L UNIVERSITÉ D AMOUR H
bout de la mer Méditerranée, où Cupidon premier de ce nom, roy d'Amour, etc., etc., tient ordinairement sa cour. Au milieu d'un de ses jardins, qui ne sont pas fantasques con;me nos poètes nous les descrivent, mais ny plus ny moins comme les nostres, car les misérables qu'ils sont ont ce foible de ne dire jamais la vérité que quand ils disent qu'ils sont pauvres et nécessiteux ; là, m'imaginant estre dans celuy de nostre maison, je me couchay franchement tout de mon long près d'un lauiier, et me ressouvenant d'abord de sa métamorphose, qui fut le chastiment de son ingratitude, et raisonnant là-dessus en ronflant, selon que les espèces dancent dans les fantaisies des dormeurs, j'appostrophay Apollon de la sorte : « On dit bien que tu n'es qu'un rib;iut,* d'avoir mis le fruict, l'usure et l'espérance de tes amours dan; une plante infructueuse et plus infortunée qu'honorable. Tu sceus mal gagner la volonté de ta Daphné, et elle ne s'eschappa de toy par ses pieds que parce qu'elle vit que tu n'avois pas l'esprit de l'arrester par les mains. Je sçais que tu produis toutes choses, que d'un de tes rayons tu peux faire quand il le plaist un quintal d'or et d'argent; mais tu possèdes tous ces trésors à titre d'avare, les emprisonnant dans les cofïres-forts de la terre, dont les serrures, les verrous et les cadenats ne connoissent point d'autres clefs et d'autres passepartous qui les puissent ouvrir, que les barres de fer et les pics ; de sorte que, quoy que lu fiisses l'or et l'argent, lu le caches comme un faux monnoyeur, et ta vilenie etta lascheté vont jusqu'à ce point que dans les orloges de villages (qu'on appelle au soleil) tu monstres les quarts (i) à tout le monde, et n'en donnes jamais à personne. Si tu avois communiqué ton beau dessein à la Lune ta sœur, elle t'auroit sans doute donné meilleur conseil, et t'auroil, avec ses quarts ou quartiers (qu'elle t'auroit preste pour faire présent à les inclinalions), fait faire plus de besogne en une heure d'une nuict que tu n'en as fait en plusieurs jours de plusieurs années. »
.le blasmois ainsi Phebus l'amoureux de sa mauvaise conduite et de sa lascheté, lorsque j'apperceus devant moy V Amour nud comme le jour qu'il sortit du ventre de sa mère, et enharnaché comme on nous le représente, avec un carquois garni de flèches au coslé et l'arc turquois à la main : je le reconnus d'abord à sa livrée et à son
(i) Quartos, eu espagnol, s'cnlcnd pour ua quart de rcallc aussi bicu que pour un quart d'heure.
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attirail, quoiqu'il n'eut point alors le bandeau devant les yeux que nos peintres, qui ne sont pas plus sages que nos poètes, luy mettent devant ses deux luminaires, qu'il avoit ce jour-là beaux et nets comme les verrières d'une lunette. Je changeay de posture à son aspect, et, me relevant promptement de mon séant comme i'estois, je me mis à genoux comme je devois, l'adorant comme \me divinité de sa condition et de son mérite. H fit bien voir qu'il l'estoit, me disant là sur le champ comme un impromptu les plus secretles pensées de mon âme et les plus particulières débauches de mon corps, me faisant mcsme ressouvenir de certaines choses que je ne me ressouvenois pas d'avoir jamais oublié ; il ne me soutTrit pas toutesfois longtemps en cet estât, car, ayant obey au commandement qu'il me fit de m-î lever et de le suivre, il me fit la faveur de me prendre par la main (si ce (ut par la gauche ou par la droite, je ne m'en ressouviens pas bonnement, il est tousjours constant que ce ne fut pas par le pied ny par le nez). Tant y a que nous nous esloignasmes ainsi peu à peu du lieu où il m'avoit trouvé sans me chercher, pour en aller chercher un autre où je ne m'estois jamais trouvé. Je ne manquois pas, à tous les coins d'allées et de rues, de luy céder le haut du pavé, et de luy rendre quantité de grâces de l'honneur qu'il me faisoit de me faire part de la sienne. Atout cela il ne faisoit que bransler la teste et remuer les lèvres sans articuler un seul mot, ce qui me fit croire quelque temps qu'un meschant accident en avoit attiré un pire, et qu'on n'avoit pcutestre pu l'empescher de devenir muet en le faisant cesser d'estre aveugle ; mais il eut la bonté de me desabuser, et prit la peine de parler pour m'oster de celle où j'estois de son silence. Après avoir donc fait les grimasses, simagrées et contorsions ordinaires de nos orateurs, et descliàrgé quelques excremensfiegmatiquesà l'avenant, il me harangua ainsi :
« Je crois, Pécheur, que les marques que je porte t'ont desjà assez fait connoistre qui je suis, encore que les plaintes que je sçais que tu fais de moy partout démentent cette connoissance ; car. si tu en vois la véritable, tu ne serois pas moins confus de celle de ton erreur que de celle de ma souveraine puissance.
» Dis-moy, pourquoy me fais-tu passer partout pour un empereur sans empire, pour un roy sans royaume, pour un prince sans principauté, pour un seigneur sans seigneurie, pour un maistre sans valet, et pour un evesque .sans diocèse qn'm partibns infideliiim? Sçaches que je m'appelle Cupidon, c'est-à-dire dupide de
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dons^ désireux et ambitieux d'avoir. Pourquoy trouves-tu mauvais que l'on me donne, et par quelle raison en veux-tu tant sans raison à la dernière syllabe de mon nom. Quelques platoniciens de l'autre monde disent que je suis le plus libéral Dieu du ciel, et croyent avoir bien appris quand ils ont enseigné aux Michaèls Anges, aux Raphaëls et aux Carraches, de me peindre tout nud, et de donner des jaquettes et des roupilles de toutes sortes de couleurs aux autres. Les crédules qui les croyent, en me voyant de la sorte, s'imaginent que je me suis despoùillé pour revestir quelque amoureux transy, ou quelque gueux d'amant morfondu, et attribuent à un effet de générosité ce qui n'en est qu'un démon addresse ; mais ils se trompent comme toy, les pauvres foux, tous tant qu'ils sont. Sous ombre de ma nécessité feinte et de mon indigence apparente, on soulage mon ambition véritable, et l'on remplit mon avarice insatiable. Si je me couvre de meschans habits, c'est pour en attraper de meilleurs ; et si je passe partout pour pauvre diable, c'est pour avoir occasion de demander paitout pour l'amour de Dieu. C'est de l'amour divin dont ils prétendent parler lors qu'ils disent que l'amour se despoiiille de tout ce qu'il a pour nous revestir ; comme nous sommes tous deux contraires en natures, nous ne le sommes pas moins en actions, et c'est ce qui fait que les simples et les ignoran? qui ne croyent que les choses incroyables, et ne scavent que ce que tout le monde n'a jamais sceu, confondent l'un avec l'autre, et veulent quelque fois par force, sous ombre de cette équivoque, rencontrer en moy des libernlitez et des sentimens désintéressez ; mais tout cela sans raison, comme sans justice et sans apparence : car, puisque mon nom (qui dit ce que je suis) est connu de tout le monde, il est impossible que je puisse tromper quelqu'un sans qu'il s'en apperçoive ; et, pour te faire voir que je suis Dieu de bien et d'honneur autant qu'homme de ma sorte et que je ne t'en veux point faire accroire non plus qu'aux autres, puisque te voicy tout porté en Chipre, je te veux faire voir mon Université^ qui est la plus fameuse de l'Univers, et où sont les Illustres de tous les siècles. Comme tous les docteurs de Sorbonne et de Salamanque ont appris leur doctrine et commencé par la croix-de-pardieu (i), tu mourrois de regret d'en avoir esté si proche et d'en avoir esté si esloigné. Je te veux faire advouer qu'on ne luy preste pas la louange que l'on luy donne, et
(i) Croix, s'entendlà pour argent autant que pour autre chose (Cl. Le Petit). Croix-de-pardieu : croix placée au début de l'alphabet destiné aux enfants.
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que la réputation qu'elle a est beaucoup moins un etfet de la justice des sçavants que du mérite et de rexcellence de sa science. » Disant cela, nous marchions tousjours, et comme le temps n ennuyé pas en parlant avec un Dieu, je ne tus jamais plus estonné de me voir alors devant une grande porte cochère dont la façade estoit enrichie d'une table de marbre uoiroù estoit escrit en lettres d'or :
Unii'ersilas Anioris.
Et plus bas, en castillan :
Dans lUnivei'silé de ce prince nabot, Toutes les dames sont Toniistes (i), Tous les amoureux sont Scotistes :
Chacun y peut entrer en payant son escot.
Ces paroles firent sur ma personne en terre ferme Telfet que font les remous sur un navire en pleine mer, connoissanl l'impuissance de ma bourse et l'antipathie de ma bonne volonté ; mais les quatre vers suivans, que je vis escrits sur un gros carton à l'entrée de la court, sur la gauche, et h l'endroit justement où nous voyons les troncs et les benoistiers dans nos temples, m'achevèrent de peindre. Ils estoient conceus en ces termes :
Passant, ne marche pas si visle :
On n'entre pas icy connue dedans Saint-Jean; Là chacun prend de l'eau beniste, Chacun donne icy de l'argent.
Je ne sçavois plus sur mon âme où j'enestois lors que j'en eus fait la lecture, et j'en tremblois encore plus de peur que de froid, quoy que ce fut en plein hyver, lors que Cupidon, s'appercevant de mon estonnement, m'appella du doigt et me fit signe de le suivre. Comme je n'estois pas alors en estât de luy déplaire, je me mis aussi-tost en celuy de luy obeïr, et, ayant passé ensemble ce grand portique, et traverré quelques galleries hors d'œuvre, nous arrivasmes a la porte de la grande court ovalle, qui estoit revestue de ces caractères latins :
Otnnes ni'aritix sttident.
(i) Tomar est un verbe espagnol qui signifie prendre. Scotto veut dire, en etpagnoi, escot, dont on fait allusion avec Scot, comme de tomistes avec prendre et saint Thomas.
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Et plus bas :
On adore icy l'avarice :
C'est un péché, mais que veux-tu?
C'est sagesse d'aymer le vice Dont les sages font leur vertu.
Contre cette estude hizare
Nous laissons pester les fougueux :
Si c'est un vice d'estre avare,
C'en est un plus grand d'estre gueux.
Que les cuistres aux autres salles Vantent leur cours universel, Nous croyons celuy des realles (i) Et plus solide et plus réel.
Nous entrasmes dans la court, où Ton avoit disposé dans un bel ordre toutes les salles de toutes les sciences dont on faisoit la profession, et mon guide, se tournant vers moy, me dit : « Enfin, te voilà dans mon Unwersité ; mais, quoy que je t'aye fait cette faveur assez précipitamment, tu ne dois pas te persuader poui cela que toutes sortes de personnes y soient indifféremment conduites avec tant de facilité que toy. L'entrée n'en est pas permise à tous ceux qui y voudroient bien entrer. Il n'y a que ceux d'entre les hommes qui, par leurs profusions immenses, par leurs liberalitez et magnificences extraordinaires, ou tiltres, dignités et professions utiles et honorables, ou dont les vertus les relèvent audessus du commun, qui y sont bien venus, comme autrefois Midas, Paris, Sardanapalle, Alexandre, Mecenas, Auguste, Cresus, Salomon, David, et plus modernement Charles-Quint, Urbain VIII, Christine, le comte duc Valestain, le cardinal de Richelieu, le duc de Montmorency, et autres, comme aussi maintenant tous financiers, partisans, intendans des finances, trésoriers, argentiers, monnoyeurs, or-fèvres, tireurs d'or, organistes, or-logers, et semblables. Pour ce qui est des autres, comme le Mauvais Riche, le Lazare, Job, Denys, tyran de Sicile..., pour les anciens. Et pour* les modernes le
(i) Une realle, en Espagne, est une monnoye que nous appellions autrefois des pièces de 58 sqIs icy.
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Et le dellimct
comme iuissi tons les conlrôlems, rt'lormaleiirs, pince-mailles, raquedenases, chichcs-faces, gastes-maisons, gaigne-petits, usuriers et autres, en sont chassez comme des petteurs d'Eglise, comme tous les peintres et poules estrangers, tant anglois, IVançois, allemans, qu'italiens, à l'exception d'un seul, qui est // Dante. Pour les espagnols, ils se retirent du pair h cause du Do/n qu'ils portent tous, comme Dom Pedro, Dom Guillen, Dom Fernand, Dom Garcie, Dom Lcqies de Vega, etc. Et sans la bonté particulière que j'av pour toy, et le nom de du Toison (i) que tu portes, et que j'ay tousjours eu en grande vénération, tu peux t'asseurer que tu n'aurois veu ce collège que par dehors, comme tes autres confrères. Cette règle générale a encore, comme toutes les autres, une petite exception en faveur de ceux qui sont avantagez à leur baptesme de noms propies illustres, comme les nommez C/iarles, Jacques, Philippes, Pailles, Jiilles, à cause des Carlins et des Carolus, Philippus, Javobiis, Paides et Jiilles., et particulièrement tous les Loiiys. (^omme aussi, faisant justement distinction des personnes, quand bien elles auroient des privilèges ou prérogatives d'entrée, nous poursuivons de haine mortelle les van-riens, et honorons de nostre bien-veillance divine et de nostre estime singulière les justes (2). — Pourquoy faut-il, luy dis-je en l'interrompant, que les poètes, contre qui vous avez tant déclamé, les plus sçavans de tous les lettre/, soient privez de la consolation que j'ay maintenant? Pourquoy faut-il que la gallanterie et l'amour mesme soient estrangers dans leur propre pays? Vous sçavez qu'il n'y a rien de plus amoureux et de plus enjoué qu'eux ; que, s'ils sont chiches et avares comme vous dites, c'est qu'ils sont pauvres et nécessiteux, comme vous sçavez. — Et c'est pour cela, me respondit l'Amour, qu'ils n'y entreront jamais. Je te sçais bon gré de defîendre une cause où tu as tant d'interest ; mais, comme tu n'as les yeiix ouverts que pour ce qu'ils ont de vertueux, tu ne considères pas ce qu'ils ont d'insupportable d'ailleurs, et le» inconveniens qui pourroient arriver si l'on les traitoit autrement. — Quels inconveniens, s'il vous plaist? luy dis-je. Si vous aymezla richesse et la pompe, y a-t-il rien de plus liche que leurs rimes et de plus pompeux que leurs vers ? Si vous aymez les libéraux et la libéralité,
(ijEt parce aussi que la Toison, qui est l'ordre des roys d'Espagne, est d'or (a) Il s'entend moins des hommes justes que des pistolles.
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cognoissez-vous quelqu'un qui l'exerce d'un plus bel air et avec meilleure grâce? Ils donnent des louanges h tout le monde et l'immortalité tous les jours. — Ouy, mais tu ne dis pas ce fit l'Amour) qu'et» faisant ces largesses, les mal-heureux se meurent souvent de faim :
Carmina laurlanttir, sed niunera magna petit nliir.
» Non, non, ne m'en parle pas davantage.' Leur mal se gaignc comme la peste ; il ne faut qu'une brebis galleuse pour gaster tout un troupeau ; et s'ils estoient admis céans, je me verrois contraint malgré moy de changer toutes mes classes et mes collèges en autant d'hôpitaux et de petites maisons. Et pour te faire voir, de plus, qu'on ne leur fait point injustice, et que ce n'est point par caprice ny par animosité que je ne les veux point souffrir dans les miennes, lis Ovide : ce sont les vers de son livre De Aile amondi qui servent de loix fondamentalles à cette fondation, et, puisqu'il dit :
Ipse licet venias Musls comilatus Hoineriae, Si nihil attuleris, ibis, Homère, foras,
il faut qu'il soit ainsi. Tu ne le sçaurois démentir de cette sentence, puisqu'elle est plus vieille que toy de quinze cens ans, et qu'elle a esté prononcée par le plus honneste homme de ton mestier. » Ces paroles me firent perdre celles que je preparois pour ma responce et pour leur justification. Cupidon, me voyant defferré, me dit : « Il faut que tu sçaches, devant que d'entrer plus avant, qu'entre tous les livres des sçavans anciens, nous tenons icy pour apocriphes et pour contraires à la doctrine orthodoxe ceux de Seneque De Paupertale, cl que cela te demeure bien imprimé dans la mémoire, comme aussi que la seule religion qui se professe icy est celle des Donatistes, à l'exclusion generaleujent de toutes les autres sectes et croyances quelconques, et que nous ne tenons la catholique bonne (^u'en ce qu'elle enseigne le sii^ne de la croix (i). » J'allois prendre contre luy le parly de ma religion apostolique et romaine, quand nous nous trouvasmes à la porte de la première salle, qui estoit celle où l'on apprenoit à lire et à
'i) Il s'entend aussi de 1 argeut.
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escrire ; et la première chose qui se présenta là tl'abord digne de ma curiosité fut ce dicton qui en ornoit l'entrée :
Des vingt-trois lettres ordinaires Que contient l'alphabet de tout âge gardé, Icy. pour des raisons que l'on cache aux vulgaires,
On n'enseigne rien que le D.
Nous entrasmes dedans it l'instant, où je vis pesle-mesle mille petits garçons et mille petites filles qui sembloienl autant de soleils naissants (si toutesfois les soleils ont des griffes et des ongles). D'abord qu'elles appercurent leur maître d'escole, qui esloit VAmoitr, elles se mirent toutes à prendre leurs livres, et, me regardant entre deux yeux, s'entre-repetèrent continuellement les unes aux autres : « d, d, d, d, d, d, d, d, d, d, d. » C'estoit un assez plaisant divertissement de les entendre, et de voir que toute leur lecture commençoittousjours par deX finissoit de mesme, et si, par hazard, elles s'amusoient à espeler et assembler quelques lettres ensemble, c'estoit seulement en chantant chromatiquement comme les enfans de chœur de Saint Innocent :
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do d u du
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l/rNIVKRSlTÉ d'amour 10
Nous passasmes de là dans une autre salle (mi estoiciit celles qui appreuoient à escriie. Je m'approchav du banc de queUiuesunes et je les vis Coït attentives à bien iaire la liaison de leurs jambages, et ;> tirer leurs poincts bien droits surtout. El comme je m'esmerveillois deleurvoir si bien former leurs pieds de mouches: « Ne t'estonnes point (me dit leur pedanti de voir ces petites filles si bien reiissir dans cet art, car elles n'escrivent que sur du papier doré, avec des plumes de sacres, d'esperviers, de hérons, d'aiffles et d'autres oyseaux de proye et de rapine. » Je le remeiciaydc son advis, et, allant de costé et d'autre, je pris garde qu'elles n'avoient pour exemples que des promesses et des obligations, et que les plus advancées ne copioient, au lieu de grift'ons de sergens et de minuties de notlaires, que des lettres amoureuses, lettres de répit, promesses de mariages et d'argent preste, recepicez de médecins, et que les plus sçavanles faisoienl et composoient d'ellesmesmes des lettres de change et de cachet. Quelques-unes avant desjà fait leurs exemples s'amusoienl à faire de l'encre luisante avec les noix de galle que leurs amans leur avoient donné et quelques autres ingrediens. La ditïerence et la nouveauté de toutes ces choses me surprenoient tellement que je âerois (je croy) demeuré là jusques à présent à les considérer, si mon guide, me tirant parla basque, ne m'eut dit : « Sortons, c'est trop perdre de temps à ne voir que des badineries d'enfants et de grimaudes. Passons à des objets plus divertissans et à des plaisirs plus raisonnables. Tu en gousteras sans doute icy de plus solides (me dit-il, entrant dans une salle semblable à l'autre en grandeur). » Je le fis arrester pour en regarder le frontispice, qui estoit couionné de cet escrifeau :
On ne l'ait point icy mystère Des ferrailles d'un faux trésor :
Des cent règles du Despaulèra Nous ne croyons que V Hic tlutor.
Et au-dessous, dans une planche à part :
Pour corijuguer d'une façon l'uriiiiKtdi-, Ksloigtie-toy île la vieille méthode, Kt pcmi' bien faire, ainy, tu cliaii^oias Aiiiu, tiiiias, eu (io, ilas.
Curieux, comme vous pouvez vous imaginei-, d'en sçavoir davan-
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tage après en avoir tant veu, je jeltay les pieds dans la salle, et les yeux sur plusieurs dames et gallans qui y estoient, et qui, pour se conformer h l'advis salutaire de cy-dessus, conjugoient tout en do, das, dat, toutesfois avec cette diflTerence ([ue les hommes ne conjugoient de ce verbe que le présent do^ le prétérit dedi et le futur dabo, et les dames, seulement rimperalif, da vel dato, date vel data te. Je m'arrestay quelque temps à voir les petits grimaux d'amour qui commençoient à décliner là, nmsa, et remarquay qu'ayant finy ce nom substantif, ils recommençoient à le décliner de nouveau, sans passer plus outre de leur grammaire et arriver au dominas, comme il se pratique partout. J'en demanday la cause à mon causeur, et il me dit : « Veux-tu savoir pourquoy ces enfants haïssent tant d'avoir dans la bouche le doniinus ? C'est que dans la grammaire dont on suit icy les règles on fait tous les accents grands et longs (tant on estime icy la grandeur et la longueur), et qu'en faisant l'i long de ce mot, il faudroit qu'ils disent do-minus, ce qu'ils n'ont pas la hardiesse de faire, de peur d'avoir le foiiet, contrevenant à cette règle principale de leur syntaxe et à l'opinion qu'ils ont qu'ils n'arriveroient jamais à la perfection de la conjugaison s'ils commençoient ou s'accoustumoient à décliner par do-minus, o Disant cela, le Dieu qui me parloit appela du doigt une petite fille, dont voulant par divertissement examiner la capacité, il luy demanda :
ii M... V... cuj
us iseneris? »
Je respondis aussi-lost pour elle : « neulrius generis » adjoustant que c'estoit chose si commune qu'il n'y avoit si petite escolière de sixiesme qui ne le sceut comme son Pater. « Tu n'es quun asne^ me respondit Cupidon,et je le prouve . » « lterum,puella,M. V., cujus generis » [dit-il à la fille n"^ — «Feminini, magister » [respondit-elle avec une grande révérence). — « Per quam regulam >y, poursuivit-il, — « Ksto femineum recipit quod fcmina tanlum, etc. », respliqna-telle. — Et bien , mon amy ?. . . » {ce fit Cupidon) . De confusion je ne luy pus respondre, et comme j^ admirois la gentillesse de la belle escolière, que je croy d'aise aurait voulu avoir la question au beau milieu du ventre .,illuy commanda de décliner ((tempus))(i).La mignonne aussitost, aveclamesme libertéd'auparavant, commença à dire: nNominativo tempus.dativo temporif). — Comment, diable! m'escriay-je; ma
(i) Passage incriminé. Voir le Procès des raretés bibliographiques fait à Paris en i863 et i865, publié par la Société des bibliophiles cosmopolites, iS-jo, tiré à 100 exemplaires.