Ici. var. : verser
Tu disois que, toujours insensible à nos vœux,
La Sagesse fuvoit sur des rochers affreux ;
Tu nous la dépeignois triste, sèche et cruelle;
Tu la connoissois mal : vois combien elle est belle !
Un ris majestueux, mais mêlé de douceur,
Permet à ses beaux yeux une douce langueur.
Ainsi souvent les Ris. ennuyés à Gythère,
Pour la suivre en ces lieux abandonnent leur mère.
Qu'as-lu donc de sauvage? et pourquoi les Mortels,
Déesse, laissent-ils sans encens tes Autels?
Toujours à leurs besoins sensible, favorable,
Tu tends à ces ingrats une main secourable;
Tu leur permets encor les craintes, les désirs.
Tu sais que c'est par eux qu'on arrive aux plaisirs
Oui, Sagesse, et voilà de ta bonté le gage,
Jamais des passions lu n'interdis l'usage.
Tel que le Souverain des vents tumultueux
Asservit ;i son gré leur souffle impétueux;
Il ne les tient pas tous esclaves dans la chaîne;
On en voit quelquefois s'échapper dans la plaine :
Mais ils sont ménagers de leurs souffles divers;
Un sage mouvement anime l'Univers :
Borée en vain frémit; son Maître le resserre :
Un vent de trop suffit pour ravager la Terre.
De la Sagesse ainsi la redoutable voix.
Impose aux Passions d'impérieuses loix.
Ne nous en plaignons point : sa facile puissance
Xe veut que réprimer leur fougueuse insolence;
Son zèle ;i nous servir et ses soins généreux.
Nous en laissent toujours assez pour être heureux.
Hélas! quelle seroit, Humains votre misère,
Si, possesseurs d'un cœur qui n'auroit rien à faire,
A vous-mêmes toujours vous vous trouviez rendus?
Grands Dieux ! tons les plaisirs ])our vous seroient perdus,
Mais nous l'éprouvons tous; une heureuse foiblesse
Charme un Amant ravi même de sa tristesse;
De vifs et doux transports, une timide ardeur
U'élèvent quelquefois au comble du bonheur.
Oui, quand l'-Amour d'un coHir est une fois le maître.
Il le l'ait agiter autant qu'il le doit être.
Au gré de deux beaux yeux laissons-nous donc charmer;
On ne sçauroil assez ni trop souvent aimer.
Faisons plus, livrons-nous à d'aimables chimères,
La Sagesse le veut, elles sont nécessaires;
C'est pai- elles qu'un bien que l'on n'obliendroif pas,
Se laissant espérer, brille de mille .ippas;
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Sans elles, malheureux, pleins de noire indigence
Nous n'avons du plaisir que la seule apparence;
A nos besoins encor par elles ajusté,
Le jeu de la Nature a toute sa beauté :
Ce désir or','ueilleux, cette fureur de gloire.
Que ne peut assouvir la plus belle victoire;
Cette soif de l'honneur par qui l'honime abusé,
Prodigue de ses soins se croit éternisé:
C'est la mère des Arts, n'en faisons point mystère,
De toutes les vertus elle est aussi la mère;
Mais quoi! des passions l'excès trop dangereux
Jamais à l'Univers ne fut-il onéreux?
Non, ne redoutons point leur utile ravage;
L'air pour se corriger veut souvent de l'orage.
0! toi, que les humains doivent seuls implorer,
Sagesse, vois leurs cœurs, et viens t'en emparer.
Qu'avec toi le plaisir incessamment habite,
Déesse, l'Univers par moi l'en sollicite.
Tu le peux, tu n'es point cette triste Raison,
Dont un mortel heureux craint le fatal poison.
Non, non, ce n'est point toi qui veux nous faire entendre,
Que faits pour le plaisir nous n'en devons point prendre.
Sensible à nos désirs, tu sais nous servir mieux.
Tu fais, et de tes dons c'est le plus précieux,
Qu'une douce folie en tout temps nous possède,
Que pour nous épuisée, une autre lui succède.