‹ Disciples et successeurs de Theophile de Viau (volume 5)Chapitre 194 sur 202 · ET LE PROCÈS DE « L'ESCOLE DES FILLES · texte numérisé non relu

ET LE PROCÈS DE « L'ESCOLE DES FILLES

(la gazette burlesque de Scarron)

Lu gazelle burlesque de Scarrun (14 janvier-22 juin 16 5b) dont

nous avons retracé V historique^ est rarissime. Elle n a jamais été réunie H ses œuvres et il nen existe, à notre connaissance, que trois exemplaires : deux dans des bibliothèques publiques {Nationale et Arsenal) et un dans une collection particulière. La cause de l'interruption subite de la publication de cette gazette que nous avions fait connaître, a été nettement déniée par M"^ Emile Mayne dans son. ouvrage : Scarron et son milieu^. Les nombreux travaux de cet érudit consacrés au XVI J^ siècle dans lequel il s'est, en quelque sorte, spécialisé, nous enqagent à examiner son argumentation afin d'en terminer avec ce petit problème d'histoire littéraire d'ailleurs curieux et intéressant, comme on va le voir, pour la biographie du mari de la jeune Indienne.

Présentons d'iibnrtl notre texte :

« ... Cependiint le numéro 7 (des Epiires). "-I niais, n';» j)as de relard, mais les 8 et 9 (IS avril et 12 mai) sont séparés chacun par un intervalle de plus d'un mois. Disons tout de suite, à la décharge de Scarron, que ses soulî'rances seules l'ont empêché de fournir régulièrement sa copie. Les numéros 10 à 15 paraissent presque à leurs dates, mais rKpilre du n° iC) ne sera plus signée Scarron, il a déliiiitivement déserté l'imprinicrie de Lesselin. Pourquoi? La crainte d'être iin])liqué dans les poursuites intentées par le Procureur du Roi aux deux auteurs présumés : Michel Millot Taîné, payeur des Suisses, et Jean L'Ange, gentilhomme servant du lioi, d'un livre obscène, faisant directement appel aux sens, répandu clandestinement : UEscole des Filles^. Le numéro 15 (22 juin llioo) était mis en vente le jour où Claude Ilourlier. bailli du Palais, faisait écrouer délinitivement à la Conciergerie Jean L'Ange, arrêté dès le 12 juin. \ rannonce de cette incarcération et de la publication dans Paris, à son de trompe, le 25 juin, d'une ordonnance assignant Millot — en fuite — à comparaître devant le Bailli du Palais, Scarron ressentit une violente émotion; sa prochaine gazette, même ."i court de nouvelles, ne pouvait lecueillir ces deux informations ! Il était l'ami le plus favorisé de Jean l/.Ange. ayant reçu de celui-ci les huit ou neuf premiers exemplaires reliés de LEscole des Filles. A quel litre? Comme collaborateur ? Si non, pour le compte de qui? On a su depuis qu'un des exemplaires était destiné aux maîtresses de Fouc(|uet*. Kn tout cas, cette complaisance de

t. Claude Le Petit el la Muse de la Cour (/ scplembre-iS octobre i6-'i7). Avec un liisinrique des gazelles concurrentes des <> Lettres en vers » de Lorel : « La Muse Héroï comique (/65}-/65.5| » ; « La Muse lioi/ale {1656-1660) » de liohinel de Saint- Jean : — t' Les Epiires en vers de Scarron el d'autres autheurs {1655) »; « La Muse de la Cour{IO-'i6-l6.jS),.; — <' La Muse Historique de La G ravelle [1658-1650) »; —et la bio-bibliographie de leurs rimeurs. l'uris, (^liampion, 1922.

2. Scarron el son milieu. Documents inédits. Paris, 1924. C'est la seconde édition — coniplèlemcnt remaniée — d'un ouvraj,'e que M' Maj,'ne avait publié sous le même litre, en 1905.

3. Nous avons publié toutes les pièces inédiles de ce curieux procès dans notre volume : Le Libertinage au XVII' sitfcle. Mélanges, 1920. L'Escole des Filles, p. 9.S.

4. Les invciilaiies U'(.'aux disent « un seul petit livre : L'Escole des Filles, imprimé il Leyde, si sale, si impudent, et si infâme que nous avons cru devoir le faire brûler. Ce petit livre avait èlé saisi, en 1661, au moment de larrestatioii de Foncquet,

MÉLANGES : EMILE iMAGNE 385

L'Ange à l'égard de Scarron apparaît compromettante, tant pour lui-même que pour sa femme la jeune Indienne, Françoise d'Aubigné, plus tard madame de Maintenon, sur laquelle il devait posséder une certaine inlluence. \'oilà un incident inconnu des biographes du créateur du burlesque, et il est gros d'interprétations tendancieuses.

» Quoi qu'il en soit, Lesselin substitue le 29 juin (n° 16) aux rimes habituelles de Scarron une Lettre à Monsieur Scarron, escrite de l'armée par un sien amy sur le sujet de ses Epitres qu'il donne au public toutes les semaines. De qui Lesselin l'a-t-il reçue? Nous l'ignorons. l]n tout cas, elle ne contient aucune allusion au silence du poète, et pour cause, car elle est sensée avoir été écrite le l.o juin dans un monastère près de La Fère.

Pas à'Epîires ni le 6, ni le 13, ni le 20, ni le 28 juillet. Pourquoi ? Lesselin était- il sans nouvelles de Scarron et hésitait-il à le remplacer? ou, connaissant la situation équivoque et pénible dans laquelle ce dernier se débattait, attendait-il une solution? La seconde hypothèse est vraisemblable. En réalité, l'instruction du procès de L'Escale des Filles chômait presque, pour ainsi dire, et cela grâce à une haute intervention tendant à limiter le champ de l'enquête. Autrement, la passivité du Bailli du Palais et du Procureur du Roi serait inexplicable: ces mandataires de la justice ne semblaient nullement pressés d'en finir. Brusquement, changement à vue : le 4 août, Lesselin reprend sa publication avec un nouveau gazetier : Julien ', et en trois jours, de 4 au 7 août, l'instance contre VEscole des Filles est terminée et le jugement rendu! Scarron, dégagé de tout souci, se libère de sa tâche hebdomadaire.

» Son successeur, Julien, commence sa gazette du 4 août (n° 17) par une Epître à Monsieur Scarron par un sien amy dans laquelle il constate que les fidèles du « Malade de la Reine >•> sont sevrés de ses nouvelles, qu'il ne leur écrit plus, etc., etc.

D'où vient doncques, Monsieur Scarron, Qu'un Esprit si bel et si bon.

Et tel que le vostre peut estre, Ne fait plus à présent parestre Quelque beau plat de son mestier?

Depuis plus d'un mois tout entier, Et près de deux, que je ne mente, Un chacun en est dans l'attente :

dans la table du cabinet secret dune maison, avec entrée mystérieuse, que le Surintendant des Finances avoit fait meubler pour sa maîtresse (Feuillet de Conclics : Causeries d'un curieux, t. II, p. 5i4!.

1. On a de Julien deux ouvrages : La suite du VircjHe Iravesty. A Bordeaux, chez Guillaume de la Court... M.DC.LXXIV (i6'!'i),m-\2 et Les Copies (en vers) de Lucien, el la Métamorphose de Daphné. Paris, chez Denys Thierry..., M.DC.LXXXIII (1683). In-8. Le privilège est accordé à Julien, notre conseiller, prévost et sous-bailly de Poissy.

Ce Julien avait été d'abord avocat au bailliage de Poissy. Nous serions assez disposé à croire qu'il ne fait qu'un avec Saint-Julien, l'auteur des Courriers burlesques publiés pendant la F"rf>nde.

386 RÉPONSES A QUELQUKS OBJECTIONS

Moy-mesme j'en meurs de désir, El peu s'en faut de desplaisir; D'où vient donc que voslre Génie, Oubliant sa douce manie, Ne produit plus ces nouveaulez Par qui nous étions enchantez?

D'où vient que vos amis fidelles N'apprennent plus de vos nouvelles, Et que vous les laissez languir Dedans un mortel desplaisir Faute de leur daijjner escrire?

Pour moy je n'en sçaurois que dire, Et je ne comprends pas pounjuoy Vous négligez ce bel employ, Veu (jue vostre veine féconde Ravit et charme tout le monde.

Et que du bruit de vos beaux vers.

Vous remplissez tout l'Univers.

N'est-ce point quelque maladie Dont vostre verve est refroidie?

Par exemple, un mal de costé Ou quelqu'autre incommodité, La toux, la fièvre ou la migraine.

Ou bien quelque douleur dans l'aine, Accidens à mettre aux abois Un plus fort que vous mille fois!

S'il est ainsi (qu'à Dieu ne plaise).

Tâchez de vous mettre à vostre aise.

Employant tout vostre pouvoir Et tous vos soins à vous ravoir.

Après, quand vostre ardeur divine Vous renflamera la poitrine.

Et que ce beau feu de nouveau Vous réchauffera le cerveau.

Ou bien sic'esl quelqu'autre chose Dont nous ne sçavons jias la cause: Lorsque vostre commodité Pourtant avecque liberté.

Vous permettra de nous écrire, O Dieux! que nous aurons à rire, El (]u"après un si long tiésir Nous goûterons un doux plaisir!

Au lieu qu'une morne tristesse Nous a tenus au cœur sans cesse.

Et nous y pourra bien tenir Si vous n'y daignez subvenir Par (juelquc Epître ravissante.

Cependant, cl dans celle attente, Je vous escry. Monsieur Scarron, Quoy que d'un style pas trop bon.

Les nouvelles que l'on m'a dites :

Les voilà cy dessous décrites.

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