RÉPONSE AUX DEUX ÉPITRES DE L'ABBÉ GOURTIN
Abbé, dont le discours flatteur, Qu'avec grâce ta Muse étale, Vient par un murmure enchanteur
Tâcher d'endormir ma morale,
Tu crois qu'avec avidité
Déjà l'Amour-propre enchanté
Avale' la délicatesse
D'un poison si bien apprêté :
Je sens, malgré ma vanité.
Que je dois à ta politesse
Beaucoup plus qu'à la vérité.
Il faut avouer sa foiblesse,
J'en conviens, puisque tu le veux.
Né sensible et voluptueux.
Source où tous mes défauts ont pris leur origine,
Soit bien traité, soit malheureux^,
J'ai vécu souvent amoureux;
Toujours d'humeur si libertine
Dans l'engagement que j'ai pris.
Qu'au mépris des Pasteurs iidelles
Mon amour eut toujours des ailes Aussi bonnes du moins que celui de Gloris.
Ovide, que je pris pour Maître,
M'apprit qu'il faut être frippon;
Abbé, c'est le seul moyen d'être
Autant aimé que fut Nason :
Catulle m'en fit la leçon.
Pour Tibulle, il étoit si bon
Que je crois qu'il auroit dû naître
Sur les rivages du Lignon ;
Et là, qu'on l'eût placé peut-être
Entre la Fare et Céladon.
L'Amour ful-il jamais fait pour être durable ? C'est le feu d'un éclair, un peu solide bien; C'est un songe enchanteur, un fragile lien Que ne forme et ne rompt rien qui soit raisonnable. Le Père des Héros, ce Dieu si redoutable Que la \'ictoire suit par-tout dans les combats,
Avoit beau paroître estimable.
Sa Maîtresse ne laissa pas De découvrir à nud^ ses plus secrets appas
i. 1724 : Savoure.