ÉPITRE A M. LE CHEVALIER DE BOUILLON
Toi qui, né Philosophe au milieu des grandeurs, As secoué le jeu;;' des vulgaires erreurs; Et gai dans tes discours, et simple en ta parure, Connois pour toutes loix, les loix de la Nature';
Chevalier, reçois ces Vers
D'une Muse libertine :
Qu'ils aillent, sous ton nom, de popine en popine^,
Apprendi'e à tout 1" Univers
Que Fite et La Morillière^,
Pour n'avoir point de Césars,
Ont pourtant, sous leur bannière,
Leurs Héros, ainsi que Mars; Que ceux qui, comme Toi, ont des talens de plaire,
De l'esprit, de la beauté.
Doivent, d'une main ménagère, Mettre à profit le Temps qui, d'une aile légère, Emporte nos plaisirs avec rapidité;
Et que la seule jouissance
D'un instant si précieux Est l'unique présent que, dans leur bienveillance,
Puissent nous faire les Dieux.
Sur ce principe de Sagesse, Affranchi des devoirs, en pleine liberté, Goûte tous les plaisirs que t'offre la Jeunesse
Dans les bras de l'Oisiveté.
Je sais qu'une façon de penser folle et vaine,
Etablit qu'il est glorieux De porter sur les pas de ton oncle Turenne Le iDruit de ses exploits en mille et mille lieux; Que sorti, comme Toi, d'une illustre origine,
Avec ton port, ta bonne mine, Une jambe de bois te siéroit assez bien ;
Et qu'après nos guerres Unies, Tu viendrois avec grâce encore aux Tuilleries, Eborgné, clopinant, nous servir d'entretien.
Que te reviendroit-il de tant de renommée? Rien que la chétive lueur, Et quelque peu de fumée D'une lampe en ton honneur