Et jamais de ma part une nuire malice
Où j'ai bien pu par imprudence
Jetter les gens de bien quelquefois en erreur, Qui, trompés par la vraisemblance, Assez souvent m'ont reproché, Que, galant, sans être touché,
Je n'avois de l'Amour que la seule apparence;
Qu'avec l'esprit d'Hylas j'eus sa légèreté ;
Et que, dans mes Ecrits, avec trop de licence, J'ai dogmatisé l'Inconstance, Et prêché l'Infidélité.
C'est ici que mon innocence A besoin que ton assistance Favorise la vérité.
Va vienne prendre la défense
De mes vrais sentimens et de ma loyauté.
J'étois né vertueux ; j'eusse été plus fidèle Que ne fut jamais Céladon, Que j'avois pris pour mon modèle: Mais qui ne deviendroit frippon Parmi ce peuple d'inlîdelles A qui l'Amour prête ses ailes En lui donnant ses agrémena ; Qui même de ses changemens Sait tirer des grâces nouvelles ?
Marquis, à qui le fond de mon âme est connu, Tu sais que mon cœur, prévenu Long-temps pour un objet aimable.
Ne pouvant se résoudre à le trouver coupable, Malgré son infidélité, Chercha, dans la nécessité D'un changement inévitable.
Des raisons pour rendre excusable
Parmi tant d'agrémens, tant de légèreté.
L'Amour a ses Casuistes D'avis fort diftérens dans sa Religion : Il a ses Escobars, il a ses Jansénistes,
Dont l'austère opinion
Bannit tout libertinage
Et fait un dur esclavage
D'une douce passion.
Pour moi qui fus toujours ami des Jésuistes,
Raisonnable en mes sentimens, En faveur d'une longue et sincère tendresse,
Je passe à l'humaine foiblesse,
Quelquefois les égaremens
D'une amoureuse frénésie ; Mais sans aller plus loin pousser l'Apologie, Il est, il est encor un ascendant vainqueur, Qui de tous ses défauts a corrigé mon cœur.
Devenu constant et fidèle, Il brûle d'une ardeur désormais éternelle; Et livré tout entier à qui l'a sceu charmer, Il sert encor un Dieu qu'il n'ose plus nommer ^
Ami -, si la complaisance Qu'on a pour ses défauts fit ce portrait trop beau.
Songe avec quelle violence Il faut de l'amour-propre arracher le bandeau. Souviens-toi que celui qui traça ^ ce tableau A de ton amitié mérité l'indulgence :
Parles-en quelquefois; et que la Médisance Devant toi n'ose pas, avec son noir pinceau,
Par malice ou par ignorance, D'un caustique Quatrain barbouiller mon tombeau.