‹ Disciples et successeurs de Theophile de Viau (volume 5)Chapitre 41 sur 202 · RÉFLEXIONS DIVERSES · texte numérisé non relu

RÉFLEXIONS DIVERSES

Homme, contre la mort quoy que Tart te promette, Il ne sçauroit te secourir,

Prépares-y ton cœur; dis-toy, c'est une dette Qu'en recevant le jour j'ay faite.

Nous ne naissons que pour mourir.

Esclaves, que rien ne rebute, Vous qui, pour arriver au comble des honneurs. Aux caprices des Grands estes toujours en butte, Vous, de tous leurs deffauts lâches adorateurs, Sçavez-vous le succez de tant de sacrifices? Quand par les grands emplois on aura satisfait

A vos soins, à vos longs services.

Hélas! pour vous qu'aura-t-on fait

Que vous ouvrir des précipices?

Est-ce vivre! et peut-on sans que l'esprit murmure Se donner toute entière au soin de sa parure? Se peut-il qu'on arrive à cet instant fatal Qui termine les jours que le Destin nous prête. Sans avoir jamais eu d'autres soucis en tête Que de ce qui sied bien ou mal !

84 MADAMK DESHOULIÈRES, POÉSIES

Faire de sa beauté sa principale all'aire l'^sl le plus indif^ne des soins.

Le dessein général de plaire Fait que nous plaisons beaucoup moins.

Lors que la mort moissonne à la Heur de son âge L'Homme pleinement convaincu Que la foiblesse est son partage,

l-ltqui contre ses sens a mille fois vaincu :

On ne doit point gémir du coup qui le délivre;

Quelque jeune qu'on soit, quand on a sceu bien vivre, On a toujours assez vécu.

Que les ridicules elForts

Qu'on fait pour cacher la vieillesse

Sous l'éclat d'un jeune dehors, Marquent dans un esprit d'erreur et de foiblesse! Pourquoy faut-il rougir d'avoir vécu longtemps?

Si nos discours, si nos ajustemens, Si nos plaisirs conviennent à nostre âge

Nous ne blesserons point les yeux.

Les mesures qu'on prend pour paroître moins vieux

Font qu'on le paroît davantage.

Non, de quelques côte/ qu'on porte ses désirs. On ne sçauroit goûter de plaisirs véritables;

Mais tous faux que sont les plaisirs

Encore s'ils étoient durables!

On plaindroit un peu moins ces cœurs infortunez

Qui, par leur penchant entraînez,

Sont en quelque sorte excusables.

Quel bonheur quand du Ciel les aspects favorables Font qu'il n'en coûte rien pour estre vertueux!

Kt qu'il faut de raison, de force,

Quand on est né voluptueux Pour faire avec les sens un éternel divorce!

De quel aveuglement sont frappez les humains!

Contre les malheurs incertains

Tels que la perte d'une femme.

D'un enfant, d'un amy, des trésois, des grandeurs,

On croit faire beaucoup de préparer son âme, Et Ton n'aura peut estre aucun de ces malheurs! Mais sans doute on mourra. Cent et cent prépicices Sont ouverts sous nos pas pour nous faire périr.

Cependant au milieu des vices Nous mourons, sans songer que nous devons mourir.

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