‹ Disciples et successeurs de Theophile de Viau (volume 5)Chapitre 187 sur 202 · Jeanne · texte numérisé non relu

Jeanne

3. Voici le premier vers de celte pièce ; Ange, homme ou plustost lutin.

Il reste peu de chose des rimes de madame de Revel (en dehors du Ms. de Claude de Ghaulne).

1° Rec. Conrart. T. IX in-4. Responce à la lettre précédente (Vers de M'' Arnaud à madame de Revel : Divine Revel dont f admire) par madame de Revel avant qu'elle sceust que M"" Arnaud l'eust faite : Anrfe, homme ou plustost lutin.

Id. Autre responce de la mesme dame, après avoir veu M"" Arnaud, sans se faire connoistre à luy, et après avoir sceu qu'il avoit fait la lettre à laquelle la précédente sert de responce : Ce n'e:>t point dans un lieu si sombre.

Id. A madame la duchesse de Lesdiguières pour luy demander son portrait : Dami; de qui la Majesté

Id. T. XIX, in-4. Responce de madame de Revel (aux vers de M. Conrart reçus le lendemain d'une visite qu'elle luy avoit faite, pendant qu'il estoit malade : Bien qu'en tous lieux on vous admire] : Par un sentiment d'amitié.

2° Rec. Sercy, III^ p., 1653. Sonnet en bouts rimes: C'est en vain, ma vertu qu'ainsi tu me chicanes.

Id. Apostrophe à l'eau, la rivière débordée de Grenoble : Quel spectacle s'offre à mes yeux.

Le Ms. de Ghauhie contient une letlre de madame de Revel et cinq réponses de Claude :

A madame de Revel : Charmante Revel dont la lyre. Id. : 'Vif esquillon de mon peu de soucy.

Id. à Paris et resp. à une de ses lettres en vers : Ve ne cuidois qu'onc eust esté possible,

De madame de Revel : 'Original de bonne grnce.

A madame de Revel : 'Ce terme est long de six semaines.

Vif esguillon de mon peu de soucy,

Mieux me vaudroit estre deffunt, que sy

Je neslois plus dans vostre souvenance;

Ma passion en perdroit contenance.

Bien qu'elle eût fait à ce changement d'an

L'Olibrius et le Vespasian.

Loin de vos yeux pourtant peine excessive

Force les miens à piteuse lessive;

Si que je voy sur mon vidé museau

Divers canaux qui n'ont plus besoin d'eau.

Un éloquent auroit mis dans ses carmes,

Que de ses yeux issent torrent de larmes.

Ou chanleroit sur un ton plus nouveau

Que, loing de vous, il pleure comme un veau,

Ou comme deux, comme trois, comme quatre,

Sans en vouloir ny pouvoir rien rabattre.

Mais n'estant pas assez authorisé

Si vous avois amphiboligisé,

Vous traiteriez mon âme d'inconnue,

Bien que jamais ne l'ayez veue que nue,

Et que verriez tout nud le corps aussy

S'il vous plaisoit de l'agréer ainsy :

Or, en ce cas, estes peu prude Dame

De séparer ainsi le corps de lame,

Et les vouloir traiter difTéremment

C'est en user un peu sévèrement :

Des empereurs me paroist que Commode

Estoit plus doux et plus propre à la mode,

l'A que Sévère estoit plus importun,

Que celuy-cy faisoit peur à chacun.

Vous qui du sexe estes digne empérière

A ses rigueurs ne soyez coustumière;

Pour vostre empire il sera beaucoup mieux

Qu'ayez l'esprit aussy doux que les yeux,

Mais leurs douceurs, par d'autres possédées.

Forcent les miens à de tristes ondées;

La gaieté ne peut les retenir

Dans ce pressant et f'ascheux souvenir.

Vostre procès, et Monsieur de la Palme

De mon esprit bertaudent' tout le calme,

l'it je crains bien pour ma peine et vos frais

Que ce palmier ne se change en cyprès.

Je sens desjà combien il m'est funeste,

Et dans mes maux, cet espoir seul me reste

Que nous verrons bientost ce beau marmot

Estre réduit à n'oser dire mot :

Cessez pourluy d'estre bonne et divine,

S'il est palmier devenez «on espine.

Soyez sa ronce et percez jusqu'aux os

Cet abrisseau qui destruitmon repos.

Aon occides, dit Dame conscience,

Fa puis Paris est lieu de patience

Où des longueurs que rencontre un procès

L'on se résould de bon cœur au succès.

1. Allusion à un chanteur de la Chapelle do la Musique du lloi, nommé Berlaud on Bcrthod cl tju'on appelait V Incommodé parce qu'il aurait été châtré. Loret en parle dans sa frazi-llu de mai Ifi.iS à propos duu service en musique chanté par Molinier en mémoire de son père :

Cette perle de nos amis,

Monsieur Bertliod, doit cstre mis

Au ranfj- des susdites femelles ;

(^ar, clianlant doux cl clair comme elles,

(certainement tout uudilciir

Pense et croit de belle hauteur,

Entendant sa voix éclatante

i^we c'est une vierg-e qui chante.

Mais de bon cœur ne puis plus vous attendre,

Tant j'ay le cœur plein de douleur et tendre.

Je dis bien plus, sans estre un brin mocqueur.

Que suis ailleurs bien plus tendre qu'au cœur.

Qui l'auroit cru qu'en ce temps de régence

De duretés l'on souffrît indigence ?

Que si parfois l'on est en dureté

Que ce ne soit qu'excès de pauvreté.

Dans vostre lettre, elle est si cointe et belle,

Que treuve laide abondance auprès d'elle.

Bien qu'Abondance ait le front couronné

Ou, pour le moins, le front de corne orné,

Mespris me sui« d'en parler de la sorte :

Cornes en main dame Abondance porte.

Et Cupidon, des Dieux le plus humain.

Les met au front et les prend de sa main.

Ainsi Ton voit qu'il est peu d'amants chiches,

Peu de cornus qui ne soient hommes riches,

Et nous n'avons dans la nécessité

Plus prompt secours que cornéicité.

Le seul croissant que monsieur le Turc porte

Fait tout l'esclat des grandeurs de la Porte;

Dame Phœbé. la déesse des bois.

D'argent cornu se pare tous les mois

Et néantmoins on ne parle point d'elle;

Ainsi que vous elle est chaste, elle est belle.

Et ne croy pas qu'il soit des médisants

Qui jusqu'à elle osent porter les dents.

Devriez avoir grand regret, ce me semble,

A cette nuict où nos deux culs ensemble

Dans de beaux draps de toile de lin lin

Pouvoient lester monsieur Saint-Marcelin.

Le mien dès lors vit bien que vostre teste

En cas pareil esloil un trouble-feste ;

Elle avoit beau tourmenter et pester

Vostre fessier se fut laissé tenter!

Je ne sçaurois oublier son silence.

Mais vostre teste eust trop de violence,

Les vrais Amours ne marchent que la nuict

Pour éviter le désordre et le bruit;

Aussy le mien, prévoyant sa dell'aite,

Prist la sourdine et sonna la retraite,

l'it sans espoir de succès du combat.

Me rembuscha dans mon chétif grabat.

En vain illec je mis ses mains aux armes.

Le pauvre enfant n'eust recours que des larmes,

Et je me vis si confus, si honteus.

Que je ne croy qu'oncques fust si piteus;

364 CORRESPO^DA^TS Dt; CL, DE CHAULNE

Or pileus cas dans celte doléance

Me semble avoir besoin de remembrance,

Et chaque fois Dame que vous verray

Cerlaiiiemenl je me remembreray ;

Mais las! ce temps, et (|u"il ne vous déplaise,

Loin de voler a l'aile bien mauvaise,

Vous le tenez, vous ari'estez son cours,

J'arreste aussi celuy de ce discours.

Vous ju|,^erez bien mieux par mon silence

De mes ennuis et de leur violence,

Et puis les morts parlent très rarement,

Et je suis mort par vostre esloignement;

Dur à soull'rir sa dureté me presse.

Et qui pourtant lait toute ma tendresse,

Dont me paroist que la cause et l'ellet

N'ont pas le j^roin bien semblable en ce fait.

Ne mettez plus Dame, je vous en prie,

Pareil désordre en ma philosophie;

Kevenez tost, c'est tout ce que je veux,

l^t redonnez Angélique à mes vœux!

Original de bonne grâce, Génie de la belle race, De qui l'e.sprit est plus poli Que si, avec du Iripoli, On Vauroil froUé une année.

Puisque la fière destinée M'a esloigné d auprès de vous, El que le Ciel paroi I jaloux De cet entrelien délectable Que nous avions souvent à table.

Et parfois mesnie dans le licl Sans aucun crime ny délit :

Tesmoin fut ceste nuit plaisante Ou vostre Seigneurie errante, Au logis de Saint-Marcelin Pensa, tentée par le Malin.

Me faire recevoir un blasnie.

Me prenant lors pour vostre femme, \'ous servant de l'obscurité Pour vous glisser à mon costé.

Mais, passe, je vous le pardonne El la pièce fut assez bonne ; Plusl à Dieu y feussé-je encor.

Je dis dans ce lieu là, or

>IADAME DE REVEL 365

Du grand péril où vous me misies.

Quand mon lit d'homme vous garnistes ;

Garniture quil ne faut pas

A femme à qui le sieur Trépas

A osté ce meuble mobile

Qui s'en sert au champ, à la ville!

Mais quittons ce discours plaisant

Pour vous souhaiter le hou an.

El vous demander mon Estreine

Qui sera, que la tasse pleine

Vous vouliez boire quelquefois

Pour Angélique de La Croix!

Elle voudroit à la pareille

De croistre pour vous la bouteille,'

Mais sçachez que femme ne doit

Boire de vin plus haut d'un doigt,

Que nos grand'pères. nos grand'mères

Prescrivirent ces loix sévères,

Et que le sexe masculin

A conservé pour soy le inn,

Ae nous donnant pour tout partage

Que le pouvoir de cocuage;

Vous protestant, en cet endroit.

Que peu se servent de ce droit, Et je nay jamais veu de femme

Qui n'en ait juré sur son âme!

Il ne faut pas les condamner.

Quoi! se voudroient-elles damner

De se parjurer de la sorte?

Car pour le reste, peu n'importe ;

Mais il n'importe peu aussy

De ce que je débatz icy.

Car vous sçavez que pauvre veufve

A ce privilège a fait treuve;

Je le devrois bien faire aussy

A ce présent discours icy.

Puisque mes rimes, mes pensées.

Sont plates et fort émoussées.

Il est vray qu'en cette saison

Trésors ne donnent à foison,

Que mesme au Parnasse on est chiche

De ce pitoiable acrostiche

D'où le pauvre poète crotté^

Soulageoit sa nécessité.

Jugez, après cette misère.

Si j'ay de quoy vous satisfaire

1. Allusion à la satire « Le Poète crotté » de Saint-Amant qui vise le poète Maillel.

366 CORRESPONDANTS DK CL. DK CHAULNE

En vers héroïque et pompeux.

Certes, mon esprit est honteux

De sentir pareille indigence,

Mais c'est ores la mode en France

De faire veoir sn pauvreté,

Dont mes me Dame Raijauté

Sent parfois les rades atteintes.

Bref partout l'on n'entend que plaintes

De la Déité des haillons :

Là, elle amaigrit les bouillons ;

Icij, elle trouble les [estes;

Là. elle empesche les conx/uestes.

Enfin dans ce vaste Univers

Soit sur la terre ou sur les mers

Chacun se plaint de son Empire :

Il n'est mortel qui n'en soupire.

Nous suivons, malgré nous, ses loix.

Mais cest assez pour cette fois

Pour la cervelle d'Angélique,

Et voilà trop de politique!

A MADAME DE REVEL, A PARIS Response à une de ses lettres en vers.

Je me cuidois qu'onc eust esté possible D'engendrer vers à dame incorruptible, Et pour qui vers auront certainement Crainte et respect mesme au monument.

Bien me paroist difficile à comprendre Gomment a pu que veufve chaste engendre, Qui, néaiitmoins, à tas et à monceaux Enfante, engendre et vers et vermiceaux. Ceux ont bien eu lame peu caute et fine Qui nos dictons ont appelés vermine.

Et bien avoient cent engins de travers Qui ont nommé chair corrompue, vers; Engin icy n'est pas mot équivoque, Et ne croy pas qu'oncques engin vous choque, Et trop avez bel engin et subtil Pour en estre choquée. Ainsi soit-il.

Ouy, telles gens en sainte poésie Sont infectés derreurs et d'hérésie.

Oncques ne vit de pauvre extravagant Mériter mieux les soins d'un propagant.

Quoy! nommer vers le pus, la pourriture! Eux qui font vivre après la sépulture,

MADAME DE REVKL 367

Et qui ont fait élever tant d'autels A cent héros qu'ils ont fait immortels! One de tel cas n'auray l'âme noircie, De vos dictons doncques vous remercie Très humblement, et ne vois plus qu'après Moy tel, jadis féru de vos attrais Qui le serois encor, n'estoit que l'âge Ne peut souffrir mon pauvre cœur en cage, Dire : « Je meurs d'amour » à quelque sot, La Mort viendroit qui me prendroit au mot. De vieilles gens cette dame friande 'A peine peut soulfrir d'autre viande, Et ne croy pas que jamais jouvenceau A sa dent creuse ait paru bon morceau. De jouvenceau la chair plus ferme et dure, De coups de dents bien plus de nombre endure. Où vieilles gens ont tout tendre et pliant Au grand regret du pauvre suppliant; Oui, suppliant, ce suis-je, et vous supplie, Dame de corps et d'esprit accomplie.

Qu'en attendant le bien de vous revoir, 'Vous vous veuillisz de moy ramentevoir. De Cupido le brasier dans mon âme Vivra pour vous dessous la froide lame. Et dans mon sein vostre charmant portrait Fait sa retraite et non pas son retrait. iVIais à propos de portrait, il me semble Que m'en olfrez un qui peu vous ressemble Qui a de l'air d'Astrée, en vers d'Urfé, Tant il est peu modernement coilFé.

Je tiens pourtant à grâce très insigne Ce beau présent dont je ne suis pas digne, Mais vous feriez possible moins de mal Ue me donner le propre original.

Muse, tout beau, ou Muse toute belle, Ne boute point tel cas dans ma cervelle Qui n'en pourroit facilement issir, Bien qu'hors d'espoir de pouvoir réussir, Gontente-toy que j'aye sa copie; Sur ce sujet cause comme une pie, Fais esclater à tort et à travers Un grand mercy par cent sortes de vers; Que, dans ce nombre, il en soit un qui pique Les sentiments de la belle Angélique, Et que son cœur s'impose cette lov De n'avoir point plus de durtés que moy. Mais en laissant, et le dur et la dure, Parlons encore un peu de la peinture :

J'en fais le pied el vous dis [,'^rand mercy; Mais il me semble el il vous semble aussy Que j'en avois une saine el entière D'une duchesse, en verlu singulière, Qui loutefois les possède en plurier, Kl vous sçavez combien j'en étois lier! Celte beauté que chacun idolastre.

Que certains vers nomment acariaslre, De ma peinture à un autre fît don.

Que le bon Dieu lui en fasse pardon.

(Ju que plustost jamais ne luy pardonne Jusques à tant qu'une autre elle m'en donne. Si les Destins n'estoient mes ennemis Ils luy diroient qu'elle me l'a promis. Et que, suivant la coustume ancienne, Qu'elle a promis, mais il faut qu'elle tienne! Que si jamais je l'ay sur ma paroy Je me croiray plus heureux que le Roy, Mais ce bonheur dont je Halte ma peine Marche à pas lents avec des pieds de laine. J'ai mesme craint une fois, voire deux. Que ce bonheur ne fut un peu goutteux; Par Jupiter guérissez-le des gouttes Et résolvez cet embarras de doutes, Mais que ce soit à mon contentement Gé ne puis plus espérer bainement*.

Et mon désir, impatient d'attendre.

Dit à l'Espoir de s'aller faire pendre; Mais mon espoir qui n"a pas tant de feu Dit au Désir d'attendre encor un peu.

Pour modérer leur juste inquiétude.

Faites six vers avec un peu d'eslude, Et demandez cette grâce pour moy.

Je prévoy bien que me direz pourquoy Je ne fais pas moy-mesme ma prière.

C'est que ma Muse est dessous la litière. Qu'elle n'a plus de corde à son rebec, Qu'elle a perdu le caquet et le bec. Et désormais elle ne se propose Que le tacel pour les vers et la prose, Loutemps ly dare neiant que non sias, Ansin commele au pais d'Adjousias'-.

Cet Adjousias finiroit bien ma lettre Mais j'ay encor quelque chose à y mettre :

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