‹ Disciples et successeurs de Theophile de Viau (volume 5)Chapitre 80 sur 202 · RÉPONSE AUX DEUX ÉPITRES DE L'ABBÉ GOURTIN · texte numérisé non relu

RÉPONSE AUX DEUX ÉPITRES DE L'ABBÉ GOURTIN

Abbé, dont le discours flatteur, Qu'avec grâce ta Muse étale, Vient par un murmure enchanteur

Tâcher d'endormir ma morale,

Tu crois qu'avec avidité

Déjà l'Amour-propre enchanté

Avale' la délicatesse

D'un poison si bien apprêté :

Je sens, malgré ma vanité.

Que je dois à ta politesse

Beaucoup plus qu'à la vérité.

Il faut avouer sa foiblesse,

J'en conviens, puisque tu le veux.

Né sensible et voluptueux.

Source où tous mes défauts ont pris leur origine,

Soit bien traité, soit malheureux^,

J'ai vécu souvent amoureux;

Toujours d'humeur si libertine

Dans l'engagement que j'ai pris.

Qu'au mépris des Pasteurs iidelles

Mon amour eut toujours des ailes Aussi bonnes du moins que celui de Gloris.

Ovide, que je pris pour Maître,

M'apprit qu'il faut être frippon;

Abbé, c'est le seul moyen d'être

Autant aimé que fut Nason :

Catulle m'en fit la leçon.

Pour Tibulle, il étoit si bon

Que je crois qu'il auroit dû naître

Sur les rivages du Lignon ;

Et là, qu'on l'eût placé peut-être

Entre la Fare et Céladon.

L'Amour ful-il jamais fait pour être durable ? C'est le feu d'un éclair, un peu solide bien; C'est un songe enchanteur, un fragile lien Que ne forme et ne rompt rien qui soit raisonnable. Le Père des Héros, ce Dieu si redoutable Que la \'ictoire suit par-tout dans les combats,

Avoit beau paroître estimable.

Sa Maîtresse ne laissa pas De découvrir à nud^ ses plus secrets appas

i. 1724 : Savoure.

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