POURQUOI VOLTAIRE AT-IL RETIRÉ A DES BARREAUX LE SONNET DU PÉNITENT
Enfin on remarquera avec quel dédain Voltaire parle de ce sonnet, il avait été devancé par le soporifique Marmonlcl, l'auteur des Incas. Ne réveillons pas Marmontel ! Le jugement de Voltaire est de parti pris ; en chicanant la forme, il veut atteindre le fond : pour lui un sonnet religieux est un sonnet détestable. Et ce sonnet, un libre-penseur l'aurait commis I Hypothèse inadmissible. Un libre-penseur non athée ne retombe pas dans les absurdités du christianisme, quand la « divine raison » s'est manifestée, elle ne nous abandonne plus. En refusant à Des Barreaux le titre d'athée. Voltaire demeurait dans la logique, il combattait les d'Holbach, les La Mettrie, les Toussaint, les Helvétius, qui marchaient sur ses traces non parce qu'il était leur adversaire — une nuance les séparait — mais par crainte de la concurrence ; il ne devait exister qu'un Voltaire ! Jérôme de Lalande, le célèbre astronome, un des intimes du philosophe, athée déclaré, n'a pas hésité à le faire figurer dans son u Supplément au Dictionnaire des Athées » de Sylvain Maréchal : « Je l'ai beaucoup connu, depuis 1701 jusqu'à sa mort et je suis certain qu'il élail alliée.
(i) Lettres nouvelles de M. Ihnirsault, 1O97, in-1.7, p. a4. .Nous avons loproduil cette lettre p. 234.
326 APPENDICE : VOLTAIUE ET DES HAUUEAUX
Madame Denis, sa nièce, me l'assurait, mais il ne voulait pas qu'on en parlât ; il regardait la crovancc d'un Dieu comme nécessaire aux hommes ' »
Voltaire a travesti la physionomie de l'Illustre débauché, de l'athée il a fait un déiste ; le sonnet du Pénitent le contrariait, il le lui a enlevé ; la lettre de l'abbé de Lavau, si elle a existé, servait son dessein, il s'en est emparé sans scrupule ; mais le sens critique du Patriarche de Ferney était trop aiguisé pour qu'il y ajoutât foi. A-telle existé ? ÎNous en doutons ; il a dû l'inventer. M. Faguet assure que Voltaire u ne ment jamais, n'invente rien... ». L'exception ici confirmerait la règle.
F. Lachèvre.
(i) Voici la suite delà notice de Lalande :<( .... J'ajouterai quelques passages de Voltaire à l'appui de mon assertion. « Quand il faut rendre son corps (dit-il) aux éléments, et ranimer la nature sous une autre forme, ce qui s'aplîclle mourir ; quand ce moment de métamorphose est venu, après avoir vécu une éternité ou avoir vécu un jour, c'est préclsénienl la même chose. » (Mlcromégas)
Est-ce là ce rayon de l'essence suprômo, Que l'on nous peint si lumineux, 11 naît avec nos sens, croit, s'afToiblit comme eux. Hélas ! périra-t-il de même.
Voltaire disait à un poëtc qui lui demandait son opinion sur Dieu : « Croyez en Dion, il n'y a rien de plus poétique. " (Montlinot (sir), probablement l'abbé Moussinot (l'ancien homme d'atTaires de \ oltaire) me l'a assuré. (Catalogue des auteurs qu'on aurait pu ajouter au Dictionnaire des Athées de Sylvain Maréchal). (Bibl. nat., Z 29^06).