Mémoires de Saint-Simon, éd. Chéniel, t. XI, p
3. Extrait d'une lettre de M. l'abbé d'Entrées, prieur de Neuville à M. le chevalier de la Roque... sur la noblesse de la maison de Ghaulieu (Ed. Saint-Marc des Œuvres de l'abbé de ChzuUeu, t. I).
4. Le satirique Thomas Sonnet, sieur de Courval, avait épousé une Anffrie de ClermoQt.
le parti de la robe et devint, nous lavons dit, conseiller au Parlement de Normandie. Il acheta alors la terre de Beauregard à Fontenay, près des Andeljs, dans le Vexin normand. De son mariage il eut un fils, Jacques Paul Anffrie, seigneur de Beauregard.
De lunion de Jacques Paul AnlFrie et de Marie Brétinières naquirent deux enfants : Jacques et (iuillaume. dit l'abbé de Chaulieu. Ce dernier vit le jour au château de Beauregard en 1636, si on en croit son acte de décès.
On ne sait rien de précis s»ir son enfance. Son père l'envoya faire ses humanités à Paris, au collège de Navarre; il y manifesta d'heureuses dispositions et en sortit vers 1652 au moment où la Fronde expirait. Cette période de I6i8 à 1652 a dû avoir une fâcheuse influence sur sa mentalité. Le spectacle du désordre et de l'anarchie est toujours malsain pour les jeunes intelligences. L'incroyable licence que l'on relève dans les couplets des chansonniers de la Fronde, particulièrement dans ceux si spirituels de Claude de Chouvigny, baron de Blot', a eu certainement un écho parmi les écoliers du collège de Navarre de 1 âge de Chaulieu, et on sait combien sont vivaces et persistantes les impressions de l'adolescence.
L'affermissement progressif du pouvoir royal, le rétablissement de l'ordre dans la rue d'abord, et dans les esprits ensuite, atténuèrent ces impressions malsaines sans les effacer complètement. C'est de leur persistance que Chaulieu a gardé une sorte de scepticisme, voisin de l'incrédulité. Et puis son tempérament naturellement voluptueux a joué son rôle; il n'a guère essayé de réagir un seul instant et s'est laissé aller toute sa vie à satisfaire la douce Nature. Chez lui, la raison a été à la remorque des sens.
Le duc de La Rochefoucauld et le futur abbé de Marsillac, ses condisciples au collège de Navarre, lui ouvrirent les portes de la maison de leur père, l'auteur des Maximes. Il prit ainsi contact avec la meilleure compagnie. Une circonstance favorable, en lui permettant de montrer ses qualités aimables, lui donna, plus tard, accès dans la maison de Bouillon. Le Duc faisait alors travailler aux plans des beaux jardins du parc de
1. Voir la notice placée en tête de : Le Libertinage &u XVU' siècle {Disciples et successeurs de Théophile de Viau).Les chansons libertines de Claude de Chouvigny, baron de Blot l'Eglise (1605-1655)... 1919, in-8.
Navarre; il eut besoin, pour sa convenance, d'un fief et d'une maison de messieurs de Ghaulieu, Guillaume, avec un grand désintéressement, se montra favorable à cette cession. Le duc et la duchesse de Bouillon y répondirent de telle sorte qu'on ne sait, dit Camusat, à qui demeura l'avantage du procédé.
Cette complaisance, cette aménité, jointes aux agréments de l'esprit, firent de Ghaulieu un hôte agréable et recherché. Nommer les grands seigneurs et les nobles dames qui se lièrent avec lui serait fastidieux, et sans intérêt. Il compta au nombre des amis de Ninon de Lenclos en compagnie d'autres abbés : Courtin, Regnier-Desmarais, Gédoyn, de Ghâteauneuf, Fragnier, etc. On le vit souvent à l'hôtel de Ninon de la rue des Tournelles, d'autant qu'il sympathisait vraiment avec la maîtresse du logis.
En 1675 l'ambition le travaille; il accompagne le marquis de Béthune, envoyé extraordinaire de France près de l'illustre Sobieski, élu roi de Pologne. La reine, une d'Arquien, était française. M. de Béthune en ayant épousé la sœur se trouvait ainsi le beau-frère du souverain auprès duquel Louis XIV l'avait accrédité. Ghaulieu, dans les meilleurs termes avec M. de Béthune, eut le désir d'être nommé Résident de Pologne à Paris. Gette espérance légitime fut déçue : la reine protégeait un M. Letrens qui remplissait déjà ce poste sans le titre et sans les qualités requises. Nous avons l'expression du dépit de Ghaulieu dans une lettre à sa belle-sœur ^ :
« Tout le monde va à son intérêt, sans songer à ceux des autres ; et les services et les bienfaits ne sont, ma belle dame, que de fort méchants titres pour oblis^er les gens à faire quelque chose qui choque, de fort loin seulement^ le moindre de leurs desseins. Je voudrois bien avoir trois ans de moins et avoir été aussi instruit que je le suis présentement des choses du monde. Je vois bien que je n'avois vécu jusque-là que dans l'état d'innocence, et j'avois cru à tout le monde le cœur fait comme moi; je me suis bien trompé, mais je ne sçaurois me repentir de l'avoir été pour n'avoir jugé de l'âme des hommes que parce que je sentois. Voilà une affaire manquée; c'est la troisième depuis six mois. Il n'importe! la fortune et mes amis feront mieux quand il leur plaira. Je deviens de jour en jour philosophe, et pourvu que j'aie le plaisir de vous retrouver et de vous décharger mon cœur, je ne compte pour rien tout le reste. Je ne sçaurois pas vous dissimuler qu'il est gros de beaucoup de choses qu'il ne serviroit rien d'écrire, et que je ne veux pas confier à du papier ».