Id. : ta fait, au lieu de : traça
Souffre, mon cher Damon, qu'à tes préventions
José opposer ici quelques réflexions,
Et que mon amitié, contraire ù ton système,
T'impose une espèce de loi, En te faisant sentir ce que doit à soi-même, Ce que doit à l'Etat un homme tel que toi '.
Dés-lors que né sous d'heureux temps ^
Où le mérite et les talens
Ont une sûre récompense,
Sans qu'il en coûte d'innocence,
De manège ni de détour.
Sans l'indigne métier d'aller faire sa cour;
Un doux regard de la Fortune,
Après un long aveuglement,
D'une condition commune
Vous appelle au Gouvernement :
On ne doit plus souffrir que la Raison réplique', Il faut pour son Pays un entier dévouement.
Et l'on doit rigoureusement Compte de ses talens à la Chose publique.
Adieu donc pour jamais*. Calme, Tranquillité, Enfans de mon indépendance.
Ne goûterai-je plus ma chère Liberté
Dans les bras de la Nonchalance?
Quitte, quitte, Damon, d'inutiles regrets^
Qui doivent au plus être faits Pour ces Esprits bornés qui ne font rien sans peine, Et qui sur leurs bureaux attachés à la chaîne,
Abymés dans un vil détail.
Mais privés des clartés que le Ciel leur dénie,
Croient que la peine cl le travail
Peuvent tenir lieu de génie*.
Pour toi de qui l'esprit dans sa vaste étendue Découvre tout d'un coup la fin et les moyens,
Et fertile en expédiens.
En voir cent d'une seule vue;
Chaque jour tes heureux talens
Aux Gens d'Etat si nécessaires.
1. Ces deux stances ont paru pour la prcmiore fois dans l'édition de 1774.
2. 1733 : A moins, mou clicr Damon, que né sous d'heureux temps.