ironique
A toi, ChauHeu, en appartient la gloire,
Son nom par toi transmis à la mémoire,
Par tes beaux Vers célébré mille fois,
Dédaigneroit une si foible voix.
Partout la tienne emporte la victoire :
Qui mieux que toi d'un vol audacieux
Peut célébrer nos Héros et nos Dieux?
Qui mieux que toi peut chanter une Belle?
Te souvient-il, Abbé, de ces beaux yeux
Dont trop long-temps tu fus Amant fidelle?
C'étoit pourtant une simple mortelle,
Et par tes vers tu relevais aux deux.
Libre à présent, et sans inquiétude.
Tu vis content, et tu fais ton étude
De la tranquille et sage Volupté.
Heureux Abbé, jouis de ta sagesse ;
Et d'un ami si tu plains la faiblesse,
N'insulte pas à sa fragilité.
Par les conseils de la Philosophie,
Aide plutôt cet ami malheureux:
Tends-lui la main, quand sa raison s'oublie.
Pour le sauver d'un écueil dangereux
Qu'il a trouvé dans les yeux de Silvie.
Quand tu verras, cher Abbé, ses beaux yeux,
Prends garde alors qu'imitant ma folie Malgré toi, mon Rival, tu n'en sois amoureux. Mais non, je cannois la droiture De ton esprit et de ton cœur.
Fidèle ami, fidèle à ton Maître Epicure, Dans le parfait repos mettant tout ton bonheur,
Tu suis les Loix de la sage Nature, Et braves les périls sans connaître la peur : Ainsi lu la verras. Abbé, d'un œil tranquille ' Et ta seule raison te servira d'asyle
Pour te sauver d'un regard enchanteur^.
C'est de cette raison que j'attends mon secours. Dis-moi cent fois que dans mes plus beaux jours,
Dans ma plus brillante jeunesse,
Je ne trouvais dans ma Maîtresse Que des dehors trompeurs, que de lâches détours; Qu'après en avoir fait le triste apprentissage, Pourquoi d'un faux espoir me flattant à mon âge, De nouveau m' embarquer dans de folles amourst
Je suis à peine échappé d'un naufrage Que je cherche à courir à de nouveaux dangers^,
1. 1733 : Pour te sauver d'un regard enchanteur; | La raison sera ton azile.