‹ Discours à l'étranger et au Canada [microforme]Chapitre 58 sur 83 · SES CAUSES · texte numérisé non relu

SES CAUSES

Il était écrit que les autorités fédérales devaient com.

mettre faute sur faute ch

voulaient qu’elles ince de Québec, en

ère là où la chose serait praticable, Ils

fussent aliénables à ]

+ Métis ? Cela valait.

Îl bien la peine qu'on s’occupât de ces Pauvres diables ? On raconte que ve grand Feoünäge s'intéressait si bien à

leur cause, qu’il somnolait pendant que Mgr Taché lui exposait les griefs des Métis tout en l’avertissant que l'inertie du gouvernement provoquerait peut-être une rébellion.

De guerre lasse, quelques Métis invoquèrent l’intervention de Riel. Celui-ci accourut à l’appel de ses amis et se mit en frais, au milieu de l'hiver de 1885, d'organiser une révolte des Métis et des Sauvages du Nord-Ouest, L'insur. rection éclata au mois de mars, dans un temps où les communications étaient difficiles entre le Canada et l'Ouest, la construction du chemin de fer du Pacifique n’étant pas alors terminée, La levée de boucliers se produisit trop tôt au gré de Riel. Il avait dit aux Indiens et aux Métis : “ Sus aux blancs, lorsque l’herbe de la prairie aura deux pouces. ” Malgré cet accident heureux pour le Canada, la révolte fut assez sérieuse pour amener sur Ic terrain une dizaine de régiments qui ne réussirent à pacificr le pays qu'après une campagne de plusieurs mois.

Que le gouvernement Macdonald ait été coupable de négligence dans toutes ses négociations avec les Métis, il n’y 8 pas à en douter. C’est ce que MM. Blake et Laurier n’eurent pas de peine à établir,

Voici comment sir Wilfrid traita la question en répondant à sir J. A, Macdonald à la session de 1885.

(Traduction) Monsieur L’ORATEUR,

Nous connaissons tous le vieux dicton : d’une mauvaise cause un bon avocat peut en faire une bonne. Le discours prononcé

D RSS cmepes

Le cas doit être désespéré, en effet, lorsqu'un homme de la haute position que le très honorable monsieur occupe dans cette chambre ne se fait pas scrupule de torturer les paroles de son adversaire afin de se faire à lui-même une thèse. Dès le début de son discours l'honorable monsieur a adopté ce système, et il l’a conservé jusqu’à la fin. Dès son premier mot, à vrai dire, il a faussé le sens du discours de M. Blake en prétendant qu’il n’avait jawais reconnu la justice de la réclamation des Métis, lorsqu’il a exposé les titres de Métis du Nord-Ouest à une concession spéciale de terres,

L’honorable monsieur a oublié, mais il n’aurait pas dû oublier, que dès le début de son discours, mon honorable ami avait affirmé la justice de la cause des Métis, de la manière la plus caractéristique, en ces termes :

“ La justice est la même partout. La justice est la même, que ce soit sur les bords de la Saskatchewan ou sur ceux de la Rivière- Rouge ; la justice exige que les Métis des bords de la Saskatchewan soient traités sur le même pied que ceux des bords de la Rivière-Rouge.”

Le très honorable parules,

“ J'avoue que je ne suis pas disposé à voir d’ la demande que font les pétitionnaires d’ê nement dans leurs opérations agricoles, semence et d'instruments d'agriculture.

quelles raisons les Métis

“Les Métis qui, sous certains rapports, ont l’avantage sur les nouveaux colons dans les territoires, devraient comprendre la nécessité de s'établir dans des localités tires, e

t d'appliquer leur énergie à l'élevage des bestiaux ou à la culture de la terre, auquel cas dee terrains leur seraient sans doute assignés de la même ma-

i da cela ils ne doivent

pas s’atte dre à ce que le gouvernement i, aide d’une manière

spéciale dans leurs opérations agricoles ”.

honorable monsieur a accusé ses prédé- Cesseurs d’avoir reculé devant leur devoir en négligeant, lorsqu’ils étaient au pouvoir, de régler les réclaaations des Métis. Monsieur, est-il possible que le très honorable mini i

Courage de formuler un Pareil plaidoyer Pour se justifier ? Depuis combien d’, inistrati

Mais, monsieur l’Orateur, n’était-ce des gens qui s'étaient établis depuis e avant que le pays eût été transféré étaient créé des foyers, virent arriver parmi tique du gouvernement actuel, des arpe gnes à travers leurs champs, à tort et à à mettre les bâtiments d’

non pas accidentellement, mais délibé dont le gouverrement a fait faire |’

en prenant oir exprimé

conséquence,

“On peut imaginer leur surprise lorsqu’ils virent qu’on avait visé les terres, le long de la Saskatchewan, Par carrés de qua-

rante chaînes, sans tenir compte de leurs justes réclamations et protestations ”,

Contre quoi le Père Vigreville protestait-il lorsqu'il écrivait ce qui suit au capitaine Deville, chef des arpentages :

“J'ai moi-même fait écrire

educ et M. Maloney, olonie afin d’exposer nos

t, par écrit, la romesse que Jes terres que nous oceupions seraiens divisées en lots e grève de 10 chaînes de front sur deux milles de profondeur, et que l’arpentage serait fait dans l'automne suivant (1883). Si je comprends bien, vous me dites de prendre patience et que tout finira bien ; voilà des paroles que, permettez-moi de le dire, je ne puis accepter ; le temps est passé, ”

L’honorable Monsieur a continué en disant que Pas un Métis n'avait jamais été molesté, que pas un Métis n’avait jamais perdu sa ferme, "

Or, je trouve dans les colonnes d’un organe du uvernement le Manitoba du 13 mai dernier, la lettre suivante sie ar des Métis. Cette lettre fut d’abord publiée en anglais dans le lelin d'Edmonton ; je l’ai ici en français et je vais la traduire de Rouveau en anglais, Voici ce que dit le journal :

“ Loin d'obtenir des conditions libérales, nous n’avons pas même

obtenu justice. L'été dernier, nous avons eu l'agent du gouver-

Il serait impossible de citer Un cas d’une section de terrain en con-

et

Métis ont été ainsi forcés de quitter les lieux et d'aller s'établir ailleurs où le même sort les attend peut-être dans l'avenir, On croit que nous n’avons pas de griefs |! Nous en avons et nous les ressentons profondément,

Savez Cuxinerau,

OorTave Berrerosr,

Jonn Cunninenaw,

Barrisre Courrerarre,

Joux Rowzaxp,

0, Rowzaxn,

. CirasrezLarmr,

Corrrvrav.

Puis, l'honorable monsieur a dit que tout le blime pour la rébellion et sea Cunséquences retombait sur Je parti grit Quand Fhonorable monsieur a prétendu, ainsi que je viens de le Tap- Porter, que les Métis du Nord-Ouest n'avaient pas de griefs, il eurait pu aus1 bien dire que le parti grit est responsaule de la rébellion et de ses uences, Une déclamation aussi extra- Yagante — car un tel langage n’est rien de plus qu’une extravagante déclamation — est indigne de lui, Dependent ce langage est tout à fait à l’unisson de celui que l'honorable monsieur a tenu depuis le commencement des troubles, uis que ces troubles du Nord-Ouest ont éclaté, la tactique des honorables messieurs a été de se laver les mains de toute responsabilité, de se proclamer tout à fait innocents du sang répandu, et de rejeter tout le blime sur les insurgés, A chaque demande de renseignements faits sur l’origine de ces troubles, on a fait la même réponse : Les Métis n’ont pas raison ; ils n’ont pas de griefs, Tel a été le langage de l'honorable monsieur jusqu’à la fin, Parlant sur le même sujet dans une occasion récente, il a dit ce qu’il a répété de nouveau hier— que les Métis n'avaient pas raison, que leur révolte était une rébellion sans cause, et il a terminé en disant i—

“Nous croyons avec toute la conscience d’une Cause juste que le jugement du Pays sera que nous avons agi du mieux que nous pouvions, <t que, dans cette Occasion, nos facultés n’ont pas été ma] dirigé

Et encore, parlant sur le même sujet dans une autre occasion, il a déclaré autre chose. Il ne croyait Pas alors que Ja rébellion fût due au parti grit — c’est une idée nouvelle, un nouveau grief — mais qu’elle est due à Louis Riel. Voici ce qu’il disait :

“A raison d'événements antérieurs dans Je Nord-Ouest, il (Riel) est considéré comme une espèce de martyr de la cause une sorte de Mahdi métis — ot ils le regardent avec une espèce de respect superstitieux ; à cause de ce sentiment, i] peut influencer ces pauvres gens ”,

Tel était le langage de l'honorable monsieur. La seule explication qu’il a pu donner de la rébellion a été celle-ci: — que les

insurgés n'avaient pas de griefs, mais qu’ils ont 6t6 les victimes et les dupes de Louis Riel, :

Une explication de ce genre est de ]a dernière futilité d’après ce Que nous connaissons de Louis Riel, qui ne paraît Pas être un de ces hommes extraordinaires qui Peuvent ex

au monde, quelle que soit 6 puissance, qui soit capable d’entraf. ner À la guerre des gens paisibles, uniquement Par son influence s'ils n’ont pas de griefs sérieux, profondément ressentis et de vieille date, L’honorable monsieur a comparé Louis Rie] au

ahdi. Nous avons peu de renseignements sur le Mahdi. Mais

Patriotes autant d’ dant que M. Papineau à une certaine époque de l’histoire du Bas-Canada, et personne n’a

désintéressé, qui pendant des années et des exerça sur ses Compatriotes un contrôle Presque illimité ; et encore aujourd’hui son nom seul suffit pour soulever dans le Bas-Canada tout entier,

Patriotisme ? Sans aucun doute, tout cela 3 contribuait ; mais la raison principale de son autorité sur ses concitoyens, c’est qu’à cette époque, ses compatriotes étaient une race opprimée et qu’il était le champion de leur cause,

Maïs du moment que furent arrivés les jours de réparation, l'in. fluence de M. Papineau, si grande qu’elle eût été jusque-là, si grande qu’elle restât encore, cessa d’être Suprême. Lorsque sub-

séquemment l’Acte d'Union fut passé, Papineau l’attaqua violemment, en fit voir les défauts, les erreurs et les dangers, et cependant il ne put soulever ni ses partisans, ni le peuple, pour agiter le question de l’abrogation de cet acte. Pour quelle raison ! Les conditions n'étaient plus les mêmes. Tout imparfait qu'était l’Acte d'Union, il comportait néanmoins une certaine mesure de liberté et de justice en faveur du peuple, et les hommes qui jusqu'alors, au seul son de la voix de Papineau, auraient volontiers Éeeré la mort sur les champs de bataille ou sur l’échafaud, se tinrent silencieux et impassibles, bien qu’il ne leur demandât qu’une agitation constitutionnelle pour l’abrogation de l’Acte d'Union. Les conditions étaient changées ; la tyrannie et l'oppression avaient fait des rebelles des habitants du Bas-Canada, tandis que la justice et la liberté faisaient d’eux ce qu’ils ont toujours été depuis, des sujets

sincères et loyaux. Et maintenant, dire que Louis Riel par sa

guerre ; dire qu’ils n’avaient pas de griefs, dire qu’ils sont entrés en révolte Par pure malice et par un imbécile attachement à un aventurier, c’est faire injure à l'intelligence du peuple en général,

wan n’ont aucun grief; ce n’est là que la continuation du système que lon a suivi continuellement à leur égard.

& entraînés aux malheureux procédés qu’ils ont adoptés depuis. Je reproche ceci au &ouvernement, d’avoir, pendant des années et des années, ignoré les justes réclamations des Métis de la Saskatchewan, bien que ces derniers aient, pendant des années et des années, pétitionné le Bouvernement, mais toujours en vain. Je dis

crime, la responsabilité de ce crime revient autant aux hommes qui l'ont provoqué par leur conduite qu’à ceux qui Pont perpétré.

avait préparé un factum pour les avocats de Louis Riel. Quelques honorables députés : — Ecoutez, écoutez ! c’est vrai. M. Laurier: Ils disent maintenant que c’est vrai. Moi, je dis

ue, si la conduite du Bouvernement peut servir à la défense de 7 Riel, alors le Bouvernement doit en accepter les conséquences. Il ne suffira pas de dire : Vous 16 devez pas m'attaquer, parce her m’attaquant vous sauvez Louis Riel. Le Souvernement

Je suppose que, s’il a quelque chose en vue, ce n’est rie”, tant que

l'application de la justice britannique ; et si, dans les ‘its énoncés ier par mon honorable ami, il Y a quelque chose en £-“eur de

Louis Riel pour aider à sa défense, Louis iel a le ple:: pe voir

de s’en po 42 Je dirai plus,

de répète que les hommes qui font à Louis Riel ux : rocès d’où

Ÿ à quoi que ce soit qui puisse aider à la défense de Riel, c’est leur devoir de les Produire ; et s’il cachaient la moindre chose capable d'aider à ja défense de Riel,

franchement que les habitants de ma province, qui ont une communauté d’origine avec les insurgés sympathisent avec eux, justement comme les habitants d’Ontario, qui sont d’une origine diffé. rente, sympathisent dans un sens différent.

elques députés: — Non, monsieur.

M. Laurier: — Non © Pourquoi donc a:t-on répété hier, répètet-on aujourd’hui, et répètera-t-on demain, dans la presse, et encore et encore, que mon honorable ami le chef de l'opposition a Préparé un mémoire Pour les avocats de Riel ? Eh bien, monsieur, c’est là faire appel au plus aviliscant et à la pire espèce des préjugés des masses, On dit, et bien à Propos, dans votre langue, monsieur, que le sang est plus épais que Veau (blood à thicker than water).

Je suis d’origine française, et j'avoue qne, si je ne devais agir que selon la voix du Sang qui coule dans mes veines, je serais for-

tement en faveur des insurgés ; mais par-dessus tout, je vrétenids être en faveur de ce qui est juste, droit et loyal, en faveur de la justice due à chacun, et je dis: Faites justice et que les conatquences en retombent sur les coupables, soit sur la tête de Riel, soit sur les épaules du gouvernement, Mais, le gouvernement est d'autant moins justifable dans sa conduite, que l'expérience du passé devrait l'avoir rendu plus prudent, C’est un fait digne de remarque que, bien que cette jeune confédération n’existe que depuis dix-huit ans, elle a déjà 6t6 attaquée deux fois par 1me rébellion à main armée, Nous savons maintenant les causes de la première rébellion. La lumière s'est faite à ce ‘ujet. Quelle

1870 ? La cause, comme nous le savons aujourd’hui, c’est que le &ouvernement, —- ce gouvernement-ci, les hommes qui sont au pou-

prendre possession du Pays, sans égard pour les droits de la pe ême roits

espèce de jalousie les agissements du Bouvernement qui faisait tout à coup irruption au milieu d’eux, et établissait son autorité dans le territoire. Alors, qu'arriva-t-il ? On aurait pensé qu'il eût été au moins Pruent de la part dn Bouvernement d’adopter

là, il entra dans Je Pays et en traita les habitants comme on traitait autrefois les Paysans au temps de Ja féodalité, comme s’ils avaient fait partie de la terre achetée de la Compagnie de la Baie d'Hudson — traitant les habitants, dis-je, comme s'ils avaient été des serfs du temps féodal — faisant partie de la terre

habitants avaient des établissements ou des propriétés, avec champs et bâtisses, et les arpenteurs envoyés par le &ouvernement

j et comme on peut bien le penser, il s’ensuivit une grande agitation. Les faits sont bien constatés par l'histoire de la rébellion, et je no puis mieux faire que de citer à ce " le passage suivant du rapport de M, Donald À. Smith, qui fut, À cette époque, nommé agent pour faire une enquête à ce propos :

‘Un nombre considérable d’entre eux sont restés fidèles à Jour durant tous les troubles par lesquels ils ont eu à Passer, et avec eux se trouvent maintenant associés plusieurs autres dont

ui les avaient dénoncés comme es embarras sur les terres, qui devaient au Les tôt faire place à une race supérieure sur le point d'arriver. 1] est vrai aussi que, dans les procédés non autorisés

à la perspective d’un changement de Souvernement. Dans plusieurs localités, ces aventuriers avaient industrieusement choisi Pour eux-mômes des lots de terre considérables et, dans certains cas, très étendus et d’une valeur exceptionnelle, meitant ainsi les esprits sous l'impression que le temps était arrivé où, dans leur

Sur le même sujet, un livre écrit par M. Tuttle, “ L'histoire 21 Manitoba ”, parle dans les termes suivants de l'attitude et des 5 mtiments des Métis français :

« testaient au gouvernement le droit de s'emparer de ce qu’ils consi-

déraient être leur pays, est bien démontré par l’

Plus caractéristique encore est un pamphlet écrit par Louis Riel en 1874, et publié au bureau du Nouveau-Monde, et qui contient ce passage :

“ Les territoires du Nord-Ouest n'ont été que le 15 juillet 1870 ; mais le Canada travaux publics en son

t, sans en avol

Baie d'Hudson, été signalée Compagnie ÿ x s’efforçaient de pr res terres des Métis, spécialement à la Poin hônes, paroisse située à environ 30 milles à l’est de Fort-Garry. Ils p avoir acheté ces terres des Sauvages, commencé à travailler à la route Da la Pointe-des-Chôn

un nouveau

rpentage qui dérangeait, sans la moindre explication,

l'ordre de choses existant, ot troublait sans scrupule les anciens colons dans la paisible et légitime possession de leurs terres ”.

Ainsi, monsieur, vous voyez que les griefs des Métis à cette

époque étaient de d plaignaient d’abord de ce

leur pays sans égard à leurs

ient en second lieu de ce que

arpentage, avait envahi leurs

possessions et leurs propriétés actuelles. Ils se révoltèrent ; ils ne

Pouvaient pas endurer cela. Les conséquences de cette rébellion,

ge qu’elles aient pu être à d’ Points de vue, furent de

orcer le gouvern re leur droit de souveraineté sur la terre 1,400,000 à incti i bandonner

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(716) 482 - 0300 - Phos

(716) 288 - 5989 - Fax

semble être comme les Bourbons, qui, d’après Napoléon, n’avaient rien appris ni rien oublié; en cette matière, le gouvernement paraît n'avoir rien appris ni rien oublié. Je dis que le gouvernement actuel mérite bien plus la censure pour le soulèvement de la Saskatchewan, qu’il ne la méritait pour celui de la Rivièr -Rouge. Si coupable qu’il fût en 1869, pour le traitement infligé aux Métis de la Rivière-Rouge, on peut au moins dire à sa décharge, qu’il n’avait pas eu le temps de changer sa politique, — que la rébellion avait éclaté avant qu’il eût eu le temps d: réparer les erreurs qu’un peu plus de prudence aurait pu prévenir dès le commencement. Mais, dans l’occasion présente, si des millions de dollars ont été dépensés en quelques semaines, si des vies précieuses ont été perdues, si le sang le plus pur du Canada a coulé, si les horreurs de la guerre civile et celles encore pires de la guerre sauvage ont souillé notre sol, quelle en est la cause ? Est-ce" parce que le gouvernement n’a pas eu le temps de réformer une politique vicieuse ou de reconnaître sa route ? — Non, c’est parce que, pendant des années et des années, le gouvernement a suivi un système qu’il suit encore aujourd’hui, et qui consiste À nier que les Métis aient des raisons de se plaindre. (C’est parce que, durant des années et des années, le gouvernement a fermé les oreilles pour ne pas entendre les plaintes, parce qu’il a fermé les yeux pour ne pas voir les torts, parce qu’il a agi comme l’autruche qui s’enfouit la tête dans le sable pour ne pas voir le danger et qui l’ignore ainsi ; c’est pour cela que nous avons eu un soulèvement eur la Saskatchewan. Et, comme je l’ai dit, le gouvernement est plus à blâmer pour ce soulèvement-ci que pour celui de 1869-70. Il n’y a pas eu de troubles sur la rivière Saskatchewan en 1869-70, et la raison en est évidente : en 1869-70, le gouvernement n’avait pas essayé d'établir son autorité sur les bords de la Saskatchewan ; il n’étendait pas alors son autorité au delà de la Rivière Rouge, et par conséquent, la population de la Rivière Saskatchewan n'étant aucunement molestée continuait à vivre comme par le passé. Mais le jour vint où le gouvernement du Canada voulut exercer son autorité sur la Saskatchewan, et c'était à propos, dans le but d'ouvrir cette belle contrée aux immigrants de l'Est ; alors les Métis de cette région montrèrent la même inquiétude et firent les mêmes réclamations que les Métis de la Rivière-Rouge. J'ai démontré que les Métis de la Rivière-Rouge

avaient des réclamations de deux sortes : ils demandaient que leurs droits au sol fussent reconnus d’une manière quelconque, et ces droits ont été reconnus. Ils demandaient aussi de n'être pas troublés sur leurs propriétés, et cette demande leur a 6t6 aussi accordée. Aussitôt que le gouvernement canadien a voulu exercer son autorité sur la Saskatchewan, les Métis de cette région ont fait absolument les mêmes réclamations, Au début, ils ne demandaient que la reconnaissance de leurs droits au sol et à l'extinction du titre indien, et qu'il leur fût permis de continuer à jouir sans inquiétude des propriétés qu’ils détenaient. Sur le premier point, je ne sache pas, bien que le premier ministre ait dit le contraire hier, que les Métis de la rivière Saskatchewan aient jamais formulé de demandes de terres avant l’année 1878, ou les derniers jours de 1879. L’honorable ministre a dit que des demandes avaient été adressées au gouvernement de mon honorable ami de York-Est (M. Mackenzie) Je pense que quelques demandes venant du district de Qu’Ajpelle ont été faites avant 1878, mais aucune demande, que je sache, venant des bords de la Saskatchewan, n’est arrivée au gouvernement avant 1878 ; et la raison en est bien claire. Cette région venait justement d’être ouverte à la colonisation ; le gouvernement n'avait essayé d’y établir son autorité que depuis trois ans ; M. Laird, qui en a été le premier lieutenant-gouverneur, fut nommé en 1876, et n’arriva à Battleford qu’en 1877 ; de fait, il dût faire un voyage de plusieurs mois pour se rendre au siège du gouvernement à Battleford. ÆEn 1877, une pétition fut formulée par les Métis, se lisant comme suit :

“Vos requérants désirent représenter humblement que leurs droits, émission de scrips en faveur des Métis et des anciens colons, sont aussi valides et obligatoires que ceux des Métis et des anciens colons du Manitoba, et ils espèrent qu’on respectera ces droits avec autant de scrupules qu’on les a respectés dans cette province, et, dans le but d'arriver * la répartition exacte de tels droits, vos requérants demandent nblement qu’il soit fait le plus tôt qu’on pourra convenablemen. , faire un recensement des dits Métis et anciens colons en vue de répartir entre tous ceux qui n’ont pas déjà été compris dans le recensement du Manitoba, et de leur assurer ainsi, leur part légitime de terrains et de scrips ”.

Alors, dans le cours de février, une députation venue de Saint- Laurent eut une entrevue avec M. Laird à propos de cette affaire et lui présenta une pétition comportant en substance la même demande. Cette pétition était adresséo, non pas au gouvernement d'Ottawa, mais au lieutenant-gouverneur lui-même. Il la référa à son conseil ; le conseil ne siégea pas avant le mois d’août suivant ; et dans ce mois-là, le conseil adopta la résolution qui a été citée plusieurs fois hier et par laquelle les réclamations des Métis pour leur part dans les terres étaient recommandées favorablement à Ottawa.

“ Qu'en présence du fait que dès octrois de terrains et des émissions de scrips avaient été déjà faits aux Métis du Manitoba en vue de l'extinction du titre sauvage aux terres de cette province, il y aura sans aucun doute un mécontentement général parmi les Métis des dits territoires, s’ils ne reçoivent pas la même considération ”,

Alors M. Laird alla visiter l'établissement du Lac aux Canards, au mois de septembre suivant. Il eut une entrevue avec une députation de la colonie de Saint-Laurent qui lui demanda ce qui était advenu de leur pétition, et quel accueil elle avait reçu du Bouvernement. M. Laird expliqua que, le Conseil n’ayant siôgé qu’au mois d'août, le &ouvernement n’avait pas encore eu le temps de prendre leur requête en considération. Les délégués furent satisfaits de l'explication et leurs interprètes remercièrent cordialement le lieutenant-gouverneur pour la courtoisie qu’il avait mise à répondre à leurs demandes. Les Métis, en cette circonstance, se comportèrent on ne peut plus convenablement. Alors survint la chute du gouvernement Mackenzie, et un nouveau gouvernement monta au pouvoir, le gouvernement du très honorable ministre actuel. En 1879, le gouvernement se fit autoriser à truiter avec les Métis, de la même façon que le premier gouvernement s'était fait autoriser à traiter avec les Métis de la Rivière-Rouge, et ce, conformément aux suggestions faites par le conseil du Nord-Ouest ; c’est-à-dire que le gouvernemeni fut autorisé à éteindre le titre des Sauvages, en autant que les Métis ÿ avaient droit. Avant d’aller plus loin, il convient d’examiner coute la législation sur la matière, afin de fixer la responsabilité du gouvernement : l’acte de 1870 qui

fut le pressier; l’acte de 1874, qui fut le deuxième, et l'acte de 1879, pour voir exactement la portée, l’objet et la cause de la législation qui fut alors insérée dans les statuts, L'acte de 1870 se lisait comme suit :

“ Consilérant qu’il importe, dans le but d’éteindre les titres des Sauvag”s aux terres de la province, d’affecter une partie de ces terres uon concédées, jusqu’à concurrence de 1,400,000 acres, au bénéfice des familles des Métis résidants, il est par le présent décrété que le lieutenant-gouverneur, en vertu de règlements établis de temps à autre :\ar le Souverneur-gén ‘ral en conseil, choisira des lots ou étendues de terres dans les parties de la province qu’il jugcra à propos, jusqu’à concurrence du nombre d’acres ci-dessus exprimé, et en fera le partage entre les enfants des chefs de familles métisses domiciliés dans la province à l’époque à laquelle le transfert a été fait au Canada ”,

Ainsi l’objet de l’acte est parfaitement clair ; c’est une concession de terre d’une étendue de 1,400,000 acres dans le dessein avoué de la diviser entre les enfunts des chefs de familles métisses, en extinction des droits des Sauvages ; puis l'acte de 1874 disait ce qui suit :

“ Considérant que, par la trente-unième section de l’acte trentetrois Victoria, chapitre trois, il est décrété que dans le but d’éteindre les titres des Sauvages aux terres de la province du Manitoba, il importe d’affecter un million, quatre cent mille acres de terres au bénéfice des enfants des Métis, chefs de familles, domiciliés dans la province à l’époque de son transfert au Canada ; et considérant qu'aucune disposition n’a été prise pour éteindre le titre des Sauvages à ces terres, en ce qui concerne les Métis, chefs de familles, habitant la province à l’époque sus-mentionnée ; et considérant qu’il importe de prendre telles mesures, et qu’il est expédient d’éteindre ce titre au moyen d’octrois de terre ou d’une émission de certificats (scrips) rachetables en terres fédérales ”,

Ici encore, le même esprit apparaît, le même objet est avoué. L'octroi est fait dans le but d’éteindre le titre indien en autant

que les Métis y ont droit ; — et en 1879, l’acte passé par les honorables députés d’en face sur cette question comportait ce qui suit :

“ Le gouvernement a le pouvoir de régler toutes réclamations ‘ existant au sujet de l'extinction du titre des Sauvages, faites par les Métis résidant aux territoires du Nord-Ouest, en dehors des limites du Manitoba le quinze juillet mil huit cent soixante-dix, { en octroyant des terses à telles personnes qu’il lui plaira, aux termes et conditions qu’il jugera convenables ”.

Ainsi, il ne peut y avoir d’ambiguité. Une clause a été introduite dans le statut par les honorables députés ministériels dans le but avoué d’éteindre le titré indien possédé par les Métis. Oet acte n’a jamais été mis en opération. Pourquoi À Nous ne le savons pas encore. Le gouvernement ne nous l’a jamais dit. Et je ne crois pas qu’il le sache lui-même, Mais il était important de donner effet à cette disposition de la loi. Pas plus tard qu’en 1879, le gouvernement nomma M. Davin pour faire un rapport sur le sujet ; il n’apparaît pas qu'il ait jamais fait des rapports; mais il paraît que plusieurs personnes éminentes dans les Territoires, entre autres l’archevêque Taché, ont été consultées à ce propos. Quant à l'importance d’en finir de suite loyalement et généreusement avec les Métis, voici ce qu’'écrivait Sa Grâce l’Archevêque Taché :

# Il faut bien admettre que les Métis du Nord-Ouest ont une réclamation qui mérite d’être accueillie favorablement. Il règne chez eux un grand malaise de ce qu'aucune démarche n’ait encore été faite en leur faveur. Une politiaue libérale de la part du gouvernement lui assurerait l’adjonction d’un pouvoir moral et physique qui, dans les relations critiques existant actuellement entre les diverses tribus sauvages entre elles et le gouvernement, serait d’un appoint considérable pour le Dominion. D’un autre côté, l'élément métis, s’il est mécontent, sera toujours une menace permanente pour la paix et la prospérité des Territoires. Il n’y a pas de doute que l’état actuel des affaires dans les Territoires, en ce qui concerne les Sauvages ot les Métis, exige l'attention du gouvernement, et l’on devrait adopter des mesures pour entretenir avec les Métis des relations capables de nous les attacher,

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