‹ Disciples et successeurs de Theophile de Viau (volume 5)Chapitre 186 sur 202 · Nous ignorons qui est ce Bastien · texte numérisé non relu

Nous ignorons qui est ce Bastien

Grâces au Ciel il en est autrement :

Vous m'escrivez que Tillustre Clément*

Que la charmante et douce Philomèle

Sainte Chouarl^, mais moins sainte que belle,

Daignoient pour moy chanter auprès de vous :

« Où estes-vous? Allez mon amy doux, »

l'"t je responds sans leur conter fleurettes,

« Où estes-vous? mes belles amourettes, »

Que Dieu les garde de tout mal encombrier

De nul engin et de mauvais destrier;

Que leurs amants soient de la vieille roche

Et chevaliers sans peur et sans reproche;

Que leurs beaux yeux soient toujours conquérants.

Mais qu'ils soient Rois et ne soient pas Tyrans!

Ce n'est pas tout, vostre cochon m'invite,

Et sans esgard à mon peu de mérite,

A visiter son alcôve, salé.

Et luy dedans proprement embalé.

Je le veux bien, mais avant qu'il m'advienne

Je veux savoir s'il a fait fin chrestienne,

S'il a promis, avec un sens rassis,

D'estre l'horreur des Peuples circoncis,

Car autrement ma douce et chère amie

'Vostre cochon ne me grondera mie.

C'est son langage et le mien aujourd'huy

Est que je suis à vous bien plus qu'à lui

I! serait bien, ce me semble, d'ajouster un peu de prose h de meschnnts vers et finir le burlesque par le sérieux, en vous rendant, Madame, un million de grâces de votre obligeante lettre, mais comme ce style n'est peut-eslre pas de vostre goust, que le mien n'est que de vous plaire, que vos plaisirs sont d'une autre nature, que vostre nature est moins accessible que risle d'Alcidiane, qu'Alcidiane' étoit moins aymable et moins charmante que vous, je suis, Madame, vostre très humble,...

1. Nous n'avons pas rencontré de renseignements sur ce chanteur.

2. Klail-ce une chanteuse du temps? Nous ne croyons pas qu'il s'agisse de la femme de François (^hoart, trésorier el receveur général des l^onls-ct-Chaussées de F'rance, cousin germain maternel de Lignières qui passait pour être tout à fait a déniaisée », en un mot : une libre penseuse.

3. Allusion au roman de Marin Le Hi>y de Gomberville : La jeune Alcidiane. Paris, Courbé, 1651, in-8.

Jeanne Ang'élique, fille de Félix de La Croix de Ghevrières et de Claudine de Chissé, la deuxième de neuf enfants, était née à Grenoble le 19 février 1613. Elle avait épousé, le 23 juillet 1626, Félicien III de BofTin, seigneur de Revel, conseiller du roi et son premier avocat général au parlement de Dauphiné, dont elle devint veuve en 1643,

He ses deux frères, l'un Oclavien mourut vers 1640, l'autre Jean II, dit le président de Ghevrières, eut deux filles qui entrèrent en religion; un de ses fils fut évoque de Québec. L'aînée de ses sœurs, Catherine, épousa Annet de La Baume de Suze, comte de Rochefort; les autres se firent religieuses.

Madame de Revel eut de Félicien III de Boffîn un fils et plusieurs filles qui entrèrent au couvent.

Veuve jeune encore (elle avait à peine trente ans), alliée aux plus grandes familles de Dauphiné. nièce de l'évêque de Grenoble Jean de La Croix*, et recherchée par les membres les plus distingués de la noblesse et du clergé, madame de Revel, aimable, spirituelle, eut de nombreux admirateui's et adorateurs. Nous citerons, entre autres, Scarron qui lui a dédié une épître. Le Pays, Arnauld le carabin, Etienne Roux de Grenoble, Claude de Chaulne, etc.... Amie des Muses, rimant avec facilité, elle rivalisait, le cas échéant, de gauloiserie avec ses correspondants, ce qui ne l'empêchait pas de s'intéresser aux œuvres pieuses : Dès 1648 elle fondait dans la rue Saint-Jacques, à Grenoble, la Maison de la Propagation de la Foi, dont elle s'occupa toute sa vie avec le plus grand zèle. Plus tard elle eut, dit Guy Allard, un soin particulier de l'éducation et de la conduite des protestants nouveaux convertis. Le contraste entre sa vie mondaine et son altitude religieuse dans la seconde moitié de son existence a été chansonnée par Etienne Roux :

Qu'est devenu cet agréable temps

Où l'on voyait La Chevrière

Gagner des cœurs et faire plus d'amants

Que feu la belle race entière.

IJon ne la voit qu'au pied de nos autels,

Et ses yeux, la source des flammes,

N'allument plus que des feux immortels

Et n'en veulent qu'aux belles Ames.

i. Jean de La Croix, évêque de Grenoble, mort à Paris le 8 mars lGi9.

360 CORRESPOiNDANTS DE CL. DE CHAULNE

Madame de Revel s'est porlraiturée elle-même dans sa lettre à Pierre Arnauld', maître de camp général des Carabins, gouverneur de Dijon, qui mourut en octobre 1661 :

Démon qui viens pour me (enter Contre qui je veux contester Mais que je ne veux rebuter;

Dis-moy qui te donne l'envie, Ou plustost cette maladie De savoir V estât de ma vie?

Bien, puisque tu le veux savoir, Je vays donc faire mon devoir, Et trois mots te le feront voir :

Mon nom, dans le Martyrologe,

Est une chétive allobroge

El ce nom comprend mon éloge-.

L'on me donne dedans Paris Six humeurs ou bien six esprits :

L'on s'est de la moitié mépris.

J'en ay trois : l'une est sérieuse L'autre est très badine et rieuse, Et Vautre est souvent rimailleuse.

A ces esprits un corps est joint Que vostre moule de pourpoint S'il l'avoit vu, n'en voudrait point.

Vostre signorie me pardonne, Car ce n'est pas que j'abandonne Ainsi ma chétive personne.

Mais j'estime la vanité

De bien dire la vérité

Plus que de prétendre en beauté.

C'est tout ce que je puis vous dire

Sur mon sujet et vous écrire

Pour ma gloire ou pour ma satyre^...

i. Voici ce que dit Lorel, «lans sa Gazelle du 21 octobre IGSJ : Arnniid esl morl, ce cavalier Qui fut jadis poêle et guerrier :

El les Déesses du Parnasse Pour pleurer de cesle disgrâce N'eurent aucun besoin d'ognons Car c estait un de leurs mignons.

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