L'HOMME ET L'ŒUVRE XXI
“Permettez que je vous dise ceci: Mes compatriotes “ayant obtenu les droits de sujets britanniques ils se con- “sidèrent liés par le devoir, l'honneur et l’amitié à accepter “et à accomplir dans leur intégrité les obligations et les “responsabilités des sujets britanniques, Ils sont fiers de “leur origine et d’être les descendants d’une race altière, “flerté que peu d’Anglais leur reprocheront. S'ils ont “l’orgueil de race, ils ont aussi au cœur un autre orgueil, “celui &e la reconnaissance. Et au jour du Jubilé, dans “toute l’immense étendue de l'empire, c’est de la terre “qu’habitent les sujets français de Sa Majesté, que s’élè- “vent aa ciel le: prières les plus ferventes pour que Sa Ma- “ jesté vive encore de longues années. ”
Non moins habile fut sa manière d'expliquer aux Parisiens notre loyauté envers l'Angleterre et notre attachement à la France. Lorsqu'il s'était, quelques jours auparavant, déclaré en Angleterre sujec britann: de, cette déclaration bien naturelle avait été très mal interprétée et avait produit un assez mauvais effet en France. Cette qualité de citoyen anglais, réclamée par sir Wilfrid, sonnait mal à certaines oreilles françaises. On était alors loin de l’entente cordiale et les Parisiens auraient voulu voir dans ce Français d'outre-mer un Français à leur image, atteint de rage anti-britannique. Avec quelle finesse n’a-t-il pas jeté des clartés sur sa situation et défini, d’une façon lumineuse, le dédoublement de notre personnalité canadiennefrançaise ? Un diplomate vieilli sous le harnais n'aurait pas mieux tracé notre physionomie complexe.
XXII INTRODUCTION
“Qu'il me soit permis maintenant, dit-il à ses auditeurs de Paris, de faire une allusion qui m’est toute personnelle, Je me suis laissé dire qu'ici, en France, il est des gens qui s’étonnent de cet attachement que j'éprouve et que je ne cache pas pour la couronne d'Angleterre ; on appelle cela ici du loyalisme, Pour Ma part, soit dit en passant, je n'aime pas cette nouvelle expression de loyalisme ; j'aime mieux m'en tenir à cette vieille locution française de loyauté. Et certes, s’il est une chose que l’histoire de France m'a appris à regarder comme un attribut d: ja race française, c’est la loyauté, c’est la mémoire du cœur. Je me rappelle, messieurs, ces beaux vers que Victor Hugo s'est appliqués à lui-même, comme l'inspiration de sa vie :
Fidèle au double sang qu'ont versé dans ma veine Mon père, vieux soldat, ma mère vendéenne.
“Cette double fidélité à des idées, à des aspirations distinctes, nous nous en faisons gloire au Canada. Nous Sommes fidèles à la grande nation qui nous a donné la vie, nous sommes files à la grande nation qui nous a donné la liberté. ”
Il est rare qu’avec les contingences des choses humaines, un homme d'Etat ne change pas les principes dirigeants de sa vie, Il n’est pas question ici des idées inspiratrices de ses jeunes années. Jusqu'à trente ans, l’homme est plus ou moins prisonnier des notions imposées Par le milieu, l’ambiance, l'éducation. Ce n’est qu’à cet âge que le contact Plus fréquent des hommes et des choses, l'observation, mo-