‹ Disciples et successeurs de Theophile de Viau (volume 5)Chapitre 9 sur 202 · AU DIX- HUITIEME SIECLE XV · texte numérisé non relu

AU DIX- HUITIEME SIECLE XV

lui-même de ses deux grandes initiatrices à la haute civilisation : Rome et la Grèce.,.

» Dans ses rapports avec les peuples voisins, la France a donc essentiellement continué la tâche de la civilisation antique. Partout où son génie a pénétré, elle a très visiblement apporté la notion de l'ordre et de la discipline, aussi bien dans la vie pratique et dans les manières que dans la littérature et dans l'art. Elever Thomme au-dessus des appétits quotidiens, lui inculquer le goût des plaisirs de l'esprit, éveiller son sens de la beauté, telle est la première partie de son œuvre en Espagne et en Italie, en Angleterre, en .Allemagne, et même dans les lointaines contrées Scandinaves, au Moyen-âge; la seconde a été d'y hausser ces sentiments jusqu'à la compréhension de la règle, des conventions qui font la société polie et la littérature élégante, qui donnent ii l'art un cachet aristocratique. Cet apostolat, elle l'a renouvelé au xvii® et au xviu^ siècle* avec le même succès, et jamais le monde moderne n'a été plus près de la civilisation antique, par le dedans, qu'aux périodes où a dominé le clair et humain génie de la France, avec son sens du général, du rationnel, son perpétuel besoin d'idéalisation, son éloignement pour la réalité brute, pour 1' « individuel », le particulier, pour la « nature. »

Ces prémices établies, par le fait même du triomphe du libertinage, l'Allemagne devait logiquement pénétrer la France et l'amener à accepter ses propres conceptions. C'est le spectacle que notre pays a donné au lendemain de la secousse révolutionnaire, pendant le xix*" siècle et jusqu'en 1914. Exagérons-nous quand nous disons que le génie allemand, dont voici les caractéristiques, a détrôné notre génie propre?

« A peine les peuples germaniques ont-ils pris conscience de leurs besoins propres, qu'on les voit sorienter dans un sens très différent (du génie français). Les derniers siècles du .Moyen-âge. qui leur appartiennent, montrent l'avènement du réalisme, de l'individualisme et du mysticisme conjugués, c'est-à-dire de la partie antirationnelle de l'âme. La société qu'ils organisent n'est plus aristocratique mais bourgeoise, et ce ne sont plus les conventions qui y tiennent la première place, mais les intérêts, les ail'aires. La personnalité, chez eux, ne se laisse plus brider par des règles extérieures et abstraites. Dans l'art et la littérature des Pays-Bas, de r.Allemagne, de l'Angleterre, c'est le réel non plus l'idéal qui est au premier plan. Le drame de Shakespeare et de ses contemporains, qui

1. M' L. Rcynand a pris le soin de nettement préciser sa pensée : «Quand on parle du libre et plein épanouissement du {jénie français au xviii* siècle, il est à peine besoin de faire remarquer que l'on veut désif^ner exclu.vivement ce qui, à celte époque continue, eu l'ahinaul, la Irddilion du xvu». Mad. de Staël savait déjà que le matérialisme qui y apparaissait venait d'Angleterre, et nous avons appris depuis que « la sensibilité » et la religion de la « nature » avaient la même origine. »

XVI Li: TRIOMPIIR Dl LlRERTINAr.F:

vient ensuite, est tout |)lein du (lébordenient d'individualités ell'rénées, transcrites dans toute leur crudité native. A la lin du xvn'" siècle, un Anj^lais encore, Locke, formule un système suivant lequel Tesprit humain se ramène à un nf,^ré^'^at de sensations, ce qui équivaut à lui retirer sa dij^nité avec son indépendance et à le subordonner aux choses. Un peu plus tard, la sensibilité, la partie de rame par laquelle nous subissons ces choses, entre victorieusement dans la littérature, avec les romans de Kichardson, au moment où naissent en Angleterre, derechef, ces sciences de la nature, qui peu à peu feront descendre Thomme avec Darwin et Spencer, de sa situation privilégiée, le replongeront dans la série des êtres vivants privés de raison et expliqueront son développement par l'action du milieu sur ses organes. L'Allemagne, en transposant ces conceptions dans le domaine de la métaphysique et en créant le panthéisme évolutif, c-esl-à-dire la doctrine qui dégage ou semble dégager de la matière toute réalité, y compris l'esprit et Dieu, n'a fait, en somme que donner à la tendance naturaliste des peuples germaniques son complément philosophique indispensable... »

Totit commentaire serait superflu !

UGNIÈRES

FRANÇOIS PÂYOT DE LI&NIÈRES

Si nous plaçons ce nom en tête de ce volume — le dernier que nous publions sur les libertins du XVIl" siècle — c'est simplement pour le rappeler. L'Athée de Senlis eût mérite une notice importante; malheureusement le seul manuscrit de ses poésies libertines qui soit mentionné a été brûlé par le fils du Grand CondéK On ne sait donc pas exactement ce qu'elles étaient.

La vie de Lignières^ peu mouvementée du reste, a été racontée par M. Emile Magne^ avec les déductions qu'y ajoute sa brillante imagination, mais le côté libertin y est un peu négligé^. Nous nous bornerons^ après avoir donné un résumé de la biographie de Lignières, à reproduire son portrait en vers : par lui-même, par madame de Montbel et par madame Deshoulières, A défaut d'une analyse psychologique de sa mentalité faite en se servant de ses œuvres libertines^ on aura une idée de la personne physique et morale de Lignières, et ce, au bel âge : vingt-deux ans!

François Payot naquit le 2 novembre 1626 de François Payot, conseiller du roi en son Grand Conseil, et de Marie Lesage, sa première femme*. Après la mort de son oncle

i. Voir plus loin la Bibliographie de Lignières.

2. Une première version a paru dans Le Temps présent, 1HIA : Un ami de Cyrano de Bergerac : Le Chevalier de Lignières, pp. 390 à 423, pp. 569 à 604, pp. 780 ù 803; un seconde version, corrigée et augmentée, a un titre différent : Un ami de Cyrano de Bergerac : La plaisante histoire du chevalier de Lignières.

3. Nous nous excusons de ne pas partager l'opinion de M. E. Magne sur le rôle du libertine?) Gassendi et sur le groupe qu'il aurait formé avec Cyrano, Molière, etc. Il n'existe aucune raison sérieuse qui permette daffirmer l'existence de ce groupe; aussi la documentation si abondante de M. Magne au bas des pages de son Lignières est, celte fois, inexistante. Cependant Paul Lacroix a probablement inspiré M. Magne : voir la note 2 des Entretiens pointus (Œuvres comiques, galantes et littéraires de Cyrano de Bergerac, Paris, 1858).

4. Nous avons publié dans : Le Libertinage au XVII'> siècle. Mélanges, Paris, 1920,

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