‹ Discours à l'étranger et au Canada [microforme]Chapitre 10 sur 83 · LA QUESTION SCOLAIRE XXX · texte numérisé non relu

LA QUESTION SCOLAIRE XXX

téméraire serait le gouvernement qui tenterait de traites les complications religieuses ou nationales comme les af: faires économiques ou politiques. Aveugle qui ne voit pas qu'ici la voie des solutions transactionnelles reste seule ouverte,

Fa exposant à la chambre le projet de constitution des nouvelles provinces, sir Wilfrid lri demanda d'établir l'enselgnement de façon à répondre au vœu des consciences catholiques. La majorité de la députation parut d’abord disposée à se rendre au désir du premier ministre, Mais le lendemain, le vent du fanatisme soufflait des quatre points de l’horizon, à ce point que le gouvernement dût se contenter de donner à l'Alberta et à la Saskatchewan le régime scolaire du Manitoba. 11 lui fallut subir l’ultima ratio de la force. Hélas ! celle-ci, trop souvent l’ennemie du droit qui devrait être son allié, le prime de plus en plus.

Récemment, l’annexion de la Bosnie et de l'Herzégovine à l'Autriche, au mépris des traités, soulevait un confit entre elle et la Russie: l’Europe fut à deux doigts d'une guerre formidable, Depuis un temps immémorial, la Russie jo issait de l’hégémonie dans les Balkans ; elle était la protectrice-née de la population slave de ces pays. Or, régler d'autorité une question qui intéressait la Serbie, et, par la même, le gouvernement de Saint-Pétersbourg, constituait une insulte à ce dernier. Mais le spectre menaçant de l’Allemagne se dressait à côté de l’Autriche ; il fit reculer la Russie peu préparée à la guerre. Elle capitula, humiliée, rugissante, en regardant son droit écrasé

sous la botte du soldat ailemand.

XXxI INTRODUCTION

Tenons compte lei de ce que, faute d'études, tant de gens ne sauraient entendre, Notre Constitution, excellente dans son ensemble, entraîne dans son fonctionnement une foule d'embarras, Le système fédératif ne saurait y échapper, ni au Canada, ni ailleurs, 11 est bien vrai que la Constitution, envisageant le Partage des pouvoirs entre Ottawa et les

Provinces, s'efforce de tracer les limites de l'activité

du gouvernement central, au regard de celles des au-

tonomies provinciales, Mais ne se présente-t.i] pas, par. fois, des contradictions entre l'esprit et la lettre de la loi ? Prenons, Par exemple, la question qui nous occupe : celle de l'instruction publique, La Constitution décrète qu'elle relève du domaine Provincial, sauf lex restrictions signalées plus haut, 11 n'en reste pas moins acquis que l'esprit de la Constitution abandonne le contrôle de cet important sujet aux Provinces, Or, pour qui connaît les tendances autonomistes de la race anglo-saxonne, il n'est point surprenant de la voir jalouser, sur un sujet qui lui tient tant à cœur, toute intervention, même légitime, du pouvoir fédéral dans le domaine provincial.

La République voisine a aussi été témoin de chocs entre Washington et les divers Etats. Ils y sont d’occurrence fré. quente, Rappelons le plus célèbre de ces conflits d’ausorité : la guerre de Ja Sécession où le principe de l'intervention du pouvoir central ne triompha qu'après cinq ans d’hostilité, Sous le régime de M. Roosevelt, n’avons-nous Pas vu l'étrange position du Souvernement fédéral, inca- Pable, en raison de l'opposition que lui faisait la Califor.

nie, retranchée dans ses droits d'Etat, de donner aux Japohäis une protection promise par un traité solennel ?

LA QUESTION ACOLAIRM Let iii

Le provincialisme s'est affirmé chez nous avec tant de force que ni Macdonald, ni Tupper, ni Thompson n’ont one Jai faire front ouvertement, Prenons la question des écoles du Manitoba. La transgression de la loi était si évidente, la question juridique si claire, qu'elles appelalent l'interven tion fédérale, Pourquoi le gouvernement Macdonald ne frappa-t-il pas de veto la loi si inconatitutionnelle de 1891 ? Parce qu’il était convaincu que le Manitoba la remettrait aussitôt dans les statuts, Un nouveau veto aurait amené une nouvelle affirmation des prétentions de la province ; de 1à, dédale inextricable, confusion et anarchie. La prudence conseillait de tourner la difficulté en s'adressant aux tribunaux, Le gouvernement fédéral n'avait du reste aucun moyen coercitif d'imposer sa volonté, Dans les conflits d’une nation avec une autre, l’histoire nous apprend qu’on ne s'incline devant le droit que s'il a l'épée à la main.

Hélas ! dans l'affaire du Manitoba, de braves gens se plaisent à frapper leur coulpe sur la poitrine des gou »rnements, Mais combien il aurait été plus sage de prévenir le mal que d’en demander, aujourd’hui, la réparation. Lors de la création de cette province, la prévoyance aurait pu y diriger un courant d'immigration canadiennef..""çaise, Quelques milliers d'électeurs catholiques, bien unis ensemble, sans attache politique, auraient tenu la balance du pouvoir, Quel parti, pour arriver aux affaires, on pour y rester, grâce à l’appui des catholiques, aurait osé refuser justice à ces indépendants, capables de maintenir ou de renverser le gouvernement ?

L'opiimisme de Cartier, iors de ia discussion du projet de

XXXIV INTRODUOTION

Confédération, avait trop présumé de la largeur d'esprit des futurs créateurs du Greater Canada. I1 s'en aperçut trop tard. Il voulut y remédier en faisant entrer le Manitoba dans l’union, mais même ses précautions multiples, si bien combinées Pour parer à toute éventualité périlleuse, sont restées, pour cette Province, inefficaces dans la pratique. Quid leges sine moribus? ” A quoi bon les lois, lorsqu'elles ne s'adaptent Pas aux mœurs, lorsqu'elles sont en désharmonie avec le sentiment public !

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