CONFÉRENCES IMPÉRIALES XLVII
queuses, sinon aggressives, entraînerait un refroidissement, susceptible de dégénérer en une inimitié dangereuse ? Discuter ce point nous entraînerait bien loin, mais que l'on examine le plan de créer un empire militaire séparé de son centre par des océans, et il prendra des aspects chimériques. Aucune ceinture de Dreadnouglits ne pourrait le rendre invulnérable. Les membres disjoints de ce colosse seraient voués à la faiblesse par un manque fatal de cohésion.
Voilà les arguments que l'on a entendus souvent ; toutefois ne convient-il pas d'envisager cette question d'un point de vue plus élevé, de la dégager de toutes considérations égoïstes ? Il est vrai qu'un jour l'Angleterre — lorsque son intérêt paraissait lui indiquer cette politique — nous a presque signifié notre congé ; mais elle n'a pas tardé à voir son erreur, dont, au reste, nous n'avons pas voulu nous prévaloir. Cette orientation passagère de sa conduite ne compte pour rien dans la continuité prolongée de ses relations avec nous. Il s'est créé, dans ces rapports, des obligations réciproques dont il faut tenir compte. Elles annihilent les questions d'intérêt, qui après tout, même dans l'état présent du monde, ne doivent pas être le mobile suprême de l'action des peuples. Ne proclamons-nous pas à tout instant que nous devons à l'Angleterre la liberté politique la plus étendue ? Ce bienfait, des peuples indépendants le réclament sans l'obtenir. Un siècle durant, le fardeau des charges militaires, si lourd à tant de pays, nous a été inconnu. Est-ce que notre vie nationale n'a pas coulé dans la paix et l'harmonie durant de longues années, sans nuages à l'horizon, sans la pensée angoissante d'une guerre
XLYIII INTRODUCTION
à redouter ? Et au regard de notre bonheur, le sang coulait souvent à Ilots dans maints autres pays du monde. Metton» dans la balance, d'un autre côté, les inconvénients du régime colonial et de l'autre ses avantages, et nous verrons le plateau portant ceux-ci l'emporter fortement sur l'autre.
Il importe dans une situation comme la nôtre de l'étudier sous tous ses aspects, de se demander s'il serait possible de l'améliorer, soit en devenant indépendant, soit en liant nos destinées à celles de la république voisine. Ne serait-il pas ridicule de penser que cette évolution nous soustrairait aux charges militaires ? Dans une époque où l'Europe hérissée d'armes ressemble à une immense forteresse, nous subirions la loi générale. En toutes choses, il importe de ne pas tomber dans les excès. Si quelques organes de l'opinion publique semblent pris d'une fièvre belliqueuse ridicule, ne voyons-nous pas en face de ces fureurs martiales une horreur trop prononcée de toute pensée militaire ? La loi qui impose à tout citoyen la défense de son pays est vieille comme le monde et inéluctable. Vouloir s'y soustraire, c'est faire œuvre anti-nationale et anti-sociale. Il faut habituer la nation à l'idée de s'élever à la hauteur de grands sacrifices possibles. Tonner contre le service militaire, comme on le fait en certains quartiers, c'est affaiblir l'âme de la jeunesse, énerver son courage et préparer la déchéance du peuple. Sur tous les points du globe, les hommes d'Etat proclament aujourd'hui qu'il importe de mettre au-dessus de tout les intérêts de la grandeur et de la défense nationales.
Il existe au Canada et à Londres, avec des organes à