XLIV INTRODUCTION
" Point d'alliance militaire, point de participation obligatoire aux guerres de l'Empire, mais perfectionnement de l'organisation défensive des colonies. Quant aux affaires commerciales, ententes et accommodements. Le Canada, pour preuve de sa bonne volonté, donne à la Grande-Bretagne une préférence de 33% sur ses exportations ".
Il fallait une détermination plus qu'ordinaire de la part d'un colonial pour affronter un corps à corps avec M. Chamberlain, regardé alors comme l'un des plus forts diplomates de l'Europe. On lui trouvait des traits du caractère de Bismarck et de Cavour, l'effronterie énergique jusqu'à la brutalité du premier, l'astuce féline du second.
N'oublions pas que les déclarations impérialistes de John A. Macdonald devaient gêner notre représentant à la Conférence. L'ombre de son prédécesseur s'étend toujours sur le premier ministre en activité. Il n'est pas lié absolument, il est vrai, par les paroles d'un autre, mais elles n'en constituent pas moins un engagement difficile à répudier. M. Gladstone, premier ministre, ne s'est-il pas un jour trouvé dans la nécessité d'accepter la ligne de conduite tracée antérieurement par lord Salisbury dans les relations de son pays avec l'Autriche et qu'il avait condamnée lorsqu'il était chef de l'opposition ? Or, sir John s'était montré impérialiste à la Conférence de 1884, au point d'accepter une alliance offensive et défensive avec l'Angleterre, en vue de toute guerre possible ? N'était-il pas aussi à craindre que l'on vînt à arguer de la qualité de Canadien-français de sir Wilfrid pour expliquer sa politique restrictive et son attitude anti-militariste ? Personne ne connaîtra jamais les
CONFÉRENOES IMPÉRIALES XLV
assauts qu'il eut à subir, à repousser, pour rester inébranlable au milieu de la fougue des passions contraires, déchaînées autour de lui. Ce qui sauva la situation fut le concours des autres représentants des colonies que son influence rallia à sa cause. En 1902, la conférence impérialiste vit M. Chamberlain revenir à la charge pour emporter cette fois la position de haute lutte, mais l'influence de sir Wilfrid sur ses collègues s'éleva encore comme une muraille d'acier en face des projets impérialistes. (1)
D'aucuns ont pris acte de l'attitude de sir Wilfrid pour se demander si son refus de lier partie avec M. Chamberlain s'harmonisait bien avec sa loyauté à l'Empire ? N'aurait-il pas dû saisir d'une étreinte plus vigoureuse la main tendue? Mais encore ici surgit la question d'intérêt qui doit prévaloir, entre la métropole et les colonies autonomes, c'est-'àdire des nations tenues de monter la garde autour de leur prospérité.
Plus on examine l'impérialisme, en le dépouillant de sa séduisante mégalomanie, plus on le voit surgir sous la poussée de multiples intérêts. Que cette politique soit la meilleure au point de vue de la Grande-Bretagne, c'est matière à controverse ; mais que les colonies soient justifiables d'opposer leurs intérêts à ceux de la mère patrie, c'est une vérité évidente, puisque l'égoïsme le plus étroit préside généralement aux relations internationales. Les Etats qui
(1) A la Conférence de 1907, M. Chamberlain, étant disparu do la scène, la position s'était bien modifiée dans le sens de la modération.