‹ Discours à l'étranger et au Canada [microforme]Chapitre 45 sur 83 · XCVI SOUVENIRS · texte numérisé non relu

XCVI SOUVENIRS

sieurs, ces beaux vers que Victor Hugo s’est appliqués à lui:même, comme l'inspiration de sa vie :

Fidèle au double sang qu'ont versé dans ma veine Mon père vieux soldat, ma mèe vendéenne,

“ Cette double fidélité à des idées, à des aspirations distinctes, nous nous en faisons gloire au Canada. Nous sommes fidèles à la grande nation qui nous a donné la liberté, ”

“Salué d’unanimes applaudissements, dit M, Henri Moreau, ce discours fut le grand succès de la sbirée. Cette parole si justement française était chaleureusement applaudie tant par les Français présents que par les membres de la Chambre de commerce britannique. ”

“ Dès les premiers mots de son discours, écrivait à ce sujet M. Hector Fabre, sir Wilfrid Laurier a pu voir combien était heureuse l'inspiration qui l'avait poussé à porter la parole en français, devant un auditoire en grande majorité anglaise, Le plaisir des uns, l’émotior. des autres, ont été visibles, et le succès du début a été grandissant jusqu’à la fin, emportant tous les suffrages. ”

Je ne crois pas opportun d’apprécier l’éloquence de M. Laurier ; ceux qui liront les discours contenus dans ce livre constateront qu’ils dénotent une haute culture intellectuelle, des connaissances variées, un esprit juste, droit, lucide et logique, une imagination brillante, une mémoire heureuse, un sentiment inné du beau et du vrai. Le fonds en est soiide, la forme brillante, la diction captivante, le style clair, limpide, élégant et gracieux.

SOUVANIRS

À la vivacité, à l'éclat de l'esprit français, il joint le sangfroid et le positivisme de l'Anglais, aux douces émotions d'une âme poétique, il unit les caleuls ingénieux d’une diplomatie raffinée.

De tous les hommes d'Etat qui ont illustré la politique canadienne, personne n'a fait entendre avec plus de sincérité et d'effet le langage de la concorde, de l’unlon, de l’entente cordiale, personne n’a plus contribué à fair uccepter le fait accompli et à convaincre les hommes de toute race et de toute religion qui habitent le Canada, qu'ils peuvent et doivent vivre dans la paix et l'harmonie,

La Confédération a été un cruel désappointement pour ceux qui berçaient leur patriotisme des rèves les plus brillants sur l’avenir de la race française au Canada, et ils ne sont pas encore complètement rassurés. L’exécution de Riel, l’abolition de l’usage officiel de la langue française au Munitoba et dans les territoires du Nord-Ouest, l'excitation religieuse et nationale soulevée par la question des écoles et la guerre du Transvaal, les font réfléchir. Si déjà ces vastes et riches régions du Nord-Ouest ont déchaîne sur les vieilles provinces des tempêtes qui ont secoué puissamment les fondements de la Confédération, ils se demandent ce qui arrivera, lorsqu'elles seront représentées dans le Parlement par une députation à peu près égale à celle de Québec. +

Quel rôle jouera l’élément canadien-français dans les conflits que l’avenir nous réserve, dans la lutte qui se fera pour la prépondérance,

Combien de ter ps durera le système fragile de com-

XOvHI! SOUVENIRS

promis et de concessions mutuelles sur lequel repose l'édifice de la Confétération ?

Quoi qu’il en soit, {1 faut bien reconnaître que, pour le moment, la politique de Laurier est la plus sage, la plus pratique, la plus favorable au développement, dans la paix et l'harmonie, des immenses ressources du pays, la plus propre à assurer les destinées du Canada français,

Sa politique est une politique de raison, de justice et de conciliation, de progres matériel et moral ; sans cesse il fait appel n ‘rutes les bonnes volontés, à tous les talents, à toutes les intelligences pour l'aider à exécuter les projets les plus propres à développer les immenses ressources du Canada, sans cesse, il demande que les hommes de toute race et d’ toute religion unissent leurs forces pour en faire l’un des pays les plus riches, les plus heureux de la terre.

Il veut créer un patriotisme canadien assez fort et assez sage pour unir les nationalités différentes qui habitent le Canada sans les confondre, les fusionner,

C’est une rude tâche.

8es éloquents appels ont été entendus toutefois, sa voix puissante a convaincu bien des esprits et produit une impression profonde dans les âmes, elle a fait germer partout des sentiments de conciliation et de bienveillance, elle a jeté du lustre sur la province de Québec et dissipé des préjugés irritants contre tout ce qui n’était pas anglais,

L'homme juste, qui tient compte de la situaticu difficile que l'élément français et catholique occupe dans la Confédération, peut-il affirmer que Laurier aurait pu faire plus qu’il n’a fait pour concilier ses devoirs comme premier mi-

SOUVENIRS XONX

nistre d'un pays anglais et protestant avec les droits et les sentiments de sa nationalité ?

L'Histoire, j'en suis convaincu, répondra négativement à cette question, et elle dira que personne n'aura porté al haut en Amérique le nom canadien-français.

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