A LA VOLUPTÉ
(Inédit).
Ame de toute la Nature, Reine de la terre et des Cieux, Par qui la foible créature S'élève jusqu'au sort des Dieux; Fin où tend tout ce qui respire, Volupté, répans sur ma Lyre Le doux charme de tes attraits.
Viens favoriser mon audace.
Et fais-moy chanter avec grâce L'aimable pouvoir de tes traits.
Unie à l'essence divine
Tu mérites tous nos amours,
Eternelle en ton origine.
Ton règne durera toujours,
Toujours sur la machine ronde
Entretenant la paix profonde,
Par un invisible lien.
Tu passeras dans tous les âges,
Et dans l'esprit de tous les sages
Pour le seul véritable bien.
Si tost que tu te rends sensible Tous les coeurs d'amour transportés, Par une puissance invincible, Vers toy se sentent emportés; Et lorsque par la jouissance Mettant lin à leur espérance Tu mels le comble à leurs désirs, O qu'heureuse est la destinée De l'âme avec force entraînée Par le torrent de tes plaisirs!
Aussi c'est toy que la Déesse
Mère des Ris et des Amours,
El les Grâces suivent sans cesse,
C'est toy qui fais leurs plus beaux jours
En toy seule est toute leur force,
Et cette précieuse amorce,
Après quoy court avidement
Tout ce qui dans le sein des ondes,
Et dans les cavernes profondes
Est capable de sentiment.
Oiiy, partout on sent la puissance De tes inévitables traits, Mais l'homme a seul la connoissance De tout le prix de tes bienfaits :
Digne objet de ta complaisance.
Seul, il a l'heureuse science De goûter tes divins présens Alors qu'enyvré de tes charmes Son esprit, qui te rend les armes.
Ajoute au bonheur de ses sens.
Loin de moy tous ces fanatiques
Hebelles à tes senlimens,
Dont les humeurs mélancoliques
Résistent à les mouvemens :
Qui loin d'accepter avec joye
Le bien que le Ciel leur envoyé,
Comme un remède à leurs malheurs,
l']stimenl que ce soit sagesse,
Que se livrer à la tristesse.
Et se plaire dans les douleurs.
Loin de moy ces timides âmes, Qui se chargeant d'indignes fers.
Pensent que d'éternelles liâmes Les doivent punir aux Enfers,
D'avoir sans crainte et sans envie
Joui des plaisirs de la vie,
Gomme de la clarté des Cieux,
Et traitent de libertinage
Le digne et légitime usage
Des plus nobles présens des Dieux!
Non, c'est par toy que je révère,
Bienfaisante Divinité.
Que quelque jour mon âme espère
Atteindre à la félicité;
Par toy j'auray la jouissance.
Aussi bien que la connoissance
De la véritable beauté,
Conduit par des douceurs légères
Et des voluptés passagères
A l'Eternelle Volupté.
ODE
Venez échaulFer ma veine, \'euez Amours, Ris et Jeux; Disparoissez trouble et peine, Respectez ce jour heureux, Où mon âme transportée Demeure comme enchantée Au comble de ses désirs.
Que sans cesse ma mémoire, De ce jour si plein de gloire Me retrace les plaisirs !
Ainsi, lier de sa conquête, Enivré d'un doux moment, Parle, en sa joie indiscrète, L'n jeune et crédule amant :
Mais bientôt la frénésie De la sombre jalousie Agite son triste cœur, Lui fait sentir ses alarmes.
Et payer de mille larmes.
Un instant de son bonheur.
Il est des âmes mieux nées, A qui le Dieu des Amours A, malgré les destinées.
Filé de plus heureux jours :
Mais en vain leur confiance Les Halte de l'espérance
De s'aimer jusqu'au tombeau; Leur cœur, par expérience, Sent même, en la jouissance, Kteindre un désir si beau.
Est-ce donc dans les batailles.
Qu'un héros toujours vainqueur.
Au milieu des funérailles, Trouve un solide bonheur?
Non, d'un peu de renommée La trop légère fumée S'achète par trop de soins.
Le hasard l'ôle et la donne, Et bien souvent l'abandonne A qui la mérite moins.
Donc un vain désir m'excite A parvenir au séjour Que le vrai bonheur habite ; Car, le chercher à la Cour, Parmi tant de misérables, l']l d'infortunés coupables Qui gémissent dans les fers.
C'est du Monde en son enfance, Vouloir trouver l'innocence, Et le vrai calme aux Enfers.
Ah, quel sentier solitaire Me présente tant d'appas!
L'amitié simple et sincère Vient y conduire mes pas.
Suivons celte aimable guide Pour arriver où réside La pure félicité, Mon sort sera doux et rare ; Mais la trompeuse m'égare.
Dieux! que d'infidélité!
Dans le sein de l'indolence Cherchons du moins le repos Et que mon indifférence Me mette à l'abri des maux.
Mais quoi ! c'est sur ma paupière, De peur de voir la lumière, Mettre un funeste bandeau; C'est, d'une triste manie Eprouvant la tyrannie.
Entrer vivant au tombeau.
Prenons moins de soin d'éteindre
Que de régler nos désirs;
I^ivrons nos cœurs, sans rien craindre,
Aux plus sensibles plaisirs.
Goûtons-les, tels que les donne
La Nature sage et bonne
Dont les souveraines lois,
Eternelles, nécessaires.
Sont pour nous plus salutaires,
Que ne seroit notre choix.
Mortel, ose-tu prétendre Un bien qui dure à jamais, Et si peu parfait attendre Des plaisirs purs et parfaits?
Quand ton âme, possédée D'une trop Hatteuse idée, Croit jouir des Gieux ouverts; Pour courre après des chimères Et des biens imaginaires, Ce sont les vrais que tu perds.
Heureux, heureux l'homme sage, A qui ces réflexions Ont appris à faire usage.
Tour à tour, des passions; Qui, conducteur intrépide, Sait et leur lâcher la bride, Et, s'il faut, les retenir; Qui, sensible et raisonnable, Saisit l'instant favorable, Peu certain de l'avenir.
ODE
Esprit et corps, tout m'aflOige, L'un languit sans mouvement :
L'autre en vrai pédant s'érige.
Et veut penser tristement.
Reviens avec tous tes charmes Et dissipe mes noirceurs.
Amour ; toi qui, jusqu'aux larmes, Sais tout changer en douceurs.
Je rentre dans ta milice.
Et comme ton vieux soldat.
Je prétends à ton service Expirer dans le combat.
224 LA FARK, POÉSIES
On écrira mon histoire, Dans les fastes de \'énus, Gomme on chantera ma gloire, Dans les fastes de Racchus.
Là, dès que le bon Silène, Chatouillé par les Amours Présentera sa bedaine, Riant et buvant toujours :
Kn mémoire de la mienne, Dans le Bacchique transport, Chacun, à perte d'haleine.
Voudra boire un roupre-bord.