SUR LA MORT DE SON PERE
Oste-toy, laisse-nioy resvcr :
Je sens un feu se souslever
(i) Celle de Théophile que nous avons publiée dans le Procès de Tliéophile, l. I, p. G7, commence ainsi : Donne un peu de relasclie an deuil qui Ca surpris.
(2) Scudéry a alliibué par inadverlance l'ode de Des Barreaux à Tliéophile en l'insérant dans l'édiMon de Rouen des CEuures de Théophile : Jean de La Mare, 1032, UI' partie, p. io6 avec la noie suivante placée à la fin : « Celte pièce a esté trovivée dans les papiers de fauteur après sa mort ». Otte note est catégorique, elle se borne à constater que la pièce se trouvait i)arn)i les papiers de Théophile. Or elle ne peut être de ce poète qui en avait composé une sur le môme sujet (voir noté i) et ne se serait certainement pas répété. L'erreur de Scudéry vient de ce qu'il avait donné un titre faux à la véritable ode de Théophile à M. de Liancourt; Consolalion à Mademoiselle de !.. sur In mort de son père. Cette ode en ctTet avait ])nru s.ins titre dans les Otùirres J(?>l ; mais dans les éditions suivaiilcs elle était intitulée: Consolalion à M. D. L. (Monsieur de Liancourt;, d'ailleurs ([uelqucs vers de celte ode ont été incriminés dans le Procès de Tliéopiiite cl celui-ci a déclaré formellcmenl qu'elle s'adressait à M. de Liancourt (Voir le Procès de Théophile, t. L p. 37(5-0771. — Si l'ode à M. de L. n'est pas de Théophile elle .ippartieni à son ami Des Harrcaux fpii en avait laissé prendre coi)ie à son ami.
I,\ Vir. DF DES BARREAUX, l()20
Dont mon Aine rsl limte einbvdsée , 0 hcdtix /j/r'.v. beaux rivages verds, 0 grand Jlainhean de l'Univers, ()ue je trouve ma veine aisée :
Belle Aurore, douce Rosée, Que vous m'itUez doiuier de vers.
Le vent s'enfuit dans les ormeaux Et pressant les fueilleux rameaux AIjat le reste de la nue.
Iri,s a perdu ses couleurs L'air n'a plus d'ombre, ny de pleurs, La Bergère aux champs revenue Mouillant sajamfje toute nuë Foulle les Iwrbes, et les fleurs.
Ces longues pluyes dont lliyver Empeschoit Tircis d'arriver !\'e seront plus continuées, L'orage ne fait plus de bruit, La clarté dissipe la nuit, Ses noirceurs soid diminuées.
Le vent emporte les nuées Et voilà le Soleil gui luit.
Mou Dieu gue le Soleil est beau ' / Que les froides nuicls du tombeau, Font d'outrages à la nature !
La Mort grosse de desplaisii's
(i) IMus tard Des liarrcaux a repris plusieurs vers de celle ode pour les incorporer dans ses stances « Sur l'afTection de la vie : Mon Dieu, que la lumière est belle » (voir Poésies libertines de Des Barreaux) qui commenccnl ainsi :
Mon Dieu, (]uc In lumière est belle Mais on n'en voit qu'une eslincelle ; On n'est pas sorly du berceau.
Que l'on court à la sépulture, Que les froides iiuils du tombeau Font d outrages à la nature.
LA VIE DE DES n.VRUEAUX. l02(> fx'J
De ténèbres et de souspirs.
D'os. (Ir vers, et de pourriture, Estoujfe dfuis la sépulture Et nosjorces, et nos désirs.
Chez elle les Géants .sont Nains, Les Mores et les Afrieains, Sont aussi glace: que le Scythe :
Les Dieux y tirent l'(œiron,
('.('sar comme le biichcroii Attcndaiil (pic l'on ressuscite Tous les. jours aux fjords du Coeyte Se trouve au Icrer (te Ch(n'()n.
Tircis vous y viendrez un jour, Alors les (jrdces et l'Amour Vous quitteront sur le passage.
Et dedans ces Royaumes vains, Effacé du rang des humains Sans mouvement et sans visage Vous ne trouverez plus l'usage Xy de vos yeux ny de vrjs mains.
Vostre père est ensevely.
Et dans les noirs Jlots de l'oubly.
Oh la Parque l'a fait descendre :
Il ne sçait rien de vostre ennuy.
Et ne fut-il mort qu'aajourd'huy,
Puis qu"d n'est plus qu'os et que cendre,
Il est aussi mort qu'Alexandre
Et vous toucJie aussi peu que luy.
Saturne n'a plus ses maisons
i\y ses aisles ny ses saisons,
Les Destins en ont fa'd une ond)re :
Ce grand Mars n'est-il pas destruit ?
Ses faits ne .sont quun peu de f)ruit,
Jupiter n'est jtlus qu'un feu .somt)re
48 i-A. VIF j)E nrs B.vuuEALx. 1G20
Qui se Cdclic jntrniy le nombre Des peliis Jlanilnuiu.v de bi 11 11 il.
Le eoiirs des ruisselets ernuis La Jiere eheule des (orreids.
Les rivières, les eaux scdees, Perdront et bruit et niouvenient :
Le Soleil insensiblement, Les ayant tontes avallees, Dedans les voûtes es toi lie es Transportera leur eslement.
Le sable, le poisson, lesjlots.
La lyavire, les Matelots, Tritons, et Nymphes, et Neptune, A la fin se verront perclus :
Sur leur dos ne se fera plus Bouler le Char de la Fortune, Et l'infuenee de la Lune, Alxnidnnnera le refus.
Les plane lies s\irrestcront.
Les eslements se mesleront En eeste admirable structure.
Dont le Ciel nous Icdsse jouyr :
Ce qu'on voit, ce qu'on peut ouyr, Passera comme une peinture.
L'impuissance de la Nature, Lais.'iera tout évanouyr.
Celuy quifornuud le Sole'd, Arracha d'un profond sommeil.
L'air et le feu, la terre et l'onde.
Renversera d'un coup denudn, La demeure du (jenre liumain. ; Et la base ou le Ciel se fonde, El ce grand desordre du Monde, Peut-est re arrivera demain.