Paul Lacroix ep a fait Bruzen de La Martinière,
mais il n'est certainement pas l'auteur des stances du Madrid ridicule que l'on doit restituer k Claude Le Petit.
De 1715 h 1800, Claude est presque oublié. A peine en 1748 une réimpression du Paris ridicule, accompagnée de chansons politiques et autres pièces satiriques, et dans les numéros de juin et juillet 1738 d'une publication mensuelle : Le Conservateur ou collection de Morceaux rares, et d'Ouvrages anciens, traduits et refaits en tout ou partie, la reproduction de 3i pièces sur 36 des Plus helles pensées de saint Augustin mises en vers français, mais le collecteur attribue h tort l'édition de i6()6 de cet ouvrage aux solitaires de Port-Royal.
Le XIX® siècle lui est tout d'abord plus favorable s'il vaut mieux parler inexactement d'un auteur que de n'en pas parler du tout : Dans son Dictionnaire crititjue, littéraire et bihliographiijue des principaux livres condamnés au feu, 1806, Peignotau t. II (pp. 33-34) nomme Claude Le Petit, Pierre Petit, et dit que l'ouvrage qui a motivé sa condamnation avait pour titre Le Bordel céleste en ajoutant qu'il était reproduit dans le Recueil du Cosmopolite. Il y a là autant d'erreurs que de mots, le Recueil de pièces choisies rassemblées par les soins du Cosmopolite, A Anconne, chez Vriel B... à l'enseigne de la Liberté, 1735, dû au duc d'Aiguillon, ne renferme ni le Bordel céleste ni le Bordel des Muses. A la suite de Bazin (jui avait mis en scène le poète Estienne Durand, roué vif le 19 juillet 16 18, dans son roman La Cour de Marie de Médicis, Mémoires d'un cadet de Gascogne {1830) et d'Arsène Houssaye qui a fait de Théophile de Viau, le grand amoureux d'Une Pécheresse, 1831 , Paul Lacroix rend le même service h Claude Le Petit. Celui-ci est, en compagnie de Du Pelletier, de Des Barreaux et de Saint-Pavin, le principal personnage du Singe, histoire du temps de Louis XI \\ i 666 {18^2); mais, pas plus que Bazin et Arsène Houssaye, le bibliophile Jacob n'a réussi à esquisser une silhouett»; à peu près exacte de son héros (i). Il fait mieux.dans sa compilation : Paris ridicule et burlesque au XI II" siècle, par Claude Le Petit, Berthod, Scarron, François Colletet, Boileau, etc., etc., et promet une nouvelle édition des œuvres du libertin, elle reste en route. Cependant on 1862 Gay remet au jour UKscole de Vlnterest et L'Heure du
(1) Paul Lacroix a suivi la version fantaisiste de Lefèvre de Saint-Marc, voir note p. xlvii. Ce roman a été publié j)ar Dnuiont, la date de 1G66 portée au titre est celle donaée par Jea» Rou pour le supplice du Cl. Le Petit.