‹ Discipline du diocèse de Québec [microforme] (volume 2)Chapitre 32 sur 59 · ELZÉAR-ALEXANDRE TASCHEREAU · texte numérisé non relu

ELZÉAR-ALEXANDRE TASCHEREAU

Par la grâce de Dieu et du Siège Apostolique, Archevêque de Québec.

Au Clergé Séculier et Régulier, aux Communautés Religieuses el à lous les Fidèles de l'Archidiocèse de Québec, Salut et Bénédiction en Notre Seigneur.

La dévotion et la confiance qui règnent parmi vous, Nos Très Chers Frères, envers Notre Seigneur Jésus- Christ dans le Saint-Sacrement de l’Eucharistie, nous donnent lieu de croire que vous accueillerez avec joie la bonne nouvelle que nous voulons vous annoncer aujourd’hui.

Nous lisons dans la Sainte-Ecriture que ce divin Sauveur parcourait les villes et les campagnes de la Judée, annonçant partout l’évangile et confirmant ses paroles par des miracles sans nombre. Heureux les yeux qui ont contemplé le Rédempteur promis et attendu depuis le commencement du monde! Heureuses les oreilles qui ont entendu les paroles de vérité qui sortaient de la bouche du Verbe Dieu fait chair ! Heureux, mille fois heureux, le peuple au milieu duquel Dieu a été vu sur la terre conversant avec les hommes ! (Baruch. III. 38.)

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Ce bonheur, N.-T.-C.-F., vous allez en jouir. Notre Seigneur est au milieu de vous dans la Sainte Eucharistie, et il va se montrer à vous successivement dans toutes les paroisses de ce diocèse durant la belle et salutaire dévotion des QuarRANTE HEURES pour l’adoration perpétuelle, que nous y établissons par le présent mandement.

Au milieu des calamités qui affligent la terre, “ notre “ consolation et notre espoir doivent se trouver, comme “ Je dit le Pape Clément VIII, dans la prière qui nous “ obtient toutes sortes de biens, pénètre les cieux, apaise “ la colère de Dieu, détourne les fléaux et nous donne ‘ part à l’abondance de la miséricorde.” (Bulle du 25 nov. 1592 pour l'établissement des 40 L. à Rome.)

A la vérité, ce Divin Sauveur ne sera pas visible aux yeux de votre corps, mais la lumière infaillible de la foi vous le montrera réellement présent sous les voiles eucharistiques. Sa parole divine ne retentira pas à vos oreilles d’une manière sensible, mais il vous parlera un langage qui, partant de son cœur adorable, ira droit à votre cœur pour le consoler, le nourrir, le fortifier et l’éclairer. C’est afin que vous puissiez mieux entendre cette voix divine, qu’un silence profond et solennel doit régner dans l’église où il est exposé.

Conformément au dogme catholique, l’Eucharistie contient véritablement, réellement et substantiellement, sous les apparences du pain et du vin, le corps, le sang, l’âme et la divinité de Notre Seigneur Jésus-Christ, qui l’a instituée lui-même pour en faire la nourriture de nos âmes, La substance du pain et du vin est changée au

Corps et au sang de Jésus-Christ, de sorte qu'après la consécration, il ne reste de l’un et de l’autre que les espèces, ou apparences, qui frappent nos sens comme avant la célébration des saints mystères,

Ce sacrement adorable est dans l’église catholique comme le centre et le cœur d’où part la grâce qui anime ce corps mystique, Par une admirable disposition de la sagesse divine, tous les autres sacrements se rapportent à celui-ci; les uns nous y préparent, les autres nous aident à en conserver et augmenter les grâces. C’est de la Sainte Eucharistie que rayonnent les bienfaits de l’ordre surnaturel, qui nous préparent à une résurrection glorieuse et à la vision de Dieu face à face, tel qu'il est (I. Jean IIL. 2.), ef dans sa propre lumière (Ps. XXXV. 10.).

Elle est aussi un vrai sacrifice, c’est-à-dire une offrande faite à Dieu en signe de notre dépendance et de notre soumission. C’est de ce sacrifice que ceux dé l’ancienne loi tiraient toute leur vertu : ils ont tous disparu pour faire place à cette ob/ation pure qu’un prophète annonçait comme devant étre offerte depuis le lever du soleil jusqu’au couchant, pour manifester en tous lieux combien est grand le nom du Seigneur (Malachie I. 11). Eu effet, rien ne manifeste mieux sa puissance, sa bonté, sa charité, sa sagesse infinie. C’est comme l'abrégé de toutes ces merveilleuses opérations par lesquelles a été consommée la rédemption du genre humain.

“ Ce que le pain et le vin produisent pour le corps, “ l’Eucharistie le produit d’une manière infiniment plus “ parfaite pour le bien et le salut de l’âme. Ce n’est ‘“ pas le Sacrement qui se change en notre propre sub- “ stance, comme le pain et le vin se changent en la

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“ substance du corps, c’est nous-mêmes, au contraire, “ qui sommes changés en la nature du Sacrement.” (Catéchisme du Concile de Trente.)

Tel est, N.-T.-C.-F,, le dogme catholique sur ce divin mystère. Figurée par les sacrifices de l’ancienne loi, prédite per les prophètes, promise et ensuite instituée par Jésus-Christ, la Sainte Eucharistie a été transmise par l’enseignement des Apôtres et des Pères, et perpétuée par la croyance générale et constante de l'Eglise Universelle. Le ciel et la terre passeront (Matth. XXIV. 89.), mais cette croyance ne passera point, car elle est appuyée sur la parole claire et infaillible du Tout- Puissant.

“ Jésus-Christ, dit S. Cyrille, a dit: Ceci est mon “ corps, ceci est mon sang ; quel chrétien sera assez té- “ méraire pour dire: Non, ceci n’est point le corps, ceci “ n’est point le sang de Jésus-Christ ! ”

Laissons à l’hérésie le triste privilège de demander, comme les Juifs incrédules (S. Jean, VI. 53.): Comment cela peut-il se faire ? Il y a quatorze siècles, Saint Ambroise répondait par ce raisonnement sans réplique : En Dieu, vouloir, parler et agir sont une seule et même chose, une seule et même puissance infinie. Dieu prononce une parole et aussitôt le ciel commence à exister ; Dieu parle et la terre est créée ; 27 dit : Que la lumière soit, et la lumière fut ; il veut et toute créature sort du néant. “ Vous voyez, continue ce saint docteur, vous “ voyez combien est efficace la parole de Jésus, le Verbe “ Divin par qui toutes choses ont élé faites (S. Jean, I. “8). Si donc cette parole a été assez puissante pour “ faire sortir du néant tout ce vaste univers, combien “ plus sera-t-elle capable de changer ce qui existe déjà,

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“ Jésus-Christ, le devienne ! ”

Pour nous, N.-T.-C.-F., nous dirons avec l’apôtre bien-aimé : Nous avons connu et nous avons cru la charité que Dieu a pour nous (I. Jean, IV. 16.) ; avec le prince des Apôtres : Seigneur, vous avez les paroles de la vie élernelle, nous croyons el nous savons que vous le Christ, le fils de Dieu (S. Jean, VI. 69, 70.) ; avec le prophète royal (Ps. XCI. 6.): Que vos ouvrages, Seigneur, sont grands et magnifiques ! Que vos pensées sont profondes et impénétrables !

Jésus-Christ, réellement présent dans la Sainte Eucharistie, entre en communication avec nous de diverses manières. Sur l'autel, il s’immole ; à la sainte table, il se donne en nourriture ; au tabernacle, il réside jour et nuit pour recevoir nos hommages et accueillir nos demandes,

Dans le Saint Sacrifice de ix messe il s’immole en notre présence d’une manière mystérieuse, maie véritable. Jésus y est à la fois le pontife et la victime: sa parole toute puissante est le glaive dont il se sert ; la charité est le feu qui le consume, Sur la croix, il a offert son propre sang pour nous acquérir une rédemplion éternelle, et ce sacrifice unique a sufi pour effacer les péchés des hommes (Héb. IX. 11, 28.). Sur l'autel, il renouvelle, toujours et partout, ce sacrifice unique, pour nous donner à la fois une marque éclatante de son amour, un moyen de rendre à Dieu un hommage digne de sa majesté infinie, et une source intarissable de grâces

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par lesquelles nous soient appliqués, dans la communion, les fruits de la rédemption consommée sur le Calvaire.

La présence de Notre Seigneur au milieu de nous ne se termine point avec le sacrifice. Ses délices sont d'étre avec les enfants des hommes (Prov. VIIT. 31.). Il veut étre avec nous jusqu’à la consommation des siècles (Mat. XXVIII. 20.). La Sainte Eglise catholique est cefte nouvelle Jérusalem toute rayonnante des splendeurs de son divin époux ; du trône de Dieu part sans cesse une grande voix qui crie : Voici le labernacle de Dieu avec les hommes. Ses enfants sont le peuple de Dieu et Dieu est avec eux. (Apoc. XXI. 8.). Dans la plus pauvre chapelle, comme dans la plus riche basilique, Jésus- Christ est réellement présent pour y accueillir le pauvre et le riche, l’ignorant et le savant, le pécheur et le juste. Tous sont. ses enfants et ont part à son amour.

A certains jours il sort de son tabernacle et demeure exposé à nos hommages. “ Alors, dit le Saint Concile “ de Trente (Sess. XZIIZ. ch. V.), quoiqu'instituée pour “ être la nourriture spirituelle des fidèles, la Sainte ‘ Eucharistie n’en mérite pas moins nos adorations, car “ nous y croyons présent le mêmé Dieu, auquel le Père “ Eternel en l’introduisant dans le monde, a dit : Que ‘ Jous les anges de Dieu l’adorent. C’est le même que les ‘“ Mages, se prosternant à terre, ont adoré ; le même “ enfin que l’Ecriture témoigne avoir été adoré par les “ Apôtres en Galilée. Il est juste qu'il y ait des jours “ de fête établis pour que tous les chrétiens puissent, “ par quelque démonstration particulière, témoigner “ leur reconnaissance pour le bienfait tont divin de la ‘ rédemption.”

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Comme vous le voyez, N.-T.-C.-F., l'audition de la messe, la sainte communion, la visite du Saint Sacrement, surtout quand il est exposé publiquement, sont autant de moyens par lesquels arrivent Jusqu'à nous les trésors ineffables que Jésus-Christ veut nous distribuer à pleines mains. © mon dme, devons-nous dire avec le prophète, bénissez le Seigneur et n'oubliez pas :es bienfaits ; il vous pardonne vos iniquilés, vous rachète de la Morë, vous environne de sa miséricorde et de sa grâce, remplit vos désirs, vous comble de ses biens. Autant le ciel est au-dessus de la terre, autant fait-il miséricorde à Ceux qui le craignent... Comme un père plein de lendresse pour ses enfants, il a eu compassion de nous.

(Ps. CII.)

La reconnaissance, N T.-C.-F., n’est pas le seul devoir que vous ayez à remplir envers Notre Seigneur, pour le bienfait immense de la Sainte Eucharistie, Vous n’ignorez pas à quels outrages il s’est exposé pour vous, non seulement durant sa passion, mais durant toute la suite des siècles, dans le sacrement de son amour. Aux blasphèmes de l’impiété et de l’hérésie sont venus se Joindre l’horrible sacrilège des communions indignes et l'indifférence hélas ! trop fréquente parmi les chrétiens de nos jours.

Vous viendrez donc, N -T.-C.-F., durant l'exposition solennelle, vous viendrez réparer par vos actes de foi et de piété, d'amour et de reconnaissance, tous ces outrages faits à votre Dieu. Que chaque paroisse, chaque famille, chaque fidèle, s'efforce de consoler le cœur adorable qui a tant aimé les hommes. Vous suspendrez un instant vos

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Vous rivaliserez de zèle pour l’ornement de votre église. Sans doute Dieu ne vous demande pas une richesse que vous n'avez point ; le ciel et la terre, avec tous leurs trésors, sont à lui; mais il demande, avant tout, votre cœur et il estime plus le denier offert avec grande bonne volonté, que les riches décorations suspendues avec froideur et indifférence.

Et croyez bien, N.-T.-C.-F., que ce divin Sauveur, qui est riche en miséricorde (Eph. IT. 4.), ne se laissera pas vaincre en générosité. Dans le Saint Sacrement, comme au ciel, 4 vit toujours pour intercéder en notre faveur (Héb. VII. 25.). Du haut de son trône, son regard bienfaisant se promènera sur chacun de vous ; sa main ne se lassera point de vous bénir; ses trésors inépuisables vous seront ouverts. Mon peuple, dit-il à Jérémie (XXXI. 12.), mon peuple viendra me louer sur

la montagne de Sion ; il accourra en foule pour jouir de mes bienfaits. Je changerai ses pleurs en des chants de réjouissance ; je le consolerai et après sa douleur, je le remplrai de joie.

Vous viendrez donc tous adorer Notre-Seigneur durant l'exposition solennelie. Que dans chaque famille tous ceux qui sont en état de se rendre à l’église, se fassent un devoir de venir offrir leurs hommages à celui qui nous a arrachés à la puissance des ténèbres pour nous faire entrer dans le royaume de son amour ; qui nous a rachetés et purifiés dans son propre sang ; lui qui

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est l'image du Dieu invisible... par qui toutes choses ont élé réconciliées avec Dieu (Colos. I. 13...).

Vous viendrez, vieillards déjà penchés vers la tombe, afin d’adc-er dans son temple celui qui bientôt ira consoler votre agonie dans le saint viatique, avant de vous apparaître dans la majesté de juge souverain.

Vous viendrez, parents chrétiens, qui désirez attirer sur vous et sur votre famille la bénédiction de Dieu. Vous conduirez avec vous tous vos enfants, qui sont votre joie et votre couronne (Philip. IV. 1.), afin que le regard du Diviu Sauveur se reposant sur eux, affermisse à jamais dans leurs tendres cœurs, les leçons et les exemples de foi et de piété que vous leur donnez.

Vous viendrez, âmes justes et fidèles, vous épancher devant celui que vous aimez, pour qui vous travaillez et soutenez tant de combats : c’est aux pieds de Jésus que se vérifiera l’oracle divin: Que je juste devienne plus Juste, el que le saint se sanctifie davantage ( Apoc. XXII. 11.).

Vous viendrez aussi, pauvres pécheurs, qui traînez en gémissant la chaîne de vos iniquités, Approchez avec confiance : nous avons en Jésus un pontife, à la vérité infiniment grand et élevé au dessus de nous, mais dont le cœur se laisse fucilement attendrir par nos infirmités, car il les a toutes éprouvées, excepté le péché : allons donc avec confiance nous présenter devant le trône de la grâce. pour y oblenir miséricorde et pardon (Héb. IV. 14.) Votre âme lui a été si chère qu’il a versé pour elle jusqu'à la dernière goutte de son sang, pourquoi craindriezvous de venir en sa présence lui demander la force “ont vous avez besoin pour obtenir un bonheur éternel ?

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