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NOMBRE DE PROVINCES A ÉTABLIR

J'examinerai l'un après l'autre chacun de ces problèmes. Le premier, comme je viens de le dire, est de savoir combien de provinces il faut admettre dans la confédération. Chacun sait que la superficie des différentes provinces du Canada est loin d'être la même. L'île du Prince-Edouard a une étendue de 2,184 milles ; la iN'ouvelle-Ecosse comprend 21,428 milles ; le ISTouveau-Brunswick, 27,985 milles ; Québec, 351,873 milles, Ontario, 260,862 milles ; le Manitoba, 73,732 milles, et la Colombie-Anglaise, 372,- 630 milles soit une superficie totale de 1,110,694 milles pour les (jept provinces du Canada.

Or, les Territoires sur lesquelles la législature exerce présentement son domaine et sa juridiction ont une étendue à peu près égale à celle des sept provinces du Dominion. Celles-ci je le répète, ont une superficie de 1,110,694 milles, et voici quelle est l'étendue des différents territoires :

Milles.

Assiniboïa 88,879

• Saskatchewan 107,618

Alberta 101,883

Athabaska 251,965

^^Lackcnzie 562,182

Total 1,112,527

Soit une étendue un peu plus grande que celle des sept province? canadiennes réunies. Ainsi que je le disais il y a un instant,

nos différentes provinces sont loin d'avoir la même superficie. En effet, la confédération canadienne ressemble beaucoup à la république américaine. Il y a au Canada des provinces de diverse grandeur, comme il y a chez nos voisins des Etats plus ou moins grands.

L'histoire des Etats-Unis démontre que cela n'est pas un mal irrémédiable ; néanmoins, je suis d'avis que, lorsqu'il n'y a pas de traditions historiques à respecter, lorsque nous n'avons pas affaire à des provinces déjà formées et que nous pouvons diriger le cours des événements, mieux vaut que les provinces aient, autant que possible, une superficie à peu près égale. Par conséquent, il est impossible de supposer qu'on ne devrait faire qu'une province dei cette immense étendue de 1,112,527 milles.

Ce n'est pas tout. Au point de vue de l'agriculture, du climat et de leurs productions, ces territoires peuvent se diviser en deux : le nord et le sud. Je tracerais la ligne de démarcation un au sud de la frontière qui sépare aujourd'hui le district provisoire de Mackenzie de celui d'Athabaska. La partie septentrionale du continent n'est pas encore bien connue ; cependant elle l'est assez ; assez de voyageurs l'ont parcourue pour que nous sachions qu'elle est impropre à l'agriculture. Son climat est trop froid et son sol trop stérile. Toutefois on y relève des traces de grandes richesses minières, pétrole, houille, or, cuivre et autres minéraux. Un jour ce désert aride deviendra peut-être \m nouveau Yukon. Mais l'expérience nous a appris que les richesses minières, lorsque le sol n'est pas fertile, ne permettent pas d'espérer qu'une contrée soit habitée par une population nombreuse et stable. Aussi, laissons-nous de côté ces régions septentrionales. Au sud, cependant, le pays est tout à fait différent.

M. R. L. BOEDEIST : De quelle partie du pays l'honorable premier ministre parle-t-il ?

Sir WILERID LAURIEE : Je tracerais la ligne de démarca- 1:ion au nord, près de la frontière qui sépare le district provisoire de Mackenzie de celui d'Athabaska, vers le 60e parallèle de latitude nord.

La partie méridionale est différente. C'est une contrée absolument agricole et une des plus fertiles de l'univers, point n'est besoin de le dire. Elle est sillonnée par de grandes rivières qui ont leurs sources dans les montagnes Rocheuses et qui se déversent

dans la baie d'Hudson. Chacun sait que la vallée de la Saskatchewan égale en fertilité la vallée de la rivière Koiige, et que ces deux bassins renferment les plus beaux champs de blé du monde. Nous nous proposons d'accorder l'autonomie non pas à tous les Territoires, mais à cette partie du pays qui s'étend depuis la frontière des Etats-Unis jusqu'à la frontière qui sépare le district provisoire de Mackenzie de celui d'Athabaska, c'est-à-dire jusqu'au 60e parallèle de latitude nord.

La première fois qu'il nous fut fait des ouvertures, on nous proposa de créer une province qui s'étendrait depuis la frontière américaine jusqu'au 57e parallèle, c'est-à-dire, jusqu'à un endroit situé un peu au sud de la frontière des districts provisoires de Mackenzie et d'Athabaska, mais nous avons cru qu'il était préférable d'inclure dans les limites de la province tout le district d'Athabaska. La raison de cela c'est que, bien que l'Athabaska ne passe pas pour un pays fertile et que la partie est en soit stérile, l'ouest, la vallée de la rivière de la Paix, vaut le bassin de la Saskatchewan et se colonise rapidement. On y voit aujourd'hui deux moulins à farine alimentés exclusivement par le blé récolté dans la vallée de la rivière de la Paix. Nous avons donc résolu d'inclure dans les nouvelles provinces le territoire compris entre la frontière des Etats- Unis et la ligne qui sépare les districts de Mackenzie et d'Athabaska. La superficie des deux provinces sera d'environ 550,345 milles carrés. A nos yeux, ce territoire était trop vaste pour ne former qu'une seule province, vu la superficie des autres provinces dont la plus grande est la Colombie-Anglaise, qui couvre une étenchie de 372,000 milles carrés. Québec vient ensuite avec un territoire de 351,000 milles carrés. En le partageant en deux, nous formons deux provinces ayant chacune une étendue de 275,000 milles carrés en chiffres ronds, c'est-à-dire égale à la superficie de la provinced'Ontario. Si quelque député consulte la carte géographique, il verra que nous avons choisi le quatrième méridien pour frontière provisoire, ce qui, selon nous, donnera aux deux provinces un territoire d'une égale étendue et à peu près la même population. On estime que les deux provinces renferment aujourd'hui 500,000 habitants. Nous n'avons pas de données exactes, mais nous pouvons accepter ce calcul en toute confiance. D'après le recensement de 1901, les territoires possédaient ime population d'un peu plus de 160,000 âmes.

Depuis cette époque, en 1901, 1902, 1903 et 1904, la population, grâce à l'immigration seulement, s'est accrue de plus de 100,000 par année, de sorte qu'aujourd'hui nous ne craignons pas de dire que ces deux provinces renferment un demi-million d'habitants. A notre avis, cette population est à peu près également répartie entre les deux provinces. Par conséquent, nous leur fixons ces frontières.

Puisque j'en suis à parler de la question des frontières, j'aborderai un autre sujet qui s'y rattache, c'est-à-dire la demande du Manitoba de reculer ses limites à l'ouest, au nord et à l'est. Hier, un journal du matin, de cette ville, publiait, à ce sujet, un intervievf de l'honorable M. Rogers, membre du gouvernement du Manitoba. Je me permettrai de citer les paroles de M. Rogers afin de mieux faire comprendre à la Chambre la difficulté que je suis sur le point de lui signaler. M. Rogers disait dans cet interview :

" Ce n'est pas une question à débattre. Nous présentons simplement la requête imanime de la population de notre province afin de reculer nos frontières au moins jusqu'à Régina, à l'ouest, et jusqu'à la frontière septentrionale de l'Athabaska, au nord, de manière à inclure Fort-Churchill, la rivière Nelson et le territoire arrosé. Cette demande de la part du Manitoba n'est pas nouvelle. En 1901, M. T. A. Burrows, qui était alors membre de la législature et qui siège maintenant au Parlement fédéral, présenta un projet de résolution dans l'assemblée législative. Ce projet de résolution eut l'appui de M. Greenway, alors chef de l'opposition et aujourd'hui membre de la Chambre des Communes. Il fut accepté et appuyé par le gouvernement du jour et adopté à l'unanimité par l'assemblée législative. Un projet de résolution semblable fut présenté par M. Roblin, leader du Gouvernement, et adopté à l'unanimité, en 1902. Un nouveau projet de résolution a été soumis à la présente session et adopté par tous les membres de la législature qui ont exprimé par là le désir unanime de tous les Manitobains. M. Campbell et moi, nous fûmes désignés pour venir à Ottawa demander la reconnaissance des droits du Manitoba au gouvernement qui est le tribunal dont la décision doit être finale. "

Je ferai observer que M. Rogers aurait pu remonter au-delà de 1901 afin de prouver que le Manitoba avait déjà demandé l'agrandissement de son territoire. En effet, dès 1884 et 1885, une requête semblable fut présentée au gouvernement de sir John Mac-

donald. A cette époque, le conseil des ministres disposa ainsi de cette requête :

" Les frontières du Manitoba furent tout d'abord délimitées à la demande des délégués de cette province qui vinrent à Ottawa en 1870 afin d'arrêter avec le gouvernement du Canada les conditions de l'entrée du Manitoba dans la confédération des provinces de Sa Majesté dans l'Amérique du Nord.

" Les frontières établies à cette époque renfermaient une superficie d'environ 9,500,000 acres. En 1881, ces frontières furent reculées et la province fut agi'andie à l'ouest et au nord de manière à former une superficie de 96,000,000 d'acres ou de 150,000 milles carrés.

" Le nouvel agrandissement que demande le Manitoba ajouterait environ 180,000 milles carrés au territoire déjà considérable de la province, et il serait accueilli avec défaveur tant par les anciennes provinces que par les nouveaux districts d'Assiniboïa, de Saskatchewan, d'Alberta et d'Atbabaska, créés dans les territoires du Nord-Ouest et qui deviendront un jour des provinces du Dominion. Il augmenterait fortement les dépenses de l'administration sans accroître les ressources du Manitoba que le gouvernement de la province juge déjà insuffisantes pour faire face à ses dépenses régulières et nécessaires.

" Dans ces circonstances le comité du conseil expose humblement à Votre Excellence qu'il est inopportun de changer les frontières de la province ainsi qu'on le demande. "

Un refus formel fut opposé à la demande du Manitoba, à cette époque. Je dois dire qu'il s'est glissé une erreur dans ce décret du conseil. On y lit que la superficie de la province de Manitoba était alors de 150,000 milles carrés, tandis qu'elle était de T3,000 milles carrés seulement. Toutefois, ce détail n'a guère d'importance.

Je veux démontrer que la requête présentée par le Manitoba ne pourrait que très difficilement être accordée. I^e gouvernement de l'époque, il y a trente ans, aurait pu, plus aisément que nous, reculer les frontières du ^fanitoba. Les Territoires étaient encore dans l'enfance, tandis qu'aujourd'hui ils ont atteint leur plein développement, et comment peut-on espérer que nous les dépouillerons au profit du Manitoba ? Si cela était impossible en 1884, j'affirme que nous aurions encore moins raison de tenter l'aventure en 1905.

M. SPROTJLE : Puis- je savoir du premier ministre si, dans cette superficie, on comprenait le territoire contesté qui s'étend entre le Manitoba et le lac Supérieur ?

Sir WILFRID LAURIER : Je ne le crois pas. Ce territoire était contesté à cette époque même. Mais même si on l'avait compris, qu'eût-il importé ? Nous désirons traiter le Manitoba avec justice et avoir pour cette province tous les égards qu'elle mérite. I^éamnoins, y a-t-il dans cette enceinte un seul député qui nous conseillera de détacher des Territoires, administrés depuis trente ans par sa législature et représentés dans cette Chambre par dix députés, un coin de terre, pour le donner au Manitoba, sans avoir obtenu le consentement de la population de ces territoires ? Si celle-ci donnait son consentement, ce serait bel et bon ; je n'aurais rien à dire. Mais la législature des Territoires a affirmé plus d'une fois que, dans n'importe quelle circonstance, elle refuserait de se dessaisir d'une partie quelconque de la contrée située à l'ouest de la province du Manitoba.

Il y a autre chose à considérer. Pour moi, je suis prêt à écouter toutes les demandes de cette province. Lorsqu'elle désire agrandir son territoire vers l'ouest, force m'est de déclarer que nous ne pouvons pas accorder cette requête, pour la simple raison que la législature des Territoires l'a rejetée. Cependant, en ce qui a trait à une lisière de terrain située au nord des lacs Winnipegosis et Manitoba, il me semble que la législature des Territoires a déclaré qu'elle n'avait pas d'opinion arrêtée et que nous pouvions faire don de cette partie du pays à la province du Manitoba. Pourtant, quant à moi, je ne suis pas disposé à faire ce cadeau à l'heure qu'il est, parce que ce territoire a des représentants dans cette enceinte et que sa population a le droit de se prononcer sur cette question. Si elle refuse son consentement, le Parlement du Canada ne devrait pas, à mon avis, faire don de ce territoire, contre le gré de cette population.

La province du Manitoba nous a fait une autre demande qui à mes yeux mérite considération. Elle a demandé à étendre ses limites jusqu'au rivage de la baie d'Hudson, et il y a lieu d'examiner cette requête. Cependant, la province du Manitoba n'est pas la seule qui pourrait s'agrandir jusqu'à la baie d'Hudson. Les provinces d'Ontario et de Québec et la nouvelle province de Sas-

katcliewan auraient aussi le droit de reculer leurs frontières jusque-là. Aussi, dans le projet de loi que nous présentons aujourd'hui à la Chambre, aii lieu d'inclure dans la province de Saskatchewan le territoire qui s'étend au nord des lacs Winnipegosis et Manitoba, nous l'avons laissé de côté sans l'attribuer ni à la Saskatchewan ni au Manitoba, afin d'en régler le sort plus tard. Et je déclare sur-le-champ que mes collègues m'ont permis d'annoncer notre intention de réunir à Ottawa des représentants des provinces d'Ontario, de Québec, du Manitoba et de la Saskatchewan, afin qu'ils se prononcent sur l'opportunité de reculer les limites de ces provinces jusqu'au rivage de la baie d'Hudson, et, dans l'affirmative, sur la manière de résoudre le problème. Sans avoir examiné cette question je me demande s'il ne serait pas sage de prendre aussi l'avis des autres provinces. Quoi qu'il en soit, ma proposition, en ce qui a trait au ]\ranitoba, est juste, et tous les observateurs impartiaux l'approuveront.

Naturellement, les nouvelles provinces seront représentées dans cette enceinte. Jusqu'à la prochaine élection, leur représentation sera la même qu'aujourd'hui. Chaque province aura une assemblée législative composée de vingt-cinq membres.

Une question que les membres du comité chargé d'élaborer le présent bill ont eu de la difficulté à résoudre, c'est celle du choix des capitales respectives des deux provinces. Quant à la capitale de la province de Saskatchewan — le choix fut facile — on choisit Régina, la capitale actuelle. Pour l'Alberta, il en fut autrement. Trois villes, — Calgary, Red-Deer et Edmonton — aspiraient à l'honneur d'être choisies, et chacune avait des titres valables. Nous avons résolu de ne pas faire un choix définitif et de laisser à la province le soin de trancher cette question. En attendant, comme Edmonton semble être, d'après la carte géographique, au centre de la province, nous avons décidé que cette ville serait la capitale provisoire.

Tout ce qu'il me reste à ajouter, c'est que nous nous proposons de décréter que le présent bill entrera en vigueur le premier juillet prochain.

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