A MADAME LA DUCHESSE DE GHAULNE
Dame rpon ne peut trop aymer.
Que l'art de plaire et de rimer Se treuvent rarement ensemi)le, Heureux celuy qui les assemble!
Et que mon destin seroit doux Si je les avois joints pour vous!
Parnasse abonde en fleurs divines, Et pourtant n'est pas sans espines, Et bien souvent on n'y fait don Que d'une ronce ou d'un chardon.
Je sçay que voslre esprit s'abaisse Mesmes jusques à la foiblesse, Que tout grand et tout haut qu'il est, Ce qu'on peut est ce qui luy plaist.
Autrement qui pourroit prétendre, Divine Duchesse, à vous rendre.
Soit en parlant, soit par escrit, Ce que l'on doit à vostre esprit?
N'imaginez pas que j'entame Un discours sur vostre belle âme; Je n'ay rien à dire aujourd'huy Sinon qu'elle est dans un estuy Qui est la merveille des choses.
Un corps fait de lis et de roses, Et qui tout seul a les odeurs Qu'ont ensemble toutes les fleurs, Sert à cette âme de retraite; Que le bon Seigneur qui l'a faite Sçait qu'il n'a rien fait de pareil En lumière que le Soleil, Et je la tiens mesme plus claire Qu'il eust de plaisir à la faire!
J'en croy tant que je vous promets Qu'il ne la deffera jamais :
C'est son chef-d'œuvre et son image, C'est entin son plus bel ouvrage; Mais je suis bien outrecuidé, J'en dis plus que n'avois cuidé.
l'excusez! Sans ce terme antique Ma Muse estoil paralytique.
Et ce fut un jour de Sabbat Que le miracle du grabat Qu'un perclus porta sur sa teste; Inédit sabbat veut dire feste, Festes les jours qu'on ne fait rien !
Je croy qu'il auroit esté bien Pour celle missive damnée Qu'on eust feslé celte journée.
Pour ma rime un jour de repos M'auroil semblé plus à propos, Elle ne courroil pas fortune D'ennuier et d'estre importune; Elle seroit dans le néant, El j'aurois esté fainéant