‹ Disciples et successeurs de Theophile de Viau (volume 5)Chapitre 195 sur 202 · MELA.NGES : EMILE MAGNE · texte numérisé non relu

MELA.NGES : EMILE MAGNE

» Cette Epître n'apporte-t-elle pas la preuve que Sc;iiTon. loin d'être rassuré sur les suites de ses relations avec Millot et LAnj^e. relations assez peu avouables, se cachait depuis plus d'un mois?... »

Puis la réfutation de M"" Magne présentée dans une simple note :

« AP F^rédéric Lachèvre ayant découvert que Scarron était en relations » avec Jean Lange, complice de Michel Millot dans la publication clany> destine d'un petit livre libertin : VEscole des filles, dont ce dernier » était l'auteur, et que ledit Scarron avait reçu huit exemplaires de cet » ouvrage, assure que notre poète interrompit sa gazette burlesque dans » la crainte où il se trouva d'avoir à annoncer l'arrestation de Millot et de » son compère et aussi dans la terreur que lui causa la perspective de » partager leur sort. 11 insinue qu'il a pu être leur collaborateur et que, » dans tous les cas, un des exemplaires de l'ouvrage incrimine était » destiné par Scarron à Foucquet. Jusc[u à preuve du contraire, nous » croyons que Scarron a interrompu sa gazette par pure lassitude, car » cette lassitude se traduit à chaque page de son ouvrage. Pourquoi » aurait-il été contraint, s il avait continué sa gazette, à annoncer l'arres- » tation de Millot et de Lange? Loret, non compromis dans l'alTaire de » L'Escole des filles, ne croit pas devoir la signaler. Les amis de Scarron » qui poursuivirent la publication de la gazette, témoignent leur éton- » nemenl et leur chagrin de son silence et supposent que ce silence a pour )) motif la maladie. Eussent-ils manifesté publiquement ce chagrin et cet » ètonnement si Scarron eût eu une raison gênante de se taire ? M"" F. L. » dit ensuite qu'un exemplaire de L'Escole des filles fut trouvé en 1661 » dans les papiers de Foucquet. Cela indique-l-il que le Surintendant le » devait à Scarron ? En 1687, après la mort du poète, ne saisit-on pas un » autre exemplaire de cet ouvrage dans la chambre des filles de Mme la » Dauphine. »

Avant d'examiner la thèse de M'' Magne, rectifions deux erreurs qu'il a commises :

La première, c'est d attribuer à l'imprimeur j^esselin l'initiative de la création des Epitres hebdomadaires de Scarron, c'est-à-dire de sa gazette '. Scarron en ayant obtenu le privilège s'est adressé à Lesselin pour leur mise sous presse, ce n'est qu'après la publication du troisième numéro qu'il lui a cédé son privilège comme le con.<ttate le texte suivant :

« Extrait du privilège du Roy.

« Par grâce et Privilège du Roy, il est permis au sieur Paul Scarron, d'im-

I. Voici le texte de M' Magne : « Puis i! clierchc un autre terrain où il put découvrir le filon d'or dont il avait besoin pour subsister. L'éditeur Lesselin lui proposa d'écrire, à la façon de Loret, une fjazette burlesque que pa verve rendrait particulièpement plaisante. Scarron crut que sans peine il surpasserait son ami dans une matière où celui-ci se montrait agréable certes, mais dénué de talent... » \ovis ignorons le document sur lequel M' Magne sappuie pour faire de Lesselin le créateur des Epitres en vers de Scarron. En tout cas, aucune note de M' Magne ne précise ce document et, jusqu'à prouve du contraire, nous le tenons pour inexistant.

primer ou faire imprimer par tel Imprimeur ou Libraire (]u'il voudra choisir, des Epislres en Vers, en lel Volume, carraclèrc et débit qu'il avisera bon estre, durant le temps et espace de cinq ans entiers et accomplis, à compter du jour que les premières seront aclievées d'imprimer : Et deffenses sont faites à tous Imprimeurs, Libi'aires et autres de quelle qualité et condition qu'ils soient, de les imprimer ou contrefaire, sur peine de confiscation de tous les exemplaires contrefaits, et de deux mil livres d'amende, ainsi qu'il est porté plus au long- audit Privilège. Donné à Paris le neufiesme de Janvier, l'an de grâce mil six cens cinquante-cinq. Signé, Par le Roy en son Conseil : Berraud : Et scellé du grand Sceau de cire jaune.

« Enregistré sur le livre de la Communauté des Imprimeurs et Libraires, le douziesme Janvier mil six cens cinquante-cinq, conformément à l'Arrcst du Parlement du neufiesme Avril 1653. Signé Ballard, Syndic.

» Le dit Sieur Scarron a ceddé et transporté le droicl de sondit Privilcf/e à Alexandre Lesselin, Maistre Imprimeur et Libraire, pour en Jouir suivant l'acte dudil transport passé par devant Groyn et de Ilénnut, \otaires au Chastelet de Paris, le deuxiesnie Février mil six cens cinquanle-cimjK »

La seconde, c'est de qualifier L'Escole des Filles de « petit livre liberlin ». Ce « petit livre » n'a rien de libertin, il ne contient, aucune attaque ni contre la religion, ni contre la monarchie; c'est un livre obscène, exclusivement obscène, le premier livre faisant appel aux sens, écrit dans notre langue.

Maintenant discutons les arguments produits par M' Magne :

Tout d'abord constatons qu'il ne contredit aucune de nos assertions, fondées d'ailleurs sur les pièces du procès de V Escole des Filles et sur la gazette de Scarron. Il se borne à en faire table rase. Pour lui, au regard de Scarron, l'arrestation de L'Ange est sans importance, non plus d'ailleurs que les huit exemplaires qu'il a reçus de ce dernier. Pourquoi Scarron aurait-il craint d'être interrogé et impliqué dans l'instance en cours contre Millot et L'Ange? Sa conscience, dans la([uelle lit M. Magne, est blanche comme neige. Si, dit-il, Scarron cesse de publier sa gazette le 22 juin — L'Ange avait été écroué définitivement à la Conciergerie le même jour — c'est « par pure lassitude et cette lassitude se traduit à chaque page de son ouvrage ». En réalité, suivant M' Magne, le procès de L' Escale des Filles, est inexistant pour Scarron.

Nous n'avons jamais alFirnié que Scarron était » contraint » d'annoncer l'arrestation de L'Ange: nous nous sommes borné à préciser qu'étant donnée sa situation personnelle vis-à-vis des inculpés (il avait tout de môme reçu de L'Ange huit exemplaires de L' Escale des Filles), il lui était difficile, à court de nouvelles, d'insérer celle-là dans sa gazette! Où y a-t-il, dans celte hypothèse, l'ombre dune « contrainte » ? Que Loret, non compromis dans l'alFaire de L'Escale des Filles, se taise sur l'arrestation de L'Ange, qui s'en étonnerait, sauf M"^ Magne? Ses Lettres en vers n'étaient pas d'un format assez vaste pour recueillir toutes les nou-

1. Cet « Extrait du privilège du roy » a été pul;lic à la fin du n" S des Epitres du 16 février 1655.

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