XXII INTRODUCTION
" Qu'il me soit permis maintenant, dit-il à ses auditeurs de Paris, de faire une allusion qui m'est toute personnelle. Je me suis laissé dire qu'ici, en France, il est des gens qui s'étonnent de cet attachement que j'éprouve et que je ne cache pas pour la couronne d'Angleterre ; on appelle cela ici du loyalisme. Pour ma part, soit dit en passant, je n'aime pas cette nouvelle expression de loyalisme ; j'aime mieux m'en tenir à cette vieille locution française de loyauté. Et certes, s'il est une chose que l'histoire de France m'a appris à regarder comme un attribut de la race française, c'est la loyauté, c'est la mémoire du cœur. Je me rappelle, messieurs, ces beaux vers que Victor Hugo s'est appliqués à lui-même, comme l'inspiration de sa vie :
Fidèle au double sang qu'ont versé dans ma veine Mon père, vieux soldat, ma mère vendéenne.
" Cette double fidélité à des idées, à des aspirations distinctes, nous nous en faisons gloire au Canada. Nous sommes fidèles à la grande nation qui nous a donné la vie, nous sommes fidèles à la grande nation qui nous a donné la liberté. "
Il est rare qu'avec les contingences des choses humaines, un homme d'Etat ne change pas les principes dirigeants de sa vie. Il n'est pas question ici des idées inspiratrices de ses jeunes années. Jusqu'à trente ans, l'homme est plus ou moins prisonnier des notions imposées par le milieu, l'ambiance, l'éducation. Ce n'est qu'à cet âge que le contact plus fréijuent des hommes et des choses, l'observation, mo-
l'homme et l'œuvre XXIII
difient sa formatiou première, pour y substituer uue mentalité personnelle. Ce n'est point là de la versatilité; autrement il ne servirait de rien de vieillir si l'expérience n'illuminait pas notre route de clartés nouvelles. L'invariabilité d'une borne n'est pas chose enviable.
En prenant la direction suprême du parti libéral, sir Wilfrid a exposé clairement les principes qui détermineraient sa ligne de conduite à l'avenir. C'est devant les électeurs de Somerset, — au mois de juin 1887, — qu'il exposait les idé^s qui dès lors, comme les feux rassurants d'un phare, devaient éclairer sa carrière. " Apprenons au peuple à aimer nos institutions, disait-il en substance à ses amis ; faisons lui voir qu'elles sont excellentes. Que la liberté de nos concitoyens qui ne pensent pas comme nous, nous soit aussi chère que la nôtre. Il faudrait, en cas d'attaques, défendre l'une avec autant d'ardeur que l'autre.
" Il est essentiel que les droits des provinces soient sauvegardés dans toute leur étendue. Là se trouve la garantie de l'autonomie des différents groupes de notice population. Dans l'expression de nos opinions, tenons partout le même langage ; n'ayons pas des discours spéciaux pour l'Ontario et d'autres pour Québec.
" Gouverner, c'est travailler à l'amélioration sociale et économique de la condition du peuple. Il faut, pour cela, fournir un champ à son activité, à l'intérieur, et lui donner en même temps la faculté d'acheter sur les marchés les plus favorables du monde. " Tel fut dès lors son programme.
Depuis son arrivée au pouvoir, le gouvernement Laurier s'est inspiré des articles de ce programme. Jamais il n'a