LXXXVIII SOUVENIRS
Lorsqu'il se leva pour prendre la parole, dans cette circonstance solennelle, tous les députés étaient à leurs sièges et les galeries étaient remplies. On supposait que, vu l’importance du sujet et les circonstances, il allait faire un grand effort et par conséquent remporter un grand succès,
L’attente du public ne fut pas trompée. Du commencement à la fin de son discours, durant deux heures, Laurier tint son auditoire sous l'effet de sa parole merveilleuse, au milieu & un silence respectueux interrompu de temps à autre par des applaudissements chaleureux.
Laurier avait prononcé son discours en anglais, dans un anglais irréprochable, il avait à peine cessé de parler que la plupart des députés l’entouraient pour le féliciter chaleureusement. Le lendemain, M. Blake, le chef de l'opposition, disait :
“Non content d’avoir, depuis de longues années et dans sa propre langue, remporté la palme de l’éloquence parlementaire, mon honorable ami nous a enlevé la nôtre ; il vient de prononcer un discours qui, dans mon humble juge. ment, mérite ce suffrage, car je crois être vrai en déclarant que c’est le plus beau discours parlementaire qui ait été prononcé dans le parlement du Canada, depuis la Confédération, ”
“II a fait un discours — écrivait M. Tarte, dans Le Canadien — qui, dans n'importe quel pays du monde, placerait son auteur au premier rang des maîtres de la langue franaise. M. Laurier est vraiment hors de pair dans l’éloquence étudiée, policée, qui fait les délices des auditoires triés sur le volet. Les clameurs violentes de la foule le laissent froid et indifférent ; il lui faut un amphithéâtre garni de lettrés.”