‹ Disciples et successeurs de Theophile de Viau (volume 5)Chapitre 121 sur 202 · A L'AMOUR · texte numérisé non relu

A L'AMOUR

Puissant et premier Génie, Par qui tout fut animé, Toi, qui maintiens l'harmonie Du monde par toi formé :

Amour, d'un trait de ta ilamme Pénètre aujourd'hui mon âme, Et fais couler dans mes sens.

Le feu dont brûla Catulle, Et qui, du jeune TibuUe.

Forma les tendres accens.

Ni les Nymphes du Parna^se, Ni les faveurs d'Apollon Ne me donneroient l'audace De célébrer ton saint nom.

C'est toi qui près d'une eau pure.

Au fond d'une grotte obscur-e, Peux seul, enseignant ta loi.

Inspirer aux cœurs fidèles, Dans leurs ardeurs mutuelles.

Des chansons dignes de toi.

Mais je sens que ma prière A trouvé grâce à tes yeux; Une nouvelle lumière Rend mon esprit radieux.

Mes vers vont servir de guides, A ces âmes trop timides, Qui, de peur de tes rigueurs, Fuyant tes faveurs divines.

N'osent, pour quelques épines, Cueillir les plus belles fleurs.

Publions donc à ta gloire,

Que, plus fort que tous les Dieux,

Pour la plus grande victoire.

Tu n'armes que deux beaux yeux :

Et que ta douceur est telle,

Que, dans la guerre mortelle

218 LA FARK, POÉSIES

Que lu déclares aux cœurs,

Aimable jusqu'en tes peines,

Tu fais adorer tes chaînes

Aux vaincus comme aux vainqueurs.

Loin de toi, loin de ton Temple,

Ces jeunes présomptueux,

Qui donnent l'indigne exemple

D'un amour faux, fastueux;

Qui, dans leurs humeurs hautaines,

Veulent imposer des chaînes.

Et garder leur liberté.

Et prétendent n'introduire

Dans le sein de ton Elmpire

Que mensonge et vanité.

Non, ce n'est que la souffrance.

Que l'ardeur de nos désirs.

Qui mettent la différence l'^t le prix à les plaisirs.

Toi-même n'a pu connoître, Les douceurs que tu fais naître, Que quand ton cœur fut Louché :

El, pour goûter tes délices, Il fallut que tu gémisses Dans les fers de la Psiché.

Ah! que la chaîne est légère!

Que ton joug a de douceur Pour l'âme simple et sincère Qui t'abandonne son cœur!

C'est pour elle que sont faites Ces félicités parfaites, Qu'au monde on ne connoît plus; Mais que, pour leur récompense, Tu verses en abondance Dans le sein de tes élus.

Je sais bien qu'à tes caprices On impute les faveurs; On dit que tes injustices Font répandre mille pleurs ; Mais c'est avec les caresses, VA les trompeuses tendresses D'une volage beauté.

Confondre les biens durables Et les plaisirs ineffables Qu'on doit à la vérité.

Ce n'est point toi qui présides A ce honteux abandon, A ces commerces sordides Qui deshonorent ton nom.

Ce n'est que des belles âmes Que ta main file les trames; Tu tiens le vice abattu:

Ton choix toujours légitime Ne donna jamais au crime Les prix dus à la vertu.

Quoique nous conte la Fable, Tes yeux sont toujours ouverts; Tu veilles, Dieu favorable, Au bonheur de l'Univers :

Nos vœux par ton assistance, Parviennent jusqu'à l'essence Qui maintient l'ordre des Cieux; Et, brùlans d'ardeurs lidelles, Nos cœurs portés sur tes ailes, Vont s'unir avec les Dieux.

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