‹ Disciples et successeurs de Theophile de ViauChapitre 50 sur 96 · LE SONNET DU PENITENT EST-IL DE DES BARREAUX · texte numérisé non relu

LE SONNET DU PENITENT EST-IL DE DES BARREAUX

Examinons successivement pour Des Barreaux :

i" Les circonstances de sa vie qui justifieraient ce sonnet; 2° Les témoignages contemporains ; 3" Son talent poétique.

L'inconsistance ou, si on aime mieux, les variations des idées philosophiques du disciple de Théophile est suffîsamment établie par Saint-Pavin (voir son épig-r. déjà citée, p. 3 19) et par d'autres témoins,

d'après Tallemant des Réaux ^ :

(( Il a tousjour? este impie ou libertin, car bien souvent ce n'est que pour faire le bon compagnon. II le fit bien voir en une grande maladie qu'il eut ; car il fit fort le sot et baisa bien des reliques. Quelques mois après, ayant oviy un sermon de l'abbé de Bouzez (Bourzeis, de l'Acad. fr.), il lui fit dire par Mad. Saintot qu'il vouloit faire assault de religion coutre luy. Je le veux bien, répondit l'abbé, à la première maladie qu'il aura ».

et Nicolas Chorier 2 :

« Je ne sais pas s'il y eut jamais homme plus illustre ou plus diffamé. Esprit audacieux et téméraire, sans constance comme sans courage, il mêloit le ciel et la terre, contempteur des dieux par une molle et lâche dissimulation, c'était un véritable Capanée. Tout cela n'était que feinte, car pour peu qu'il réfiéchil, il tremblait. Ce Dieu qu'il niait dans ses discours mensongers, à la moindre crainte il l'adorait en suppliant. En pleine santé, il délirait. Il se mentait à lui-même et n'avait nulle foi en son imposture. Il s'en imposait à lui-même à bon escient et à dessein. »

Des Barreaux a-t-il subi une de ces crises physiques ou morales, une maladie grave où la foi des jeunes années reprend

(i) Historiettes, t. IV, p. 48 del'éd. donnée par I\iuliti I\iris. (3) Vie de Pierre de Baissât (en latin), 1G80, in- 13.

324 APPENDICE : VOLTAIRE ET DES BAUllEAUX

soiKlaiiuMîicnl son empire? Celte crise, celle maladie, Guy Patin raniionceclaiis sa iellrc du 28 mai 1G6G (voir p. 23o),el le 18 juin suivant, il iusisle (voii- [). 9.'My). Vn an et demi après, le sonnet du Pénilenl est imprimé dans la Seconde partie du recueil de pièces galantes en prose et en vers, de Madame la Comtesse de La Sa:e et d'une autre dame, comme aussi de plusieurs et dijjcrenls autheurs. Paris, Gabriel Quinet, 1608^ sous le titre ; Sonnet du sieur D*' B*** en mourant. Le rapprochement des dates est sug-gestij'. les initiales sont probantes. Loménie de Brieime, trois ans plus tard, en iliyi. l'insère, on l'a vu, dans le t. I d'un Recueil de poésies chrétiennes et diverses... avec, celte fois, le nom de Des Barreaux en toutes lettres -.

A quelle source les collecteurs de ces recueils allaient-ils s'approvisionner de pièces inédites ? Sinon dans les nombreux manuscrits oij les curieux du xvii" siècle copiaient les poésies qu'on se passait de main en main. La [)lupart de ces manuscrits sont venus s'échouer dans nos grandes bibliothèques |)id)liques : Bibliothèque Nationale, Bibliothèque Afazariiie, Bibliothèque de rAr.senal, Bibliothèque Sainte-Geneviève. Nous les avons compulsés avec soin ; beaucoup renferment le sonne! du Pénitent, quelquefois sans signature, souvent avec celle de Des Baireaux, jamais avec celle de l'abbé de Lavau ou d'un autre auteur. N'estce pas là une présomption favorable à l'égard de Dos Barreaux? Mais une présomption ne vaut pas un témoignage direct, celui d'un contemporain, d'un ami par e.vempl:;. Eh bieii ! ce lémoignage, Boursault, l'adversaire de Boileau, va nous le f;)uriiir sous la forme d'une lettre adressée à Des Barreaux reproduisant ce sonnet et dans la(pielle il rappelle que Des Barreaux lui ayant « témoigné de si Jjonne heure toute la tendresse et toute la bonté d'un père, il embrasse avec avidité la première occasion qui se présente de lui marquer toute la reconnaissance et tout le respect d'un fds » et plus loin : « Ce fut vous (je m'en fais trop d'honneur pour le cacher) qui me trouvâtes le premier des dispositions à la poésie ; la vôtre me servit de règle pour y réussir... »

(i) L'achevé d'inipriiiicr csl du 3i déccriibie i(W)7. Lo .sonnet du l'énilciit est à la page ia3.

Celle letlrc est décisive'. N'omellons pas une dernière preuve venant d'un homme traité par Voltaire de u philosophe judicieux, éternel honneur de la raison humaine » : Dans l'article Des Barreaux de son Diciioimaire crilique (i'« édition, 1697) compose sur des mémoires qui lui avaient été communiqués, Pierre Bayle est non moins affirmatif : « Il avait fait un sonnet dévot deux ou trois ans avant sa mort (il fallait écrire sept ans) qui est connu de tout le monde et qui est très hcau. »

Le talent poétique de Des Barreaux étant hors de question après nos citations, le sonnet du Pénitent n'a donc pu être écrit que par lui.

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