LXXXVI SOUVENIRS
voulut se faire élire avant de Prendre possession de son fauteuil de ministre,
La crise financière, le refus du Souvernement d'accorder à l’industrie le tarif qu'elle réclamait, les questions d’amnistie, de religion et de libéralisme furent exploités par les conservateurs avec succès,
C'était le temps où un orateur en vogue pouvait dire que les libéraux descendaient en ligne directe de Caïn, le premier libéral du monde, où des “ cabaleurs ” allaient de mai. sons en maisons, disant que les libéraux, ici comme en France, finiraient par nous faire marcher dans le sang des prêtres jusqu'aux genoux, ï
“ Eh bien ! on se chaussera pour, avait dit un bon cordon:nier, libéral obstiné. ”
Laurier fut vaincu,
11 fut sensible à cet échec, le premier et le dernier de sa vie, mais Québec, théâtre de ses premiers triomphes oratoires, le vieux Québec dont il avait éveillé le patriotisme
et soulevé l'enthousiasme, vint à son secours, M. Thibaudeau, représentant de la division Est de cette ville, lui offrit son siège aux applaudissements de la Population. Laurier accepta et fut élu, mais eut guère le temps de donner la mesure de ses talents d’administrateur, car le parti libéral fut écrasé aux élections générales de 1878, et le peet' conservateur monta au pouvoir,
Laurier continua de se distinguer dans l'opposition par la sagesse de sa conduite et l’éloquence de ses disconrs.
La destitution, en 1879, de M. Letellier, lieutenant-gouverneur de la province de Québec, pour le punir d’avoir ren-
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voyé ses ministres fournit à Laurier l’occasion de faire un discours puissant en faveur de l'autonomie provinciale, I s'appliqua à démontrer que l'acte de Letelller était peutêtre imprudent, mais qu’il n’en était pas moins constitutionnel et qu’à tout événement sa destitution par le parlement fédéral serait un coup fatal porté à l'indépendance des provinces, et ferait des lieutenants-gouverneurs des serviteurs du gouvernement fédére’
Mais ce furent encore les troubles du Nord-Ouest qui inspirèrent les plus beaux accents de son éloquence,
Des bords de la Saskatchewan comme des rives de la rivière Rouge s’élevaient depuis longtemps des protestations et des plaintes sérieuses contre les procédés injustes et vexatoires des agents du gouvernement à l'égard des Métis, Ces pauvres gens réclamaient la jouissance paisible de leurs champs que des nuées d'arpenteurs taillaient, coupaient et rognalent sans tenir compte des usages et des traditions de cette population. Ils finirent par s’impatienter, allèrent chercher Riel aux Etats-Unis et le décidèrent à venir les aider à défendre leurs droits. Après des tentatives inutiles de conciliation, des coups de feu retentirent sur les bords de la Saskatchewan et l'insurrection se propagea jusque parmi les sauvages.
Les insurgés furent écrasés, leur chef Riel fut arrêté et condamné à mourir sur l’échafaud, malgré les protestations et les prières de toute la population de la province de Québec et des hommes justes des autres provinces,
Pendant la session de 1886, l’opposition demanda compte au gouvernement de cette grande injustice et Laurier prononçÇa le plus beau discours de sa vie.