‹ Disciples et successeurs de Theophile de Viau (volume 5)Chapitre 152 sur 202 · Pierre Scarron, cvéque de Grenoble · texte numérisé non relu

Pierre Scarron, cvéque de Grenoble

iMCOLAS FOLCQLIET 291

Qu'ils soient l'objet des fines médisances

Et l'ornement des plus hautes potences.

Ou que, du moins, ils soient tousjours couverts

De beaux béguins et francs chaperons verts;

Que cet oiseau qui roussine à merveilles

De qui Midas emprunta les oreilles,

De cent baisers les aille caressant,

Et que ce bien aille toujours croissant.

Que direz-vous de l'ardeur qui m'emporte?

Je ne sçaurois en parler d'autre sorte,

Et ne croy pas devoir d'autre douceur

A vostre indigne et lasche successeur;

Que si pourtant vostre bonté se pique

De ce discours semi-panégyrique,

Quand Jupiter devroit sur moy tonner,

Je vous promets de n'y plus retourner.

Grand Jupiter, toy qui as formé l'homme

Ou n'en l'ai? plus ou bien fais-nous les comme

Xostre Foucquet; fais qu'il nous soit rendu.

Dans ce moment que nous l'avons perdu,

Coste. Daubi', Bruslon et La Bâtie,

Ont bien senti ta main appesantie;

Il nest point d'homme, hors quelque beuveur d'eau

Qui n'ait senti la rigueur du lléau,

Pire cent fois, et cent fois plus funeste,

Que n'est la faim et la guerre et la pesle.

Finir par là, certes c'est mal finir;

Mais je ne puis plus vous enlreleiiir :

Maistre Apollon dont je suis secrétaire

M'a commandé de finir et me taire.

J'aimerois mieux voir mon mestier noie,

Que le faisant vous avoir ennuie,

Au mois de Mars auquel les hirondelles

Des pays chauds apportent des nouvelles,

Le vingt-et-neuf, ainsy que je le crois.

Si j'ay failli, comptez-le par vos doigts.

A MONSIEUR LK SL Rl.NTl-.NDAXT FUUCQUET

Depuis longtemps, vostre bonté le sçait. Ma triste Muse a tenu le lacel, De vos concerts se connoissant indigne, Entonné n'a pour vous verset ni ligne;

<. Cosle, Bruslon (Déageanl), La Bâtie (Ch. de Cliauhie) ont déjà été cités. II s'agit probablement dun Dauby, conseiller au Parlement de Grenoble, à moins que ce ne soit Barthélémy Dauby, écuyer ordinaire de la Orandc Ecurie du Roi, lieutenant de la Compagnie du duc de Lesdiguières à Grenoble.

Puisqu'aucun nom de Parnasse elle n'a

Souffrez que je la nomme Enlonnéna ;

Enloniiéna donc gardant le silence.

S'est fait, Seigneur, beaucoup de violence,

Et le respect qu'on doit à vos emplois

A retenu sa plume dans mes doigts.

Les soins divers où TEstai vous appelle

Ne peuvent plus souH'rir la bagatelle.

Et quand un Saint prest à canoniser

Auroit osé vous bagateliser.

Sa sainteté dans ce moment ternie

L'auroit banni de toute litanie,

L'auroit banni de tout droit d'oremus,

Le Saint enfin seroil resté camus.

Quand nous sçaurions mesme que son image

Des autres nez pourroient prétendre hommage;

Pour moy qui ne suis pas des plus hardis,

Qui suis des moindres Saints du Paradis,

J'ay deub tout craindre et n'oser vous escrire,

Mais quel malheur pourroit m'arriver pire

Que veoir mon nom dans vostre souvenir

Hors de ce rang qu'il y souloit' tenir.

Mille jaloux riroienl de ma disgrâce

Et dans l'espoir de m'y ravir la place,

Dans ce silence honteux et criminel

Me noirciroient d'un opprobre éternel.

J'aymerois mieux quEntonnéna fut more,

Et, s'il se peut, mesme plus brune encore.

Quand vostre accueil eust fait sa vanité

Elle se crut Muse de qualité :

Elle faisoit la brune et la gentille,

Et débitoit des rimes par la Ville ;

L'on disoit bien : « Il est bien de besoin,

» Ces vers ne sont que 1 essence du foin

» Dont se nourrit celuy qui les compose » ;

Dans ce rebut je reprenois ma prose,

Et me faisant la grâce de m'aimcr

Vous m'ordonniez encore de rimer.

Mais maintenant, Seigneur, par parenthèse,

Il est esgal qu'on chante ou qu'on se taise;

Quand mes chansons feroient vostre plaisir

Mille desseins tueroient vostre loisir.

Vos deux emplois* n'en n'ont jamais de reste,

Chacun des deux au loisir est funeste;

t. Avait coutume, du verbe souloir, avoir coutume.

2. Foucquet avait la charge de procureur général au Parlement depuis 1650 et celle de surintendant des finances avec Servien, depuis 1653.

Seul ennemy de vos nobles travaux Il va chercher soubs les arbres de Vaux, Ne pouvant plus vous aborder en ville, Un lieu secret qui luy serve d'azile.

Il me souvient que le bruit importun De Messeigneurs les Tambours de Melun, Ne croyant pas de pouvoir le surprendre, S'en vint un jour le sommer de se rendre, Le menaçant de luy donner assaut; Mais il traita le drôle comme il faut : Sans se troubler, sans se mettre en deffence, Il luy fit veoir le calme et le silence. Qui reposoient soubs l'ombre d'un Ormeau \'iclorieux du murmure de l'eau; Le bruit resta confus de son audace Et le loisir seul maistre de la place, Qui, toutefois, nest pas bien volontiers D'intelligence avec vos ouvriers; Mais il prétend, malgré leur entreprise, De les chasser comme péleurs d'Eglise, Par un secours que luy promet le temps; Alors, Seigneur, mes vœux seront contens. Lors sans troubler le cristal des couleltes Nos colibets, nos chansons, nos sornettes, Et mon rebec, si je sçay l'accorder, Ne craindront plus de vous incommoder.

En attendant, permettez-moy de grâce Que je consulte avecque le Parnasse, Et qu aprenant de nouvelles douceurs Dans les concerts de ses sçavantes Sœurs, J'ose espérer, sans estre téméraire, Le bien charmant qu'il y a de vous plaire : C'est le seul but de mon ambition !

Quand je devrois être comme Ixion, Par Jupiter cloué sur une roue, Je m'en rirois, et luy ferois la moue. Dans ce dessein, rien ne peut m'arrester. Et mon respect aura beau contester, Je seray sourd et je luy feray niche.

De vos pareils la Nature est peu riche. Un siècle entier à peine en peut donner; Quand il les donne, il les faut mittonner. Pour ne pas témoigner un senliment contraire,

Pour éviter tout accident, Il faut finir. Seigneur, vous bénir el me taire. Bien f[uc l'on n'ait jamais béni Surintendant.

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