MÉLANGES : EMILE MAGNE
velles. L'abstention de Loret ne signifie vien; elle ne confirme ni la quiétude de Scarron ni son inquiétude.
Il est inexact que Tanii (et non les amis) de Scarron qui a continué sa gazette ait supposé que le silence de celui-ci se justifiait par la maladie. La maladie — et Julien en énumère plusieurs formes — intervient seulement comme une des causes possibles de ce silence puisqu'il s'empresse d'ajouter :
Ou bien si c'est quelque autre chose
Dont nous ne sçavons pas la cause.
D'ailleurs il était facile aux amis de Scarron d'être fixés sur son état de santé. Ils n'avaient qu'à aller le voir. Malheureusement Scarron restait
introuvable :
D'où vient que vos amis fidelles N'apprennent plus de vos nouvelles, Et que vous les laissiez languir Dedans un mortel desplaisir Faute de leur daigner escrire'....
Essavons d'interpréter exactement cette phrase ambiguë de M"" Magne : « Eussent-ils (les amis de Scarron) manifesté publiquement ce chagrin et )) cet étonnement si Scarron eiàt eu une raison gênante de se taire? » Si Scarron « eût eu une raison gênante de se taire »,il va de soi qu'il se serait bien gardé de la faire connaître à ses amis. Probablement « cette raison gênante », est le motif pour lequel il ne leur a pas donné signe de vie. Le M silence » de Scarron la laisse donc supposer et les doléances des amis confirment cette « raison gênante. » C'est exactement le contraire de ce qu'a voulu dire M"" Magne!
Rien n'indique — nous suivons toujours M^" Magne — que l'exemplaire de L'Escale des Filles, découvert en 4661 dans la maison que Foucquet avait fait meubler pour ses maîtresses, soit celui provenant de Scarron; mais alors, de qui le Surintendant l'aurait-il tenu, puisque seuls les huit cxemplaii'es remis par L'Ange à Scarron ont échappé à l'auto-dafé du •J août 1655-? Le doute émis par Ar Magne est d'autant moins explicable que bien avant le mois de juin 1655, Scarron avait reçu de nombreux témoignages de la bienveillance de Foucquet, témoignages dont il le
4. Kpitrc à Monsieur Scarron par un sien amy. N° 17 du 4 aoust 1655.
■*. « L'édition avait été tirée à 300 exemplaires. Sur les trois cents, L'Ange en avait reçu soixante-quinze, et Millot deux cent vingt-cinq. Des 75 exempl. de L'Ange, vingt-deux furent reliés par Framery, dont huit allèrent à Scarron et deux à Chauveau. Restait douze, c'est le cliUîre des exemplaires saisis chez L'Ange; dun autre côté, Framery en a déposé vingt-quatre (deux douzaines) provenant de L'Ange, cliez le Syndic des Libraires, soit en tout 46. Il en reste donc vingt-neuf en feuilles pour compléter les soixante-quinze exemplaires de L'Ange. On ignore ce f[u'ils sont devenus. Dans l'appartement de Millot. Ilourlier en avait récolté une quantité telle ({ucile aurait sudl à constituer la cliarge dun crocheleur; cette quantité éipiivautelle aux deux cent ^■ingt cinq formant sa part'? C'est plus que douteux. — lui résiuiié, seuls les huit exemi)laires reliés de Scarron ont échappé, sans aucun tloule, à la justice. Les vingt-neuf exemplaires en feuilles de L'Ange ont été vraisemblablement détruits par leur détenteur, ainsi que ceux de Millot non compris dans « la charge d'un crocheteur... » ; tnus les autres fmt été brûlés le 'J août Kioo.
390 RÉPONSES A QUELyUKS OBJECTIONS
remercie chaleureusement dans l'épîlre dédicaloire du Gardien de soymesme*. Coïncidence curieuse, l'achevé d'imprimer de cette comédie est du 15 juin, soit le lendemain du jour où l'instruction du procès de L'Escole de Filles est arrêtée subitement. Scarron avait eu une heureuse inspiralion, le cœur g:énéreux de Foucquet ne pouvait être insensible à cette marque publique de reconnaissance d'autant que l'exemplaire de LEscole des Filles ne lui avait pas été, non plus, indilï'érent (on la su plus tard !) : aussi est-ce, sans aucun doute, à l'intervention du Surintendant que Scarron a dû de n'être ni interro<;é ni inculpé dans le procès de LEscole des Filles, que l'instruction de ce procès a chômé du 14 juillet au 3 août, qu'elle a été close sans recherches nouvelles et le jugement rendu en trois jours!
Quant à l'exemplaire de LEscole des Filles saisi en 1687 dans la chambre des Filles de madame la Dauphine, il n'a rien à faire avec ceux de l'édition originale de 1655. Il s'agit certainement d'une des réimpressions exécutées à l'étranger et introduites clandestinement en F'rance de 1665 à 1686.
Terminons en examinant l'argument décisif de M"" Magne, celui qu'il a produit, non en note mais dans le corps de son ouvrage; il n'y est plus question « delà pure lassitude (de Scarron) qui se traduit à chaque page » de sa gazette, mais d'un mal d'oreille ayant occasionné une intervention chirurgicale. Voilà enfin une affirmation !
« En outre, la maladie le força à interrompre souvent ce travail fasti- » dieux. Une intervention chirurgicale nécessitée par un mal d'oreille le » contraignit pendant trois mois au silence si bien qu'après la quinzième » gazette il abandonna une tâche où, à son dire, seul l'imprimeur trou- » vait son compte. »
M"" Magne a pris soin d'indiquer la page 66 de la gazette de Scarron relatant l'intervention chirurgicale. \'oici le texte qui ligure à ladite page :
Marquis de Molac que le Ciel,
Pour toy tousjours doux comme miel.
D'un œil souriant le regarde
r3l du mal d'oreille le garde :
Depuis lieux ou trois mois l'on sçait
Que le (>lururgien Cresset,
Des (^iiiiurgiens la merveille,
M'a guéry de ce mal d'oreille,
Ce mal maudit, ce mal d'Enfer
Pour qui Cresset usa du fer.
Sans cette cure j'alloisviste
Dans un cercueil chercher un gisle.
Mais enûn donc, j'en suis guéry...,
i. Le Gardien de soy-inesme. comédie de M. Scarron... A Paris, chez Antoine de Sommaville. an Palaix, en h Galh-rie </«< Merciers, à l'Rscn de France, M.DC.LV (/fi.5.5). Avec privilèye du Roy (B., N. '^th. 7813).