‹ Disciples et successeurs de Theophile de Viau (volume 4)Chapitre 33 sur 169 · LX HISTOIRE POSTHUME · texte numérisé non relu

LX HISTOIRE POSTHUME

lier^cr avec un avant-pvopos de M. Gustave Bruiiet. Enfin Ed. 1 rieolel consacre ii (Uaiido la première notuc hio-bibliooraphique sérieuse dans ses lV//7V/<'.s' bihUoi^rapIuiiiios (iS()3).

Les années i863 et i865 devaient réscrv(^r, là-haut, ii Claude Le Petit, s'il s'intéresse encore aux choses le notre planète, une surprise inouïe et qui a dû lui paraître plus pi -lible encore que son supplice : Les censeurs des livres sous Louis XIV n'avaient rien trouvé à reprendre à VEscole de Vlntevest et ii L'Heure du Berger, la justice de Napoléon III, plus sévère, y c écouvre d'horribles obscénités; leur malheureux éditeur Gaypas- ' deux fois devant le Tribunal correctionnel de la Seine «jui le condamne en fin de compte à quatre mois de prison et 5oo francs (l'amende (i). On voit que la liberté d'écrire n'avait pas fait en deux siècles de sensibles progrès. Il est vrai, heureusement, qu'elle s'est rattrapée depuis! A l'aube du xx« siècle, M. Ad Van Bever d:ins les Poètes satiriques des XVI^ et X\71'^ siècles réimpiime pour la première fois ( i qoS) pres([ue en entier le Bordel des Muses, et M.-(Mi. Théophile Féret lait une place à Claude Le Petit dans son \'e/-i;er des Muses [igoS) où il accepte sur les causes du procès la version de Lefèvre de Saint-Marc :

Ah ! le l'eut ! Maudit soit le vent des mers sauvages Egaré sur mon toit,..'>A/i /pourquoi sur le mien ? Dans ce Paris dévot, fief du Roi très c/irétie/i. Ce soir de si beau rcic et de si beaux nuages.

Que n allais-tu briser V innocence des chênes, Dieu qui gronde ! Irriter sous les ronces le cou Des vipères ? Emplir de faim rauque le loup ? Sur le sable effacer les pistrs de la haine ?

Le lointain bouclier d'une vilrt; éclatante Renvoyait au soleilscs feux roses etpers. f attendais une femme, et j'écrivais des vers, /.'heure sonna, ma main s'énervait de V attente.

(i) La chose est d'aiilaiil moins compréhensible que Gay vendait 8 francs et 6 francs ces deux petits livrets tirés à loo exemplaires ; ajoutons, et le fait est à noter, que le supplément aux OEuvres de Théopitilc, de la Bibl. Elzévirienne (à la fin du tome II) cpii reproduit des pièces bien autrement obscènes, n a jamais élé l'objet d'aucune poursuite; il a été cause seulement d'un procès entre M. Allcaume et l'éditeur Jauuet, procès perdu par M. Alleaume.

La femme ne vint pas. Pour un ruban peut-être ? Un autre amant?... Ah ! fausse, il fallait accourir, Etre très belle pour me faire mieux souffrir. Crier ta trahison... J'eusse clos la fenêtre.

Je passais le joujou des rimes à la ponce. Sur ma table, la brise agrippe des papiers. Dans la rue, un abbé les ramasse à ses pieds, Les parcourt, marque ma fenêtre, et me dénonce.

J'étais perdu. J'avais écrit pour des libraires, Cette espèce qui nous deshonore à bas prix. Messieurs de la Grand Chambre au vu des manuscrits Pour lèse-majesté divine m'adjournèrent.

Et je fus convaincu par arrêt, sur la plainte

Du Procureur, après qu'ils nï'eurent bien tordu !

D'avoir plongé honteusement au vase indu.

Morgue l'honnenr de Dieu, de l'Eglise, des Saintes ;

Très méchamment blessé par malice aggravante

Le Sein sans tache oii le Corps-Dieu prit son berceau,

« En l'infâme Sonnet, cy placé sous le sceau,

'( Qui fut dans le ressort de la Cour mis en vente ».

Quand les gitons royaux, que Gomorrhe consume,

N'ont à craindre de la Cabale des dévots

Que sourires pinces et Lœtiiicat vos !

// ne faut pas moins d'un bûcher contre une plume.

On m'extrait des prisons, puante fosse. Au porche De Notre-Dame on me conduit en tombereau. — « Poésie, allons, gueuse ! A genoux ! » Le bourreau Me met au col la corde, au poing l'ardente torche.

Et mitre, je demande, en chemise soufrée. Pardon à Dieu, pardon au Roi. — Quelle oraison Pour être ci vingt-trois ans ma dernière chanson ! Un sot abbé me prêche en style de /'Astrée.

Puis je vais vers la Grève, encadré d'arquebuses. On me tranche le poing, et mes vers sont brûlés. Mais j'ai la grâce, avant d'être ars, d'être étranglé, Par grand faveur d'un Président ami d^s Muscs.

Me le devait-il pas, étant bibliophile.

Friand de livres qui courent sous le manteau ? Les miens saisis, il eut mon Ronsard in /»", L'Espadon satirique, et mon cher Théophile.

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