‹ Disciples et successeurs de Theophile de ViauChapitre 15 sur 96 · NOVEMBRE. INTERVENTION DE DES BARREAUX EN FAVEUR DE · texte numérisé non relu

NOVEMBRE. INTERVENTION DE DES BARREAUX EN FAVEUR DE

THÉOPHILE. l'arrêt DU l"' SEPTEMBRE l625.

L'activité des adversaires du liJjertinage ne se ralentissait pas, certains en arrivaient à employer les moyens les plus condamnal)les. Vers le i5 septembre ils lancent une seconde édition du « Parnasse» : « Le Parnasse des Poêles sat\ riques ou dernier recueil des vers picquans et gaillards de nostre temps. Paris. M.DC.XXIIL », toujours avec, en tête, le sonnet sodomite par le sieur Théophile. Le lendemain de l'incarcération de Tliéopliile, le IVère Pierre Guérin prononçait, dans la chapelle des Minimes de la place Ro\ale,un sermon d'une violence inouïe. Ces manifestations successives en dénonçant un plan de cam-

S6 LA VIK ni'; DES BAUUK.VrX, l()2i>

]);il;"ii<' mni-cinciil rdlrclii. l'on! jx'i'drc loiil saiin-IVoid à Des H.iri'c'iiix. Ses (M'ainlcs soiil (h'-ciiplccs (l(';)iiis Tarrcstalioii (lu l*(>rl(' (le Hoiissrrcs. le coïKlaimir du i(S aoùl a\anl ruiporlé dans sa l'uilc Jcs Icllrcs laliiics qu'ils aNaicnl rrhan^écs. Icllrcs rc'-dinvcs sur uu Ici Ion (ju'cllcs laissaicid su|)|)()S('i- le ciiuic de sodomie '. Sa faniille iiil(uvieiil près du Piésidcnl du Parlciuc/il de Paris. M. de ACrdun li'clanie les diles lettres à Malliieu Mole et conseid à (•<• (|u\'lles soient disti'aites du ])i'Ocès.

Pendant cette ncLiOcialion délicate (jui dut demander un assez lonu' délai la (( IMainte de 'riiéopliile à un sien amx durant son absence » est vendue devant la (^oncicrtici'ie du Palais, Des Barreaux terrifié s'empresse iV\ ]'(''pon(li-e dans des termes incpialiliahles. dette « Ué- ])onse' » est un cliel-d'ceuN re de c\ni(pie jx'ilidie :

(I Théophile, je m'eslonne qii'dii lien de respondre, et repousser Unit <l'(irrns(tlioiis ffnl fondent sur loy de tous eostez, tu t'amuses à ni'ird('rro(jer et à nù'scrire d'un style poétique. iJ'oà vient je te prie (jue parniy toutes ces tenipestes <pii Vassaillenl, tu n'as recours et n'addresses tes vers en plate peinture qu'à moy seul, comme sij'estois le feu saincl Erme qui te j)eust préserver de naufrage? Au fort de tes désastres réclamer poétiquement l'assistance de ceux qui ont si peu de crédit et de pouvoir que moy, comment appelles-tu cela ? N'y a-til pas assez d'illustres et puissantes personnes pour les semondre

(i) Mémoires de Garasse, p. 78 et 70. Iloslfnil allusion à cos lettres latines clans une lettre de Mathieu Mole à Dupiiy du diuiaiiclic i'' octobre i(3a3, nous l'avons publiée dans l.e Procès de 'riu'oijliUc, T. I, |). aoO. (le ne sont pas, coinine le croyait M. Nisard, leslotlres lalit)os jjubliéesjjar Mairet f^A'owy. œuvres de Jeu Tlicopliile, lO'ii). ces dernières sont toutes de i6a5 et 162G.

(9.) Responce de Tircis à la plalule de Théojtldle prisonnier, elle est à rapprociier de la lettre adressée par Molicres d'Kssertines à Théophile (p. 892 du T. I du liecueil de lettres nouvelles dédié à Mgr V Hniinenlissime cardinal duc de Uiclielieu, lO.'J^, 1 vol. in-8;, que nous avons reproduite dans Le Procès de Tfiéojjliile, T. I, p. 269.

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de Ceslrc piloyahlcs pdi' tes cbuncurs et les pldinles ? E/iror les faiidroitil traieler d'autre sorte. Ce n'est pas avec un roseau on une paille qu'on peut estayer une maison preste à cheoir, ny avec des rilhmes frivoles qu'on peut arrester la perte de ta réputation et de ta vie. Ce n'est pas en vers qu'on V accuse. Ce n'est pas en vers que tu te dois deffendre. Prens en bonne part cet adv'is. je te prie en amy quoy que tu m'accuses d'avoir violé nostre amitié par quelque sorte d'ingratitude. Chose plaisante, lors ipi'on t'accuse, tu m'accuses : mais les accusat'ions sont bien diverses. Tu m'accuses d'un peu d'ingratitude et de paresse envers toy, et on t'accuse d'une ingratitude injî/ne envers Dieu, sans mesmes que tu te serves des moyens qui pourroient bien servir à ta Justification. On devro'd, pour te confondre, te mettre devant les yeux l'ancienne fable d'Arion. qui se voyant prest d'estre Jette dans le gouffre de la mer, se mit à pincer doucement sa Lyre à la loLiange de ses Dieux, et ayant moins de crainte de la mort que de soin de les adorer, tcsmoigna par sa douce harmonie qu'il n'avoit jamais eu tant de sentiment de la divinité que pour lors; c'est pourquoy l'antiquité qui luy a dressé des autels, creust que par ceste seule recognoissance, il mérita qu'un Dauphin le vint préserver de ce naufrage. Or contemple combien tu es dissemblable à ce Chantre. Au temps que la Mort avec son appareil plus effroyable talonne tes pas, tu négliges d'employer ta voix et tes vers pour implorer le secours du vray Dieu, et ne pouvant mesme feindre de te convertir au Créateur, ta te contentes de recourir à une si chétive créature que moy et d'espuiser le reste de ta bizarre poésie pour te plaindre de mon peu de souvenir. Et s'il est ainsi que dans les adversitez l'esprit humain se renforce, et que comme la Lune luit mieux aux ténèbres qu'en plein Jour, les mortels dans les afflictions facetd esclatter plus de Jugement et d'industrie, d'où vient que tu démens cette commune créance, et que tes actions sont si peu judicieuses, et ta poésie si muette dans la prison où tu es, laquelle te devroit (œoir desjà rendu bon Poète et profète comme l'antre de Trophonius. O que tu décrois estre maintenant mémoratif et imitateur de ton Socrate, fors qu'U estoit en prison : je l'appelle tien, vcit (pi'it y a quelque temps que pour te purger du crime d'Epicure, tu choisis le traicté de Platon, ou la mort de Socrate *

(i) Le Triiicli' (le riiiiiuorlalitô de l'iiiiio 011 la mort do SocrahM/tf.'urfVs de Théophile. l(i-2IJ.

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est (k'scrite, pour le Inuluii-c cii noslrc kiiKjuc. in(ii.s coinnwnl ivnduire, c'est pliistost Iraliir le sens de Platon dont lu es j)liistosl le traditeur que le Iraducleuf, pour user des lerines du poêle Du Bellay. Car ayant pris le beau discoui-s de Socr(d(' à traduire, tu le Jais parler contre son gré d'un style poétique et exlravagant, dont ce PJiilosopJie n'eust peu user sans desclœoir de sa docte gravité, et sans abâtardir laid de belles coiisidé rations, dont il soulage ses amis esplorez de sa procluune mort. (Jfiose eslrange que pour acquérir le tillre de disert, lu a'yjuii'res celuy d'un infiilelle interprète, et que pourjouyr d'un bien inuujina'ire. tu ayes fairt le nud si éeideid. Joincl que si nous /l'aeions que cesle seule aucloriié de Socrcde pour preuve de i'iinniorlalilé de nos unies, ta aurois eu raison d'en entreprendre la version et la paraplirase. Mcds tant s'en faut que ce discours serve pour Jaire une telle preuve, que uiesmes il est fondé sur diverses resveries et idolâtries, lesquelles lu augmentes de beaucoup d'autres ini})ies et absurdes, au grand préjudice du sens et jugement de Platon. Tu n'as donc guéres avancé si lu pcnso'is osier du monde l'ombrage qu'ils ont de la inescréance; pour fuyr la vive poursuite d'une telle accuscdion, tu as ctierclié un pauvre asyle. Pour affernùr tajoy, tu as recours à un autheur injidelle, au lieu de te servir de belles et saine tes raisons dont la Tfiéologie est armée pour triompticr de l'impiété. Mais il n'est pas besoin que tous les accusez soient coupables. Si tu es innocent, je souliaile que le bras de la Justice convertisse tes menaces en caresses et couronne de mille Jleiirs la leste au lieu de Vescraser de ses foudres punisseurs. Mais je crains que tant de vers exécrables qui portent ton nom si dévot, ne résonnent si fort aux oreilles de tes Juges, que ta pctile voix de ta deJJence n'y trouve aucune entrée. Quelle innocence pourra vaincre tant de tesmoignages d' impiété l Quel soleil sl'issipera les nuages qui l'environnenl. Ces noirs et vilains livres dont Satan se sert, comme de J'unesles voiles pour faire éclypser et amortir la lumière de la J'oy et de la raison, sont des terribles instruinens pour avancer l'effect de la condamnal'ion et pour auttioriser tes autres aceusalions qui t'accablent. Je ne sçay si tu peux espérer plus défaveur de la Justice Cliresl'iennc que tu n'en eusses receu de la Payenne. Combien de punitions lisons nous avoir esté fa'icles de moindres btasptièmes contre tes J'aux D'ieux ?

» fapprens néanlmoins (pie tu le nies estre iaultieur de telles folles pës'ies et que tu t'attaques à ceux qui les ont illustrées de ton

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nom. Srache {cher ainy) que je serois très-aise de seavoir que lu n'eusses Jamais produit de si infâmes ouvrages. Car il est certain qu'ayant esté cy devant eslevé de la poussière et de la nécessité, ta as donné quelque occasion de croire que tu avois pratiqué ceste maxime : Qu'il faut pour estre bien estimé et heureux, mesmement en matière de poésie, suivre toute autre voye que celle de la piété lellemeid. ahan donnée en ce temps qu'on pense que c'est bailler la torture à la poésie française que de l'appliquer à des subjects chastes et vertueux, et que toute sa (jrâce se perd et se dissipe, si elle n'est meslée de gaillardises cl de folast reries. Mcds il me semble que tu ne prens point de goust à m'escouter si je ne te parle en vers :

Celuy qui d'un soc d'or artiste et précieux Va cultivant la fange et les plus sales lieux. Est la comparaison de celuy qui s'amuse A changer les thrésors de sa diserte Muse En des vcdns instrumens, pour cultiver tousjours Les champs empoizonnez des lubriques amours. D'où pour toute moisson luy naissent des espines Quy luy font esprouver les vengecmces divines. En quel nouveau chaos est réduit l'univers ? Pour n'y mourir de faim il faut estre pervers, Pour s'y rendre agréable il faut estre idolâtre, Avoir l'esprit troublé d'une verve folâtre, etc.

» Mcds ne t'esmerveilleras-tu pas de voir mon nouveau langage, et pourras-tu croire que je sois ton ancien Tircis qui me laissant naguères pipper à ta vanité, recherchois passionnément cemc qui m'empeschoient de cogno'istre mon aveuglement. Ne pense pas pourtant, Théophile, que ce soit ton adversité qui m'ait esloigné de loy. avant qu'elle te vint ny te menacer ny t'ass(dlUr,je me suis séparé de loy, par un sentiment presque semblable à celuy d'Amasis, qui voyant Polycrcdes grandement heureux répudia son anùtié, jugeant qu'un si grcmd heur devoil estre proche d'un grand malheur. Mais pour me descouvrir entièrement, je ne dois le bien de l'avoir quitté qu'à Dieu seul qui m'a daigné faire rejet ter la compagnie des meschans ou soupçonnez tels, sans estre complice de ton vilain divcrlissement que tu vantes au.ssi efjrontémerd que tu accuses injustement celte grande ville de Rome de le permettre.

go L.v viK ni: dks haiuvevix, iGjS

(( Sa (Urine [iràcc m'a donc scri'i' <l('.s ptti.r plaisirs de la prr/u cieuse coinpaijnie pour i/n- /'aire jonyr des rrrilahlcs qu'il dépari à ceux qui, pour s^u/d)' <) son amour, rcnoncenl à celuy des voluplez périssables. Pavmy les lé/ièhrcs où J'crrois inisérablemenl j'ay ren poindre sur moy des lumières tjui m'oid f(dl recognoislre que j'eslois Chrestien et destiné pour posséder les félieilez éternelles (q>rès les avoir acquises par le chemin de la piéléK (Vesl pourquoy J'ay creu me devoir abstenir de te lunder pour ranjuer mieux à mon salut, endurant c petit desplaisir pour l'canour de celuy qui endura pour moy la Mort. Mais, ô merveille! me proposant de fuir les plaisirs : j'en rencontre à cfiaquc pas que je fusclie de faire dans le sentier de la piété. Pe/isaid Jiiii' les ruisseaux, je Iroiicc la source, et ne puis que je ne .sois indigné co/dre ceu.r qui Jiqiircnl les voyes de la vertu si scabreuses et difficiles. A la ndenne volonté qu'il me Jut loisible de souffrir et de mourir, pour csfre rray iniihdeur de Jésus-Christ, c'est mon souhait que je ne te puis cacher voyant que tu es en estai de souffrance et en attente de mort, le quoy tu peux faire un profit infini. 0 qu'il f croit beau voir que tu le servisses d'une si belle occasion pour monstrer publiqueme/d ou ton innocence ou ton repentir, en acceptant d'un co-uc urdcnt de la divine charité l'exéculion de l'Arrest de ce sainri et vé/u'rahlc Parlement, ajin (pie celafusl une fidelle espreiive de la piété, en csponyud cl end)rass(ud ces flammes qid ont esté si c/icremenl rechercliées pui- l<ud de belles et pieuses âmes, pour

(i) Théophile n'a pas monlic moins d'altachemont(?) à la religion catholique dans son «i Apologie » : «que, sans faire le sçavanl en Ihéologie. je nie contente, avec l'apostre, de ne savoir que Jésus Christ, el iceluy crucifié, et où mon sens se trouve court à ce mystère, j'ay recours à l'authorilé de l'Eglise et croy absolument tout ce qu'elle croit ; que, pour l'intérieur de mon âme, je me tiens si content des grâces de Dieu que mon esprit se tesmoignc par tout incapable de mescognoistrc son Créateur; je l'adore et je l'aime de toutes les forces de mon entendement, et je me ressens vivement des obligations que je lui ay ; que, pour ce qui me paroist au dehors en la règle de mes mœurs, je fay profession particulière el publique de chrestien catholique romain ; je vay à la messe, je communie, je me confesse ; le Père Séguiran, le Père Athanase et le Père Aubigny, en feront foy ; je jeusne aux jours maigres, et, le dernier caresme, pressé d'une maladie où les médecins m'alloient abandonner pour l'opiniastreté que j'avais à ne j)()int manger de viandes, je fus contraint de recourir à la dispense, de peur d'estre coulpable de ma mort. Messieurs de Rogueneau, curé de ma paroisse, et de Lorme, médecin, qui ont signé l'attestation, sont tesmoins irréprochables de ceste vérité. .le n'allègue point cecy par une vanité d'hypocrite, mais par la nécessité d'un pauvre accusé qui ne publie sa dévotion que pour déclarer son innocence».

LA VIE DE DES BAHKEALX. iGaS

illnslrer l'Eglise et accrois tre te nonihrr des (jlorieax Martyrs. C'est la Croix que Dieu te présente niainteiia/it. et c'est à toi de tesino'i'jner ton courafje à ne ta craindre, et ton anionr à ne ta refuser pas. Vo'dà te meitteur conseit que je te puis et dois donner en dressant mes humbles prières i'i Dieu qu'il te Jortifie de sa grâce pour en user utilement. s\ Dieu.

(( Malus aut ideo vivit ut corr'ujatur. mit ideo ricit ut per eum bonus ccerceatur. D. Au/jusIK

En même temps (|ue Vallée éci-ivail celle « Réponse », un de ses amis qui craignait, connaissanl la faiblesse de son caraclère, de lui voir garder le silence, improvisait une pièce dans laquelle, sous le prétexte de le justifier du reproche d'ingratitude formulé contre lui par le prisonnier de la tour de Montgommery, il lui fail prononcer une sorte de plaidoyer^ réfutant les dires de son accusateur :

Alexis je voy bien que la triste fortune,

Et les rudes assauts dont le Ciel t'importune,

Me (levroient esmouvoir à te donner la main,

Sans te laisser tomber sous un joug inhumain :

Mais n'est-ce pas assez de répandre des larmes,

Pour mouiller ton buschcr, et comme par des charmes,

Esleindre le flambeau dont l'Amour otrensé.

Que les traits de tes vers ont luy-mesme blessé,

Allume dessous toy pour les réduire en poudre,

Afin d'en eslancer les carreaux de sa foudre ?

Si ce feu ne craint pas un déluge de pleurs.

Et qu'au vent des souspirs, tesmoins de mes douleurs,

(i) Ou le mécliaiil \\l do manière à se currigor ou il vil de laçou ifue par lui le bon soit mis à l'épreuve.

Celte Réponse de Des Harreaux l'ut imprimée en \()ïi. S. I. et s. n. de lib.. petit in-8 de i H", et i4 p. cliiir. Elle a été réimprimée avee (jnelques variantes insi<rniriautes dans le Recueil de toutes les pièces de Tliéopliile commençnns à l'arrest de la Cour... S. u. de lib. et s. 1., iGa'i. In-12 fVoir Le Procès de Théophile, T. II, p. 270).

(2) Thyrcis à VaJ'Jlujé Alexis, ou ù Théophile pénilenl.

LA VIE 11E DES BAUUE.VUX. iG^S

Cet ai'daiil IMile^xMoii où Ion idole nage S'enfle te menaçant toy-mcsme tle nanfrage, Qnel remède à les maux '? quoy ])Our le garantir \i\ moses exposer aux coups du repentir? Te plaignant que vers toy mon courage est de glace, Mesmes dans le brasier lu veux que je t'embrasse? Alexis c'est ainsi que je le suis donc cher ? Tu brusle d'amitié, mais c'est dans le buscber : Par tout ailleurs je voy ton aine eonveitie Es marbres les plus durs de la IVoide Scythie. Quand 1 astre malheureux qui sccondoit le jour, Que gémissant tu vins à ce mortel séjour, Âui'oit de ses rayons éclairé ma naissance, Et corrompu mes sens de sa noire influence, Plus qu'un monstre dcnfcr me rendant odieux, Aux hommes de la terre et aux Anges des Cieux, On ne verroit pourtant ma veine ensanglantée Par des vers si picquans purger ma renommée. Si mon cœur bondissoit. en vuidant ses Immeurs, Je ferois voir au jour mes innocentes mœurs, Au cristal doux coulant de la saincte fontaine. Puis noyerois dedans les chaleurs de ma peine. Comme Arion j'irois au port de mon salut, Coulant dessus les eaux à cet air de mon lut : 0 Dieux ! qui présidez à la vague profonde Moderans les ardeurs du bas centre du monde. Trempez ce mont Gibel par Vulcan alumé. Et ne permellcz point que j'y sois consumé ! Mmphes de l'Océan, affables jNére'ides, Pressurez dans ce feu vos beaux cheveux humides. Et de vos vases d'or y respandant des Ilots Achevez de l'esteindrc au vent de vos sanglots ! Tritons aux pieds aislez, trompettes de Neptune, Rai)pellcz du busclier mon heureuse fortune ; Ainsi mon cher Phœbus reposant dessous l'eau, iN'éblouysse vos yeux des rais de son llandjeau, Et ne vous face point sentir dans vostre gouffre, La chaleur des tonrmens que l'on veut que je souffre.

LA VIE DE DES lîAUREAUX, 1628 gS

Je n'ay desadvoiié le pouvoir immorlel.

Ny pour défier Dieu présenté le cartel :

Hé ! quel monstre eust jamais une âme si farouche,

Mon cœur serait-il donc dementy par ma bouche,

Complaisant à l'humeur de ce siècle de fer.

Qui n'a pour son objet que les couleurs d'enfer.

Ay-je peint mes cahyers de la couleur bourbeuse.

Qui distille du sein de la nuit ténébreuse ?

Non, ce mortel poison dégénérant en vers

N'a corrompu mes sens par ses effccts divers.

Vous qui ne caressez qu'une Muse folastre,

Et dont l'amour après ses beautez idolâtre.

Levez ores vostre œil de dessus ses escris

Et prestez vos oreilles aux accens de mes cris :

C'est assez adorer Venus et sa puissance.

Fléchissons les genoux devant la pénitence,

Hermite retiré dedans un antre creux

Je ne pais mon esprit que de pensers affreux.

De croix et dossemens, et de tombes fatales :

Venez de toutes parts matières sépulchrales ;

La mort est maintenant l'Apollon que je fuis,

Parmy la triste horreur des mânes où je suis :

L'archer au dos aislé d'autant qu'il ne voit goutte

Ne me trouvera point sous ceste noire voulte ;

Ou s'il vient en oyseau funeste de la nuict.

Mes larmes esteindront son brandon qui me nuit.

Je le tiendray captif dans ce lieu solitaire

Où le silence apprend aux Ombres de se taire.

Et je donneray lors cet exemple à la Cour,

D'avoir avant ma mort triomphé de l'Amour.

Après avoir esteint ses ardantes flamesches.

En vain contre mon cœur il dardera ses flesches :

La guerrière Pallas sous qui j'ay tant vescu ^

Pour remparer mon sein m'a preste son escu.

Détestable avorton d'une mère félonne

Je te veux o|)poscr le chef de la Gorgonno :

(i) Celle allusion s'appliciuerail plulôL à Tlu'ophilc qu'à Des lîarreaux

9^ L\ VIE DE DES BARUEALX, lÔsS

PIcust au Ciel que ses yeux te v(3yant approcher T'eussent roidy le corps en un triste rocher ! Tu n'yrois à tastons de tes mains enfantines, Espiant les destours des mortelles poictrines : Au lieu que maintenant tu nous viens attaquer Pour te faire venir il faudroit t'invoquer, Et mes vœux espurez au feu du sacrifice Emhrassans la vertu detesteroient le vice : Mais quoy ? tu ne crains pas les funestes regards Que ce fier Basilic lance de toutes parts ? Leur trait plus acéré de sa pointe ne passe Ce crespe délié qui t'ombrage la face : Pourtant si Jupiter m'arrache de tes mains Je ne suivray le cours du reste des humains ; Je défie ton arc, ton adresse et tes ruses Trop foibles contre l'art d'Apollon et des Muses ^

Ni le fond ni la forme de ce plaidoyer ne trahissait la main de Des Barreaux, Théophile était édifié sur la valeur morale de son disciple. Bien qu'il l'eût reconnu dans son odieuse « Béponse », il était disposé à lui pardonner sa félonie, sachant que le danger passé il reviendrait à de meilleurs sentiments. En attendant des amis inconnus du prisonnier prennent sa défense dans deux autres pièces :

La première est trop étendue pour être donnée ici. Voici le déhut des « Souspirs d'Alexis »,

Maintenant que je voy ton nom mis au pillage, Et que chacun se plaist à te picquer d'outrage, Je me veux tesmoigncr en ton adversité De tes meilleurs amis encor inusité

(i) Recueil de toutes les pièces faites par Théophile, depuis sa prise jusques à présent. Ensemble plusieurs autres pièces faictes par ses amis à sa Javeur, et non encores veuës. Avec une Table où sont mises les pièces toutes par ordre ; comme il se peut voir en la page suivante. M.DCXXIV, p. 209 et suivantes (Bibl. nat., Ve 7633).

LA VIE DE DES B.VIlUE.Vl \. iCy.).^

Ne pouvant point souffrii- qu'on tienne en ton absence

Tant (le ])ropos de toy remplis de mesdisance,

Et que si le destin peut Joindre nos esprits

Que je te sois conjoinct par ces vers (pic j'escris...

Le miel de tes chansons, la douceur de la lyre Pourroit vaincre ton sort si tu le voulois dire, Mais que ne le veux-tu, comme fii autresfois, Ce charmeur des esprits, le chanter de ta voix...

Deux strophes visent paiiieulièremeul Des Barreauv

Et mesme Ion Tircis que lu prcsumois eslre Le plus entier amy que tu peussc cognoistre, Tircis qui te voit bien captif dans la prison Et ne se soucie pas d'en avoir la raison,

Mais que seul incogiieu fasclié de ton desastre Je prenne ton parly afin de le combattre : Sçache aussi de Tircis qui t'a promis la foy Que la voix est en luy, et les elTecls en moy...

La seconde est très courte :

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