‹ Disciples et successeurs de Theophile de Viau (volume 5)Chapitre 118 sur 202 · Hait tout ce qui sent l'esclavage · texte numérisé non relu

Hait tout ce qui sent l'esclavage

2. Voici les six derniers vers de léd. de 1731 qui remplacent les huit de 1774 :

Ainsi, sans chercher d'autres armes

Que tes grâces et la beauté,

Tu cacheras ce soir ton infidélité,

Parmi la foule de tes charmes; Et, pour me rengager, prends le charme vainqueur Qui, cent fois sous tes loix, a ramené mon cœur.

Dans un Nectar que la Beauté Fait couler mollement dune source féconde,

Gomme un torrent de volupté.

C'est là que dans tes bras j'adorerai ces charmes

Qui font ton intidélilé.

Ah ! s'ils sont quelquefois' la source de mes larmes, Ils le sont en ce lieu de ma félicité.

Sûre de ton impunité,

Viens, Lesbie, avec confiance

Que tes {grâces et ta beauté

Te vont tenir lieu d'innocence;

El lu verras mon indulgence

Trancher nos éclaircissemens ;

I']t bientôt mes eniportemens ^

N'exiger d'autre pénitence Que la douce fureur de tesembrassemens,

A mai)i-]moisi-:l].k de LAUNAI

Launai, qui souverainement

Possèdes le talent de plaire ; Qui sçais de tes défauts te faire un agrément;

Et des plaisirs du changement

Joiiir, sans paroître légère,

Même au yeux d'unlidèle Amant ; Coquette, libertine, et peut-être fripponne ; Quelque nom odieux qu'en ces vers je te donne, .le sens, dans le moment que l'on doit l'abhorrer. Que mon cœur, hormis toi, ne trouve rien d'aimable;

El, par un charme inconcevable, Avec ce qui rendroit une autre abominable, Tu trouves le moyen de te faire adorer.

Que ne te dois-je point? Sans toi dans l'indolence Gouloient mes derniers jours à la Nuit destinés. Par la Nature condamnés Aux langueurs de l'indillerence.

Toi seule ranimant par d'inconnus elForls, , D'une machine presqu'usée Les mouvemens et les ressorts, As fait revivre encor dans une Ame glacée Les fureurs de l'Amour et mes premiers transports;

Mais que n'ai-je point fait pour vaincre ma tendresse, Et combattre un penchant qui n'est plus de saison?

i. 1731 : Autre part.

i. Id, : Empressemens.

Il n'enétoit plus temps; et déjà ton adresse M'avoit fait avaler ce funeste poison, Que tu sçais préparer avec délicatesse; El j'étois hors d"état d'écouter la Raison, Quand elle m'a voulu reprocher ma foiblesse.

Gomment te résister? Même avant de te voir, D'un penchant inconnu j'ai senti le pouvoir : Je louoiston esprit avant de te connoitre.

Ta seule réputation Formoit l'intelligence et l'inclination

Qu'une aveugle prévention, Sans m'en appercevoir, malgré moi, faisoit naître : Je te cherchois par-tout, quand tu vins à paroître Un charme, plus puissant cent fois que la beauté, Forma les nœuds secrets loul-à-coup d'une chaîne

Si forte en sa légèreté,

Que je sacrifiai sans peine

A ce doux penchant, qui m'entraîne,

Mon repos et ma liberté.

Qui jamais, comme toi, du charme de l'esprit

Fit sentir toute la puissance?

De tout ce que l'étude apprit, Il semble que tu veux affecter l'ignorance;

Et sçais avec discernement D'un esprit cultivé ménager l'abondance;

Le tout avec tant d'agrément.

Qu'à la plus abstraite Science

Tu conserves tout l'enjoùment

De la plus simple connoissance.

Sur tes moindres discours, l'Imagination

Jette des fleurs avec largesse,

Sans rienôter n la justesse

Du charme de l'invention.

Ce brillant de l'esprit sur toute ta personne Répand cet agrément qu'on ne peut exprimer ;

Ces grâces que Nature donne Et qui se font sentir à qui te sçait aimer.

N'étoit-ce pas assez? Un son de voix flatteur Porloil à tout momens dans mon âme embrasée

D'une délicate pensée La douce illusion, et le tour enchanteur.

Jours sereins, jours heureux, qu'êtes-vous devenus?

Où jadis plus d'une conquête De myrte et de laurier vint couronner ma tête? Jeunesse des Plaisirs, beaux jours, vous nétes plus :

Va déjà l'âge qui s'avance, D'un amour mutuel me ravit l'espérance :

Dans cette juste déliance, Je ne voulus jamais devenir ton N'ainqueur, Et ne comptant pour rien, dans l'ardeur de te plaire, Du plaisir d'être aimé la douceur étranj^^ère, Au seul plaisir d'aimer j'abandonnai mon cœur ; Je te parloie) d'amour; tu te plus àm'entendre : Les jours étoient trop courts pour nos doux entretiens

Et je connois peu de vrais biens

Dont on puisse jamais attendre Le plaisir que me fit la fausseté des miens.

Heureux à qui le Ciel donne un cœur assez tendre Pour pouvoir aisément comprendre

D'un amour malheureux quel étoit le bonheur ; Tel que je crois qu'il devoit rendre

Les plus heureux Amans jaloux de mon erreur !

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