‹ Disciples et successeurs de Theophile de Viau (volume 5)Chapitre 5 sur 202 · LE TRIOMPHE DU LIBERTINAGE · texte numérisé non relu

LE TRIOMPHE DU LIBERTINAGE

l'essence même du calvinisme, la prédesLinalion. a complètemenl disparu. Aujourd'luii protestantisme et libre-examen sont, en quelque sorte, synonymes.

La scission protestante était doublement fatale au christianisme. Elle le dépouillait de la plus grande partie de son influence sur lésâmes et faisait cesser l'Eglise romaine d'être, au.\ yeux de tous, dépositaire de la vérité absolue. La suppression des entraves, telles que la confession, mises à la fougue des passions, créait une nouvelle catégorie d'incrédules. Les gens areligieux ou irréligieux, il y en a toujours eu, se contentaient du scepticisme. Dégagés, croyaient-ils, des errenrs populaires, ils s'estimaient supérieurs au vulgaire; leur nombre s'est accru de tous ceux qui ont ajouté à l'incrédulité la déhanche ou passé de la débauche à l'incrédulité'. Montaigne au xvr siècle, Xaudé, La Mothe Le Vayer, Saint-Evremond, etc., au xYii", sont restés des sceptiques, alors que Théophile de Viau, Des Barreaux « l'Illustre Débauché », Saint-Pavin « le roi de Sodome », Claude de Chouvigny. baron de Blot, Claude Le Petit, Lignières « l'athée de Sentis », Dehénaull, Chaulieu et La Fare ont été des libertins. Les sceptiques, en s'abslenant de tout pi'osélytisme, apparaissaient peu dangereux pour l'ordre public, mais les libertins, quoique tenant beaucoup plus à scandaliser qu'à faire des adeptes, constituaient un réel péril que la Hoyauté et l'Eglise catholique ont endigué dans la mesure de leurs forces.

A côté de ce libertinage d'esprit et de mœurs, un autre libertinage infiniment plus nocif, découlant du libre-examen, naissait vers Kl.'iO. Son initiateur, Cyrano de Bergerac, est un librepenseur dans le sens complet de ce mot : il attaque la Bible, la royauté, la famille, etc., mais n'ose faire imprimer son « Autre Monde- ». Ses successeurs, le moine défroqné Gabriel de Eoigny, réfugié à (ienève, et Denis ^'eiras, le suivent en faisant moins de part aux critiques et plus de part aux projets de reconstruction delà Société^ Ils ébauchentde véritables

i. Les déhaucliés ont existé de tout temps et leur nombre n'a peut-être pas sensiblement varié dun siècle à l'autre. Le débaiielié dont nous parlons ici est celui qui prend plaisir à étaler ses mauvaises mœurs ou qui ne l'ait rien pour les dissimuler. Lv^ athupies contre la confession ont certainement aiifcmenlé le nond)re de ces dernier;; : tant de dcmi-débauclirs ont été si licnrcn.v d'jivoir une raison de taire leurs turpitudes.

i. Voir les (Jh^iivres libertines de Cyrano de licrrferac. 2 vol.

[i. N'uir Les Successeurs de Cyrano de Beryerac.

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