‹ Disciples et successeurs de Theophile de ViauChapitre 73 sur 96 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

SAINT-PAVIN ET MAD"" DE SÉVIGNÉ. MAKCASSLS ET SAl.NTPAVIN

.SAI>T-PAVIN ET MAd"' DESIAIIDINS.

(iGOa-iGOâj

L'aifection de Saint-Pavin pourinaclanie de Sévigné se reportait sur sa fille, qu'il avait vue grandir. En i66a, à quatorze ans, mademoiselle de Sévigné annonçait devoir être une fort belle personne, plus belle encore que sa mère et elle réalisa ])leinemenl celte j)romesse. Au teint éclatant d'une blonde, elle joignait les traits les plus réguliers, une taille svelte aux formes gracieuses ; elle montrait une intelligence prompte et facile. Elle écrivait non seulement sa langue, mais encore avec une grande pureté la langue italienne, elle savait un peu de latin et, selon la coutume de cette époque, parmi les femmes d'un certain rang, de ne pas rester étrangères à tout ce (pii faisait l'entretien des hommes, elle apprit la philosophie de Descaries dont on s'occupail beaucoup alors. L'application qu'elle apportait aux éludes sérieuses n'avait [)oint nui à l'ac([uisition dv taleids niaux arts d'agrément. Elle evcellail surtout dans la danse... Mademoiselle de Sévigné a domié uiu' |)reuve

^OS LA VIE DK SAlNr -PAVIN. l()G2-l()()5

(le ])lus ([uc la hiNiiilr cl la suprriorilr du savoir ne suflisonl pas seules pour laii-e iiaiire les fraudes passions, (pie radiiiiralioii ne produil pas toujours la leiidresse et que Tesprit et les\eu\ peuvent être salislaits sans (jue le cœur soit touclié ' —

Avec le caractère indillérent de sa lille, madame d(^ Sévigné pouvait laisser le bon vieux Saint-Pavin Faduler à son aise sans en redouter les suites, les mots un ])eu expressifs perdaient leur loi'ce en tond)anl aux pieds de cette Jeune déesse dci marbre. Ils se confondaieid (Tailleurs avec les liommages (pii lui venaient de toutes parts. \)cs i()G3, à quinze ans, elle était atlmise à danser avec le Roi dans le Ballet des Arts, la (kizetU- de Loret l'annonce le '20 janvier lOBS :

Sevigny, pur qui rassemblée Etait de incrvoille comblcc, Chacun paraissait enchanté De sa danse et (Je sa beauté.

Fille jeune, fdle brillante, Fille de mine ravissante, Et dont les jolis agréments Charment les cœurs à tous moments.

On ne peut disconvenir, (Yvi W alckenaer, qu'en lui faisant déployer toutes ses grâces et tous ses attraits aux yeux (Tuu iu()nar(pie facile à enllanuneret (îu les produisant de si boime heure au milieu d'une cour voluptueuse, madame de Sévigné ne s'abandonnait ])as avec trop peu de

(i) Walckenacr : Mémoires loiirhanl ht vie cl les érrlls de la marquise de Sévigné, Tome II, p. 3a2 et 323.

LA VIE DE SAINT-PAVIX, 1 662- 1 665 'iOQ

priidoiico auv jouissances de ror^ueil iiiatei'uel. Heureusement pour elle et pour sa lille. la ])rédiction du marquis de Tréville : « celte beauté brûlera le monde » resta lettre morte.

Mademoiselle de Séviyné figure encore dans ce Bulki des Arts qui fut rejoué en i()()/i, dans les Amours déguisés en février de la même année et en iGG5 dans celui de la Naissance de Vénus.

Au milieu d'un ])areil tom'hillon d'honneurs et de jdaisirs, le pauvre Sainl-Pavin riscpiait auprès de mademoiselle de Sévigné ses déclarations les })lus vives, elles distrayaient Iris et la déridaient un instant ; il est certain que notre épicurien s'en contentait puisqu'il ne s'est pas lassé de se répéter juscpi'au mariage de Françoise-Marguerite avec le comte de Grignan.

Il écrivait de Livry à mademoiselle de Sévigné :

L'autre jour, chagrin de mon mal, Me promenant sur mon cheval, Sur le bord des vertes prcdries, J'entretenois mes resveries, Qucuid j'apperçeus vostre moisneau Sur le hautt d'un jeune arbrisseau, Beaucoup moins (juay que de coustume.

Il avoit le bec dans sa plume, Comme un oiseau qui tcuiguissoit Loin de celle qu'il chérissoit.

Je l'appeltay comme on t'appelle.

Il vint à moy luiflant de t'aisle, Et sur mon bras s'estiuit lancé.

Je le pris, et le caressay ; Mais après faisant le colère, Je luy dis dun ton plus severe :

4 10 LA VIE DK SAIM l>AVI\, l(JG2-lG65

Ai>}>rc/u': moi, jk-IU fripon,

Ce qui vous Juif quitler Mduon

Ah ! nie (Util on son langage,

Ma belle niaislresse à soti âge

S'oJJense cl ne pcal Irourer bon

Qu'on i appelle cncov de ee nom.

Je sray que vous l'ave: eonnue,

Mais loule autre elle est devenue :

Son esprit qui s'est élevé

Plus que so/i corps est achevé.

Il est bien Juste qu'on la traille

En fdle desjà toute J ait te :

Elle entend tout à deniy-mot,

Discerne l'habile du sot ;

Et sa imunan seule attrapée

La croit e ne or fdle à poupée.

Tous les nudins dans son miroir

Elle prend plaisir à se voir,

Et n'ignore pas la manière

De rendre une âme prisonnière.

Elle consulte ses attraits,

Sçait desjà lancer nulle traits

Dont on ne peut plus se dejjc/idre.

Pour peu qu'on s'en laisse surprendre.

Depuis qu'elle est dans cette humeur

Elle m'a banni de son cœur,

El ne m'a pas cru davantage

Un oiseau digne de sa cage.

Désespéré j'ay pris l'essort,

Résolu plustosl à la mort

Qu'à voir une ingratte maistresse

N'avoir pour moy soui ny tendresse.

Je sçay que vous l'aimez aussy :

G(U'de: qu'elle vous tndtte (dnsy,

Elle est finette, elle est accorte,

El n'aime que de l)onne sorte.

Cejut ainsy qu'il me parla.

Puis aussy tosl il s'envola.

LA VIE DE SAIN'r-l'AVI.N, iGÔ'i-lGGÔ ^ri

Tout lui était prétexte pour reatretenirde souauiour... platonique :

La jeune Iris n'a de .soury

Que pour le jeu du reversy,

De son eœur il s'est rendu maislre.

A voir tout le plaisir qu'elle a

Quand elle tient un quinola,

Heureux eeluy qui pourroil l'estre '.

Elle fait des vœux pour l'avoir, Sitost qu'il est en son pouvoir.

On la voit rire et pasmer d'aise ; Elle le baise, elle en fait cas, Et l'innocente ne sçcdt pas Que c'est un valet quelle baise.

Il en est mieux receu qu'un roy, Cependant s'd vient seul, je voy Qu'elle en rougit et se chagrine, Et tousjours jalouse de luy.

Elle tesmoigne de l'ennuy Sitost qu'il est chez sa voisine.

Alors il se cache, il la fuit.

Par vengeance elle le poursuit Et le force avant qu'il se donne; Mais quand il rentre en son devoir, Trop heureuse de le revoir Elle le JJatte et luy pardonne.

Son cœur doiblAl nous eschapper ?

Amour, fais pour la destromper

Qu'elle eût d'autres amans enfouie :

La belle au chcuige gagnera.

Le frippon ne luy donnera

Tout au plus jamcds qu'une poule.

4ii> i.A vii: v\L sAi.M-i'A\ IN. 16G2 lGG5

l.a jcimc lillc vantail maliciciisiMnciil les vers (juc

(l'aiilivs Lialaiils lui cmoN aient, sachant (|n'il en lémoi-

iiiicrait (In dépit, clic pi'cnail plaisir à cette pelile et

iinioci'iile ta(piinerie :

Silos/ qu'im sraïuiiil vous envoie (Jneù/ne prodiirdoii d'espeil.

\()ii.s me le moiilre: nvee joie, El croïe: me faire despil.

Je ne me pùjue jioiiil d'escrire, J'y veux renoncer dcsornuds, El même j'oublirols à lire Si vous ne ni' escririez Jamais.

Le mélier d'escrire esl Iroj) rude Pour des (jens un peu paresseux.

Des plaisirs Je J'a'is mon cslude, Je lie Iravaille que pour eux.

\ous croire: qu'un peu trop hardie Mon ignorance se fait voir ; Mais, Iris, qui vous esludie Est en cslal de tout sçiiroir.

Voici main tenant comment il rinterpellait :

Iris, qu'estes-vous devenue ?

En vous perd(uil Je perds de veuë Mes j)l(nsirs (jui sont les jiius doux ; Prenez garde à ce que vous /ailes, Et sçachez que Je suis Jaloux ; Je ne suis pas moins où vous estes Que quand J'eslois auprès de vous.

\ Oslrc .mille mal asseurée \'ous a d'avec nous séparée, Je compastis à vostre mal ; Donnez à ma longue souffrance Un sentiment qui soit égal, Et ne souffrez point que l'absence Me puisse couster un rival.

L\ VIE DF. SAINT-PAVIN, lGG2-l665 ^l 1 3

Je redoute ros/re inrrile.

Plus il est (jrdiKl. plus il m'a'jile

Et tient mon esprit al/irnif'^ ;

Un eœur noble comme le rostre

Se rend si digne d'estre aimé

Que je tremlAe toiisjoiirs qu'an autre,

Autant que moy n'en soit cltai'mé.

Pour Jlatter ceste inquiétude.

Retiré dans ma solitude Je consulte ma passion ; Et voùi ceste vieille insensée Chez vous non scms présomption, Se tenir trop récompensée D'y trouver peu d'aversio/i.

Ceste bonté qu'en vous J'admire Fcdt que sans désirs Je souspire ; Si les fjalans n'aimoient qu'cdnsy^ Les renionstrances d'une mère Et de quelques oncles aussy, Quoyque Jaittes d'un ton severe Vous do/ineroient peu de soucy.

Desprenez vous de leurs chimères, Ce beau don de tant de lumières Que le Ciel vous a desparty Devroit vous ajjrancldr des chaisnes Dont rostre esprit assujetty A desjà soujfert tant de peines ; Il est temps de prendre pariy.

Aime:, Iris, quand on vous aime.

Avec une consternée extresme Et le respect qui vous est deu ; Alors aisé me id on demesle, Pour peu que le bon sens ,soit cru, Ce qui n'est qu'une txujidelte De ce (ju'on doit tiomincr vertu.

Les senliincns (/ne la iKihirc

Inspire à toute crcdiurc

On! esté siiieis de loul lemiis :

Qiioy(/ii'(>n vous dise le conlruire

Lu n'volle eonfee /es sens

Est un purty </ue d'onlinfdi'e

Prennent fort peu les jeunes gens.

TuiuUs (jue les (jj-àees s'empressent Autour <le vous, et vous earessent, (scz bien de tous leurs allrails, Elles lùnment que lu jeunesse :

L'esprit (pu vient tousjours après l\e peut seul, avee son adresse, Faire auhud redouter ses traits.

Mais Dieux ! quelle est ma frénésie !

Je reviens à ma jalousie, .Je ne seais plus ee que je l'cux ; } ous presehanl en nouvel apostre, Peul-estre eon traire à mes vœux.

Je travaille à meslre quelqu autre Dans le chemin des hienlieureux.

Madame (\(' Sé\ i<iné oi sa iillo occiipaiiMit à ce point sa

pensée (ju'il ne pouvait s'empêcher cl'eji entretenir ses

amis :

Hier, nous traitlasmes tout le jour Les questions les plus sublimes Et nos esprits dans ses abismes Se conj'ondirent sans retour.

L'un y tomba dans l'Iu'résie,

L'autre ^

N'osa dire son seidiment.

iJfunon, Jermons celle carrière ;

fi Lo copisic ;i p.'issc' Cf vors.

LA VIE DE SAINT-P.WIN, i6G2-iG6j

Le plus docte en celle malière S'explique forl obscurément.

Parlons tanfost de bonne foy Des merveilles de la nature ; Iris et Clarinthe ' ont de cjuoy Fournir un entretien qui dure.

De ces jeunes divinitez Nous connaissons les vérité:.

Sans nous en faire une chimère ; Elles tomljent dessoubs nos sens, Et lafdle ainsi que la mère, Méritent seules nos encens.

Pid'i'C tie Marcassus, l'anii de Saint-Pavin et de Des Barreaux, qui veuait de perdre sa chai'ge d'iiistoriograpbe du roi — elle eonstituait toute sa fortune — ne manque pas de dédier à Saint-Pavin une des odes de sa « Libre version des Odes et des Epodes d'Horace » dont rachevé d'imprimer est du 3o janvier i664'. Les 8.000 vers de cette (( Libre version », composés en deux mois par un vieillard de quatre-vingts ans, se ressentent beaucoup et de l'âge de Fauteur et de la rapidité de l'exécution.

Saint-Pavin est lionoré de l'ode XIII du quatrième livre, nous nous refusons à croire que Marcassus y ait mis quelque malice :

Ayant par tes rigueurs ma constance lassée, Les Dieux ont à la fin ma prière exaucée,

(1) Madame do Sé\igii(' cl sa fdlo.

(3) Voir p. 2<3 pour l'ode adressée à Des lîarreaux.

LA VIE DR SAI>T-PAVI>, l6G2-l665

Lize. lu deviens laide cl n'as j)lus lioii eu toy.

De toutes grâces depouiveuë

Qui puisse plus charmer ma veuë, Bien loin de m'imposer aucune injuste loy. Quoy (pi'il ne soit plus temps de faire la cruelle,

Tu veux que l'on te trouve belle ;

Tu bois, tu chantes, et tu ris, Comme si ton ardeur vainement irritée ^'e sçavoit pas encor que l'Amour t"a quitée, Et qu'il dori dans le sein de l'aimable Cloris.

De ce Dieu tout puissant l'éternelle jeunesse Ne sçauroit compatir avecque la vieillesse. Ce qui panche à la fin ne fait plus son plaisir,

Rien ne l'arreste et ne l'attire

Que ce qui vit dans son empire Par SCS rares appas dignes de son désir. La noirceur de tes dents Adlaincs et gastees

De puante odeur infectées,

Les rides creuses de ton front, Et la neige dont l'âge a ta teste semée : Enfin tout ce qui fait que tu n'es plus aimée Par sa suite te font un incroyable aflVont.

A quoy bon ces atours si pompeux et si rares

Dont avec tant de soin tous les jours tu te pares ?

Ces perles d'Orient que font-elles pour toy i* Le temps ne peut il pas l'apprendre Que son pouvoir ne sçauroit rendre

Ce qu'il osle à nos ans par son injuste loy ?

Cette extrême beauté des mortels si connue Lize, qu'cst-elle devenue !> Où sont tous ces appas charmans ?

Ces yeux si pleins d'atlraits : ce brillant teint de roses ?

Enfin le doux esclat de tant de belles choses

Dont sans peine autrefois hi charmois tant d'jVmans ?

Dy moy donc, Lize. enfin qu'as-lu, qu'as-tu de celle Qui pour cslrc aulrefois si galante cl si belle

LA VIK DE SAIM-1'.VMN. 1 GG'i(-1 005 ^17

Faisoit naislre et mourir tant d'Amours en tous lieux ?

De celle dont la seule envie

M'avoit la liberté ravie ?

De celle que domptoit les hommes et les Dieux i' De celle que moy-mesme à moy-mesmc contraire

Je prêté roi s après Glycere

A loulc autre rare beauté ?

Et de qui les attraits, et les charmes visibles, Quoy que malicieux, arogans, et nuisibles Se faisoient adorer mesme en Icui' cruauté.

Voy combien le Destin que nos desseins renverse A rendu de vous deux la fortune diverse, L'adorable Glycere a vescu peu de jours ;

Mais les Parques inexorables

De ses bcautez incomparables Qu'en la faisant mourir n'ont pu borner le cours : Pour toy dont leur rigueur mesprise les merveilles

Tu vivras Tàge des corneilles.

Et descendra tard au tombeau, Afin qu'en tes vieux ans nostre Jeunesse voye, Non sans rire beaucoup de ta fragile joye, De ton ardeur lascive esteindre le flambeau.

Chez madame de SéviGiié, au Marais, Saint-Pavin est amusé par Hortense Desjardins ' ; belle, spirituelle et sans scrupule, elle avait tout pour plaire à un vieux jjarbon capable de la payer de ses chatteries en monnaie de poète. Pour la remercier de Tenvoi (pi'elle lui avait fait de ses

(i) Sur inadcmnisollc Dcsjardins, plus conmic sons lo nom fie iiiadamc ili' MUcdicii, lire l'ouvrafro do M. Kniile Ma;.me, édilô en ujo; : M(ul<unc de \ illcdien, iGS'î-iey?, qui ost lo travail lo plus complot qui ail été publié sur coltc femme galante du wii'' siècle. Voir sur ses relations avec madame de Sévigné, p. o.v.i et suivantes.

/, l8 LA VIE DE SAlNT-l'AVIN. iGGa-lGÔS

poésies, Sainl-Paviii lui dcslino le in.i(li-i,ual suivaiil, il est probable (|ifil la |)ria <l(' nv |)as le iiioulrer à niadenioiselle do Sévigné :

Plus Je relis ce (/ne vous Ja il es.

Plus Je eonnois ee (jue vous eles.

Il ne fdul (jue vous me lire en Iruin. Tout le monde, Iris, vous udmire, Si les Dieu.r se nidoienl d'écrire, Ils emprunleroieid voire mnin, Vous faites des choses si belles.

Si justes et si naturelles.

Que rostre style est sans égal :

Sans cesse je vous estudie, Qui peut estre votre copie Passe pour un orijinal '.

Hoi'lense Desjardiiis n'étail ([iTun iiiterniède i)ientot oublié. Au contraire ral)seiu'e de luadainc et de iiiadenioiselle de Sévigné bii pesait. A la lin de Fanuée t()()5 il leur demaiid*^ de revenir au i)lus lot à Pai'is ' :

Paris vous denunide justice :

Vous Hn'e: <}uilté par caprice ; A 'juoi bon de bnd J'aconner ?

Marquise, il y J'aul retourner.

L'hiver approche, et la canipay/ie, Et surtout celle de Bretagne,

(i) Ce iiiadrig.'il dont Hichclel n'a pascoiimi l'aulcur a été adresse, dit il, pai' un de SCS galants à mademoiselle Desjardins {Les plus belles lettres françaises, Tome I, 1G98, Vie de mademoiselle Dcsjardiiis). 11 est de Sainl-Pavin (Bibl. nat., Ms. fr. 1O097, Nouv. acq. fr.. Vers de Saint-Pavin), nous l'avions reproduit avec d'autres poésies inédiles JÎans notre Dlbliotjraphie des recueils de poésies. Tome III.

(3) Paulin Paris a daté {elle pièce de fin iGGô et c'est ponrciuoi nous la plaçons ici, nous la croyons cependant antérieure à celle date, vers 1O57, si on en juge par les termes que Saint-Pavin emploie à l'égard de mad"" de Sévigné.

LA VIE DE SAIM-I'AVIN, l6G2-l665

lYesl pas un uiiimble séjour

Pour une dame de la Cour.

Qui vous retient ? Est-ee paresse ?

Est-ee ehagrin ? Est-ee finesse ?

Ou plustosl quelque métayer

Devenu trop lent à païer ?

De vous revoir on meurt d'envie :

On languit iey, l'on s ennuyé ;

Et les plaisirs déconcertez

Vous y cherchent de tous eostez.

Vostre aljsence les désespère ;

Sans vous ils n'oseroient nous plaire.

Si vous estiez iey, demain

La Cour quitteroit Saint-Germain ;

Et les Jeux, les Ris et les Grâces,

Qui marchent tousjours sur vos traces,

Y rendroient l'Amour désormais

Plus galant qu'il ne fut jamais.

Ce discours , fait (} des coquettes,

Leur passeroit pour desjleurettes.

Pour vous, jugez-en autrement:

Je suis amy, sans estre amant.

Ceux qui me donnent plus de gloire

Ont quelquefois peine à le croire.

Lorsque je pris congé de vous,

IVostre adieu me fit des jaloux :

Iljut si touchant et si tendre.

Que mes yeux, forcez de se rendre,

Vous parlèrent de bonne foy ;

Vous fustes moins sage que moy,

Et cestoit gaster nostre affaire :

Nostre commerce est un mystère.

Qu'il ne Jaut pas trop expliquer.

Mais à propos, sans vous choquer, Peut-on vous demcmder, Marquise, Si quelque Breton, par surprise, N'auroit point touché vostre cœur ?

Auriez-vous bien changé d'humeur

^•20 LA vii; DK sAiM-1'AviN. iGGaiGGo

Jusqiià vous rendre rompltiLsante A leur manière peu gahinle ?

Non, vous aime: les beaux esprits ; Vous n'aurez eu que du mespris Pour ees beuveurs à rouge trogne :

Un perelus vaut bien un yvrogne.

Laissons en repos les Bretons Et revenons à nos moutons.

Le bruit eourf que vosire cstourdie, Qui depuis longtemps estudie L'espagnol et f italien, Jusques icy n'y eoniprend rien.

Est-elle lousjours mal bastie, Sans Jugement, sans modestie ?

Consolez-vous de tout œla :

Quoyque tard, l'esprit luy viendra ; Force gens disent qu'à son dije Vous n'en aviez pas danudage Et toutes/ois jusques iey \'ous avez assez réassy.

Il faut quitter ce badinage :

Vostre Jille est le seul ouvrage Que la nature ait achevé ; Dcms les autre' elle a réservé.

Aussy la terre est trop petite Pour y trouver qui la mérite ; Et la belle qui le sçait bien, Mesprise tout, el ne veut rien.

C'est assez pour cest ordinaire, Et trop peul-estre pour vous plaire :

S'il est vray, gardez le secret, Et donnez ma lellre à Loret.

(Je crois qu'en Bretagne on ignore S'il est mort, ou s'il vit encore;.

Ménagez bien nostre irderesf.

Si par hasard elle vous plaist.

Ma veine encore assez féconde Vous en promet une seconde,

LA VIE DE SAINT-PAVIN, iGGsiGGy

Oà (Cuii slyle à inoy réservé.

I\y trop bas ny (rop relevé,

J'espère vous faire cognoistre

Si Je sçay faire un coup de rnaislre,

Et le tout pour vous divertir.

Mais aussy songez à partir :

La response la plus touchante

Ne sçauroit païer mon attente ;

Tout le plaisir est à se voir':

Les sens se peuvent esniouvoir.

Tel est vieux et n'ose paroistre,

Qui vous volant ne croit plus leslre.

Travaillez donc à revenir,

Pour mieux dire, à me rajeunir.

Ce seroit une chose rare

Qu'on me mon trust comme un Lazare

Ressuscité de vosfre main :

Mafoy, la foire Saint-Germain

Me vauldroit tnen quelque pis tôle.

Tout beau, Muse, tu deviens folle K

aai

(i) Voici une pclilo pièce inédite de Saiiit-Pavin qui a également trait à madame de Sévigné et à sa fille (licc. Courait, Tome IX, in-folio, 54i8, p. 3/,i).

A M. l'Aubé de Pont-Carré

Sur une taxe ({u'on avait signifié à madame la marquise de Sévigné

MADRIGAL

Abbé tout le monde s'étonne De voir que Monsieur Ilotman, Taxe Caliste, et sa maman ; Est-ce qu'il n'exente personne ?

Elles n'ont pas eu, sur mafoy La moindre affaire avec le Roy.

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