‹ Disciples et successeurs de Theophile de Viau (volume 5)Chapitre 153 sur 202 · A MONSIEUR LE SURINTENDANT · texte numérisé non relu

A MONSIEUR LE SURINTENDANT

Ma Muse en deiiil de veoirque ses pensées Sont par le faix de mes jours abaissées, , Que son Phoebus n'estant plus jouvenceau Ses vers ont peu de l'esclat du ponceau, Qu'ils n'en ont plus qu'une foible teinture, Que sa rimaille en changeant de nature L'expose encor pourtant à rimailler; Hélas! Seigneur que vous allez bailler Si vous lisez cette ennuyante lettre ; Il vaudroit mieux beaucoup n'y {)lus rien mettre, Et sans produire un si fascheux elFet La terminer par un « Ma foy, c'est fait. » Mais qu'en diroient les amis de Voiture? De son rondeau gaster l'architecture, Luy desrober et la base et le front.

Seroit luy faire un trop sensible alIVonl'. Monsieur Costart^ prenant la défensive Seroit petit escrivain de missive, Va feroit tant de bruit pour ce larcin Qu'il vaudroit mieux que j'eusse le farcin. Farcin pourtant maladie est mortelle Pour tout cheval alezan, isabelle, Aubère, blanc, rouan, noir, gris et bai. Donc tout cheval farcineux n'est point gai. C'est une peste étrange et dangereuse.

Faisons du moins ma lettre farcineuse.

C'est le moyen de luy donner le feu Et de ne vous ennuyer que bien peu.

Mon cher Seigneur, si ma lettre vous blesse, Supprimez tout, n'en lisez que l'adresse. Vous y verrez un nom qui sçait charmer. Un nom qui touche et qui se fait aynier; Mais ut octo huict lettres qu'on rassemble, Font ce beau nom quand elles sont ensemble. Et quilteroient volontiers l'Alphabet Pour ne servir désormais que Foucquel : F fuiroit jusques au bout du monde, O rouleroit sur la terre et sur l'onde. S'il n'estoit point à ce nom attaché, U ne vit plus, s'il en est arraché,

1. Il s'agit du célèbre rondeau de Voilure : « Ma foi, c'est fait de moy, car Isabeau », qui avait paru anonyme dans le Recueil de divers Rondeaux de i6S9 et ensuite dans les Œuvres de Voilure, 16oÛ. in-4.

2. Costar, chanoine du Mans, qui vouait de publier : La défense des Œuvres de Voiture, 1633.

C court toujours de crainte qu'il n'eschappe,

Le Q sans bruit s'assied comme un satrape,

U qui s'y voit une seconde fois,

En est plus fier qu'aux noms des derniers Roys,

E sans ce nom nous dit qu'il veut point estre,

T qui tient tout des autres se croit maistre,

Et se riant et se mocquant de tout,

u Enfin, dit-il, j'ay tenu le bon bout! »

Teint, Taille, Traits, qui faites qu'on souspire,

Sans qui l'Amour se verroit sans Empire,

Je ne veux plus servir en si bas lieu.

Et je vous dis un éternel adieu !

Quelques beautés qui m'en fassent la mine,

Je suis trop fier du nom que je termine :

Vénus souloit, qui m'avoit emprunté,

Me veoir encor soustenir sa beauté

Dont elle craint la juste décadence.

Et j'en suis mesme avec elle en instance;

Mais par faveur l'on m'a mis au parquet

Où l'on conclut que je serve à Foucquet ;

Mais si quelqu'un désormais se propose

De m'employer soit en vers, soit en prose,

Ce ne sera que pour luy seulement.

Pour ses bontés et non pas autrement.

Pour sa vertu, car sa vertu m'employe.

Dont j'ay beaucoup et de gloire et de joye.

Et sans avoir l'honneur d'estre mandé

Je sers au Saint de monsieur Saint-Mandé'.

Pour Vaux du moins j'en enrichis les plaines

Par le cristal dont brille ses fontaines.

C'est moy qui fais esclater leur arg-ent

Qui sonneroit assez mal autrement,

Qui rend ce lieu si beau, si délectable;

Il m'a donné le haut bout de sa table.

De ses tableaux j'ay formé chaque trait,

Je le sers mesme en son divin portrait ;

Je suis charmé de lemploy qu'il me donne,

Et l'aime plus cent fois qu'une couronne

Dont la puissance et toute la j^randeur

Ne m'a rien plus touché que sa rondeur.

Monsieur le T- ma Muse est olFensée

De tout rouler sur la mesme pensée.

Vous sermonés du malin jusqu'au soir,

Vous la mettrez enfin au désespoir;

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