‹ Disciples et successeurs de Theophile de Viau (volume 5)Chapitre 154 sur 202 · Maison de campaj^ne de Foiicquel · texte numérisé non relu

Maison de campaj^ne de Foiicquel

:2. Il s'agit certainement de la lettre T, citée ci dessus, qui termine le nom du surintendant Nicolas Koucquel.

Vous avez trop prosné vostre louange :

Le désespoir est une chose estranjje,

Le désespoir a fait mille pendus

Mal à propos dessus l'air eslendus.

Lors que Didon l'amante infortunée

Vit le talon et le gig^ot d'Enée,

Car les talons sont bien près du gigot,

De son beau corps elle fit un fagot.

Et, dans sa cendre, elle estoulfa la flame

Du feu secret qui dévoroit son âme;

Le désespoir la prenant à tel point

Qu'elle en brûla le moule du pourpoint,

Si vous voulez celuy de la chemise ;

Le désespoir de la belle Arthémise

Luv fit gober de cendres un boisseau

De son mary mort jaloux et rousseau,

L'Histoire dit qu'il avoit nom Mausole;

Quand Marc-Anthoine eut perdu la parole,

Gléopâtra qui n'avoit pas le tic

Se fît piquer d'un venimeux aspic;

Lors que Tarquin tarquinisa Lucrèce,

Et qu'il en eust la dernière caresse,

Le désespoir de ce brutal dessein

Exécuté, luy mit le fer au sein ;

La vertu lors se vist estre victime

Par cette mort de l'ordure et du crime.

Qu'un autre siècle eust fait voir abattu

Dessoubs les pieds d'une haute vertu.

Certain romain nous apprend qu'Aristotc,

Qui n'avoit pu fourrer dans sa calotte

Le mouvement du flus et du reflus,

Luy dit « Adieu ! je ne te verray plus ».

Le désespoir avoit esmeu sa bile.

Il se jetta dans l'eau comme une anguille,

Sans doubtc il creut de recevoir leçon

Sur ce sujet de quelque vieux poisson;

Il y périt et fut poisson luy-mesme,

Et l'on permet de le lire en caresme.

Remémorer ces tragiques elTets,

Vous les sçavez. Dieux! qu'est-ce que je fais

De m'amuscr à vous citer l'histoire?

Le désespoir est chose alfreuse et noire,

Et d'en avoir l'esprit embarrassé

Mieux me vaudroit un nez de trépassé.

Quand il seroit comme un bec de bécasse.

Mais ce discours impertinent vous lasse

Et vos bienfaits pourroient me reprocher

D'avoir esté facile à vous fascher.

C'est un faux pas que je ne dois point faire,

Ma passion m'ordonne de me taire.

Et mon respect qui ne peut la quitter

Luy tient la bride et me fait arrester.

Lors qu'un désir pressant me sollicite

De rendre honimaf;e aux vertus, au mérite,

Le vostre seul ose se présenter,

Dieu sait. Seigneur, si je puis contester.

Mais dans ce grand sujet qui se propose,

Un autre mais, un timide, je n'ose.

Et qui pourtant sçait me donner des loix

Saisit ma plume et me l'oste des doigts :

N'en ayant plus, je ne sçauroisescrire.

Aussy, Seigneur, rien ne me reste à dire

Qu'un grand : « Je suis » avec son compliment

Mais qui n'est vray que pour vous seulement.

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