‹ Discours à l'étranger et au Canada [microforme]Chapitre 8 sur 83 · LA QUESTION SCOLAIRE XXVII · texte numérisé non relu

LA QUESTION SCOLAIRE XXVII

proposez d'établi- au bénéfice de nos amis de la province voisine, un précédent qu'on pourrait invoquer un jour contre nous ? ”

C'était la raison d'Etat, la raison souveraine, qui parlait par la bouche de Cartier. On le pressait d'amasser la foudre qui aurait pu éclater sur nos têtes ; on voulait qu’il entr'ouvrit les portes de la citadelle, pour y faire passer l'ennemi. Il eut la force de refuser. Personne ne comprit alors son courage et sa perspicacité, et sa conduite dans l'affaire des écoles porta une atteinte terrible À sa popu: larité dans la province, Mais un homme d'Etat, trop lâche pour résister à un mouvement populaire aveugle, descend par là au niveau du politicien plus préoccupé de préparer sa réélection que de remplir son devoir.

Lorsque le Manitoba devint partie intégrante de la Confédération en 1871, Cartier, instruit par l'expérience, voulut parer à tous les dangers possibles, et mettre les catholiques à l’ebri de toute injustice. La Constitution, donnée à cette province et préparée par Cartier, garantissait aux catholiques leurs droits de la façon la plus formelle ; l’esprit et la lettre de la loi semblaieut s'unir pour monter la garde contre l'ennemi. Hélas! que les précautions humaines sont courtes et vaines, en face d'hommes en possession de la force et déterminés à tout faire ! Vingt ans plus tard, un trait de plume pulvérisait les remparts assez puissants, semblait-il, pour défier toute agression. En effet, la loi, votée en 1891, supprimait les garanties accordées par la Constitution en accordant des subvention monétaires aux seules écoles publiques.

XXVIIt INTRODUCTION

Cette loi, attaquée devant les cours de justice du Manitoba, sortit avec tous les honneurs de Ja Buerre: d'après le tri. bunal, elle ne violait pas la Constitution, La Cour Suprême du Canada en jugea autrement et déclara à l'unanimité que l’Acte de 1891 ne devait pas figurer sur les statuts de la province, Comme si les Contradictions dussent se suivre

dans cette cause célèbre, l'appel interjeté par le Manitoba

de cette dernière décision au Conseii Privé de Londres réus-

sit. La question semblait close et définitivement jugée, Les catholiques voulurent cependant faire une dernière tenta. tive pour obtenir justice, Le même Conseil Privé, auquel ils soumirent leurs griefs, décida que bien que la loi du Mani. toba fût constitutionnelle, les catholiques de cette province n'en avaient Pas moins un sujet de Plainte, un grief qu’il fallait faire disparaître, C’est de ce jugement que sortit le projet de loi, dit rémédiateur, présenté par le gouvernement Tupper à Ja session de 1896 + Ce projet de loi créait, de touiss pièces, un système d'écoles catholiques pour l’imposer à la province rebelle à la loi, Le Souvernement Tupper n’outrepassait Pas ses pouvoirs, au Point de vue de la Constitution qui autorisait cette mesure extrême et péritleuse ; mais n'était-ce pas un Cas Où l'on a tort d'avoir rai-

son et où l'exercice Suprême d'un droit devient pire que le mal à réparer ?

Etablir un Système d'écoles indépendant du &ouverne-

ment sur ses domaines, n'était-ce pas créer un Etat dans l'Etat, placer en face l’un de l’autre deux ennemis, sans moyens de prévenir les chocs ? N'était-ce Pas aussi, pour la

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